APRIL

Subscribe to flux APRIL
L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 1 heure 18 min

Braderie de Lille 2014

14 Août, 2014 - 10:04
Début: 6 Septembre 2014 - 00:00Fin: 7 Septembre 2014 - 00:00

La Braderie de Lille est l’évènement européen de la rentrée de septembre. 2 millions de bradeux, chalands, badauds, chineurs de toute
sorte ; jeunes, vieux, enfant, familles, viennent s'y retrouver dans une ambiance festive.

Un village Logiciel Libre est proposé par Chtinux, le GULL de Lille sur la place du vieux marché aux chevaux, avec la participation de plusieurs associations.

La braderie de Lille 2014 débutera le samedi 6 septembre 2014 à 14 heures et s'achèvera le dimanche 7 septembre à 23h.

L'April y tiendra un stand. Vous pouvez y participer en vous inscrivant sur notre wiki, ou tout simplement passer sur le village et profiter de la Braderie.

Fête de l'Huma 2014

13 Août, 2014 - 17:33
Début: 12 Septembre 2014 - 12:00Fin: 14 Septembre 2014 - 20:00

L'April tiendra un stand dans le village du libre, des hackers et des Fab-Lab à la Fête de l'Huma 2014. Nous avons besoin d'aide pour tenir le tenir le stand de l'April, allez jeter un œil au wiki.

À la fête de l’Humanité 2013, le stand du PCF-Blanc-Mesnil, sous le thème de « Hackons le capitalisme » avait accueilli en démonstration un mini fab-lab avec entre autre une imprimante 3D et organisé un débat sur ce thème. Par le bouche à oreille, divers acteurs du monde du logiciel libre, des fab-lab et des hackers space ont spontanément participé à l’animation de ce mini espace drainant ainsi sur les trois jours de la fête plusieurs centaines de curieux comme de passionnés. Le débat a lui aussi été un succès, tant en termes de participation que de qualité des échanges.

Spontanément les acteurs comme les visiteurs de ce mini-espace en sont venus à souhaiter ardemment un véritable espace lors de la Fête de l'Humanité 2014 dédié aux mouvements des logiciels libres, aux hackers et aux fab-labs, et sous la responsabilité officielle de la Fête de l'Humanité.

La direction de la Fête de l'Huma a donné son accord.Un collectif s'est donc constitué, de manière bénévole et militante, à partir des animateurs et des visiteurs du mini fab-lab de 2013, pour réaliser un espace du libre, des hackers et des Fab-Lab à la Fête de l'Humanité 2014.

Ce collectif a contacté April, Ars Industrialis, Creative Commons France, Emmabuntüs, Fab-Lab Cité des sciences : Carrefour2 numérique, Fabrique du Ponan, Fac-Lab, FDN, Open Edge, Framasoft, Jerry Do It Together, La Quadrature du Net, Les petits débrouillard d'IDF, Mageia, Parinux, Ubuntu qui ont accepté d'être partie prenante en tant qu'exposant et acteur de cet espace. Pour leur part Richard Stallman, Bernard Stiegler et Sébastien Broca de participer à des débats sur l'espace.

La Fête de l’humanité des 12, 13 et 14 septembre 2014, consacrera donc un espace aux cultures et aux valeurs du logiciel libre, des hackers et du mouvement émergent des Fab-Lab. Cet espace sera un lieu d’éducation populaire par la démonstration et la pratique (Imprimante 3d, atelier soudure, installation de distribution GNU/Linux, fabrication de Jerry..). Mais il sera aussi un endroit où on mènera le débat politique au sens noble du terme sur tous les enjeux de la révolution numérique : le big-data, la neutralité du net, le droit d'auteur, le brevet, les tiers-lieux, l’économie du partage et de la coopération,…

Nous vous conseillons les transport en commun pour nous rejoindre :
RER : ligne B, station « Le Bourget »
Métro : ligne 7, station « La Courneuve - 8 Mai 1945 »
Tramway : ligne T1, arrêt « La Courneuve - 8 Mai 1945 »
Bus : ligne 249, arrêt « Place du 16 août 1943 »

Puis les navettes gratuites qui sont mises à votre disposition du métro ligne 7, du tramway T1 et du RER B pour profiter de la Fête en toute sérénité.

Pour vous inscrire, avoir des information, tenir le stand de l'April, allez jeter un œil au wiki

Revue de presse de l'April pour la semaine 32 de l'année 2014

11 Août, 2014 - 22:17

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 32

[01net.] Black Hat 2014: peut-on encore sauver le cyberespace de ses innombrables failles?

Par Gilbert Kallenborn, le vendredi 8 août 2014. Extrait:
> Face à la croissance rapide des vulnérabilités, il faut trouver de nouvelles solutions. Parmi les idées nouvelles qui émergent: le rachat et la publication de toutes les failles ou encore la dépossession des éditeurs de leurs codes source.
Lien vers l'article original: http://www.01net.com/editorial/624902/black-hat-2014-peut-on-encore-sauver-le-cyberespace-de-ses-innombrables-failles

[Next INpact] 687 000 euros de logiciels libres pour le ministère de l’Agriculture en 2013

Par Xavier Berne, le jeudi 7 août 2014. Extrait:
> Contrairement à l’idée reçue, logiciel libre n’est pas forcément synonyme de gratuité. Le ministère de l’Agriculture a par exemple dépensé 687 000 euros l’année dernière pour des programmes non privateurs. Pour autant, il a davantage ouvert son portefeuille pour des solutions propriétaires. Explications.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/89108-687-000-euros-logiciels-libres-pour-ministere-l-agriculture-en-2013.htm

Et aussi:
[cio-online.com] Le système d'information de l'Etat unifié sous la gouvernance du Premier Ministre
[Next INpact] Le numérique parmi les priorités du gouvernement pour la rentrée
[Next INpact] La grande concertation sur le projet de loi numérique repoussée à septembre

Voir aussi:
Réponses aux questions d'Isabelle Attard de 2014 sur l'application de la circulaire Ayrault sur le bon usage des logiciels libres dans les administrations

[Silicon.fr] Skype lâche les utilisateurs de Mac PowerPC

Par David Feugey, le jeudi 7 août 2014. Extrait:
> Toutefois, nous pourrions nous attendre à mieux de la part d’un éditeur de logiciels propriétaires. En particulier quand ce dernier n’a pas manqué de souligner mainte et mainte fois son professionnalisme face à la communauté des logiciels libres. Une communauté qui arrive à faire ce que la firme de Redmond ne peut réaliser: maintenir une continuité dans le monde du logiciel.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/lobsolescence-programmee-frappe-encore-skype-abandonne-les-utilisateurs-mac-powerpc-96025.html

[Developpez.com] Open source: nouvelle migration en Europe, Turin en Italie adopte Ubuntu et OpenOffice

Par imikado, le jeudi 7 août 2014. Extrait:
> Encore une victoire pour l'Open source avec cette nouvelle d'Italie: Turin a décidé de faire un pas vers l’open source en abandonnant l’utilisation des logiciels propriétaires. La localité se donne 1 an et demi pour migrer 8 300 postes sous Ubuntu, avec l’adoption d’Open Office ou LibreOffice comme suite bureautique en lieu et place de Microsoft Office.
Lien vers l'article original: http://www.developpez.com/actu/73972/Open-source-nouvelle-migration-en-Europe-Turin-en-Italie-adopte-Ubuntu-et-OpenOffice

[ouest-france.fr] À Vannes, on sécurise la voiture de demain

Par Patrick Croguennec, le mercredi 6 août 2014. Extrait:
> Assistance à la navigation, à la gestion automatique du freinage... Les véhicules ont toujours plus d'informatique. Qu'il faut sécuriser.
Lien vers l'article original: http://www.ouest-france.fr/vannes-securise-la-voiture-de-demain-2747973

[Next INpact] Un début de détente dans la guerre acharnée entre Apple et Samsung

Par Vincent Hermann, le lundi 6 août 2014. Extrait:
> Après des années de guerre acharnée, Apple et Samsung ont décidé de déposer partiellement les armes. Les deux entreprises se sont en effet mises d’accord sur l’abandon de l’ensemble des plaintes en cours ailleurs qu’aux États-Unis.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/89092-un-debut-detente-dans-guerre-acharnee-entre-apple-et-samsung.htm

[Numerama] Ne dites plus "crowdsourcing" mais "production participative"

Par Julien L., le mardi 5 août 2014. Extrait:
> Vous voulez décrire votre activité au sein de Wikipédia ou dans le cadre du développement d'un logiciel libre? Ne dites plus "crowdsourcing" pour expliquer la manière dont ces projets fonctionnent, mais "production participative".
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/magazine/30189-ne-dites-plus-crowdsourcing-mais-production-participative.html

[Les Echos] Chine: après Microsoft, Pékin bannit les logiciels Symantec et Kaspersky de son administration

Par Claude Fouquet, le lundi 4 août 2014. Extrait:
> Les deux logiciels de sécurité informatique ne pourront plus être utilisés sur les ordinateurs de l'administration chinoise. Seuls cinq logiciels chinois composent la liste des logiciels officiellement autorisés par les autorités de Pékin.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/0203683643229-chine-apres-microsoft-pekin-bannit-symantec-et-kaspery-de-son-administration-1030239.php

Et aussi:
[KultureGeek] Le gouvernement chinois pose son véto aux logiciels de sécurité étrangers

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Interview de Jérémie Zimmermann, en plusieurs épisodes

11 Août, 2014 - 00:10


Présentation

Titre : Interview de Jérémie Zimmermann, en plusieurs épisodes
Lieu : Cave de la Quadrature du Net
Date : Publié en février 2014 - Vents contraires
Durée : Indiquée pour chaque épisode - 1h au total
Lien vers les vidéos

Transcription Nous n'en sommes qu'au tout début de l'affaire Snowden - 3min52s

L'affaire Snowden est dans doute un des événements historiques les plus importants que nous sommes en train de vivre. Déjà on est au tout début de ces révélations et, forcément, au tout début aussi, de prendre la mesure, l'ampleur des conséquences et encore plus au début de réagir et de trouver, de mettre en œuvre des solutions aux problèmes qui sont exposés par les révélations d'Edward Snowden. Beaucoup d'entre nous, hackers au sens étymologique du terme, de bidouilleurs, de passionnés, et non pas des criminels, hacker c'est quelqu'un qui construit, pas quelqu'un qui détruit, beaucoup d'entre nous hackers savaient, sentaient que cette surveillance de masse existait, parce que les technologies étaient là, parce qu'elles ne sont pas chères. Mais ce que révèle Snowden c'est une ampleur de cette surveillance de masse qui dépasse nos rêves les plus fous, nos cauchemars les plus horribles. La réalité est bien pire que le pire de nos scénarios.

Un autre élément essentiel, c'est la collaboration active des géants du net. Google, Facebook, Apple Microsoft, sont pris la main dans le pot de confiture à participer à cette surveillance de masse des citoyens du monde entier, utilisée également à des fins d'espionnage industriel et d'espionnage politique. Donc ce que révèlent, par A plus B, les révélations de Snowden c'est qu'on ne peut plus faire confiance à ces entreprises.

Le troisième élément, sans doute le plus important, c'est au travers des révélations concernant le programme Bullrun, dans lequel la NSA a investi 250 millions de dollars par an pour aller saboter une par une toutes les technologies commerciales permettant de sécuriser les communications et de sécuriser les données.

Ce que démontre l'existence de ce programme Bullrun, et d'une c'est qu'on ne peut pas faire confiance à un programme commercial qui vient des États-Unis parce que la NSA a un doigt dedans, et de deux que les mathématiques tiennent encore, que les maths sont encore du côté des libertés, du côté des citoyens. Les maths c'est le chiffrement. C'est la capacité à rendre un message indéchiffrable pour qui n'en a pas la clef. Si la NSA avait eu la baguette magique qui permet de casser les mathématiques, alors elle n'aurait pas eu à faire ce qu'elle a fait, c'est-à-dire aller saboter toutes les mises en œuvre, tous les produits commerciaux qui mettent en œuvre ces mathématiques.

Ça nous donne donc une lueur d’espoir et c'est ça qui est très important. Une lueur d’espoir c'est beaucoup plus que pas d’espoir du tout. Et on a les talents, les cerveaux tout autour du globe qui aujourd'hui sont en train de carburer pour inventer les solutions, pour inventer une alternative à cette surveillance globale par la NSA, Google, Apple et compagnie, c'est-à-dire évidemment utiliser des services décentralisés, plutôt qu'envoyer toute sa vie sur Google et Facebook, d'une part. Utiliser des logiciels libres qui appartiennent à l’humanité toute entière plutôt que faire confiance à ces entreprises avec qui la confiance est rompue et utiliser le chiffrement point à point dans lequel chacun gère ses clefs pour protéger ses communications.
C'est tout ça, ensemble, l'affaire Snowden dont on ne voit, encore une fois, que les débuts.

Google et Facebook sont devenus des monstres - 2min 58s

Ce que l'on voit aujourd'hui, notamment au travers des révélations sur l’espionnage des ordinateurs et téléphones d'Angela Merkel ou de Rousseff, ou encore l'espionnage des communications d'employés de Petrobras, le premier opérateur énergétique brésilien, ou d'Alcatel-Lucent ou Wanadoo en France, c'est que cet espionnage de masse, au nom de la lutte contre les terroristes est en réalité un outil d'espionnage industriel et d'espionnage politique. Pour ce qui est de la lutte contre les terroristes, c'est une étude qui est sortie ces jours-ci par la New America Foundation qui démontre que le taux d’élucidations, en tout cas de contre-attaques terroristes, grâce à cette surveillance de masse, est proche de zéro. Il est quasiment impossible de démontrer que sans la surveillance de masse on n'aurait pas pu arrêter les attaques terroristes qui ont été arrêtées.

En revanche ce que l'on sait maintenant avec certitude, c'est la portée potentielle de l'espionnage économique et de l'espionnage politique. On le voit avec la précision des profils qui peut être dressée, avec la masse d'informations et la capacité non seulement de dessiner des graphes sociaux des différentes relations des individus entre eux, mais aussi de pouvoir remonter le temps pour connaître les derniers mois, les dernières années, les dix dernières années de tous, les moindre faits et gestes de tel ou tel dirigeant politique, de tel ou tel employé clef de telle entreprise, on commence à prendre la mesure du pouvoir que cela peut conférer et que ces données agrégées, ce Big Data qui est en réalité Big Brother, peut servir à déstabiliser des entreprises, donc des économies tout entières, ou tout simplement déstabiliser des gouvernements, ce que le gouvernement US a pas mal fait au cours du 20ème siècle en utilisant d'autres moyens. On se souvient de la CIA, les coups d'État militaires, etc. Là on commence à voir que ce contrôle de l'information, au travers de cette surveillance généralisée qui est une violation massive de nos libertés fondamentales, peut également servir à déstabiliser des régimes politiques, des entreprises, des économies et des États.

Big Data, c'est Big Brother - 5 min 35s

On est parti sur de mauvaises bases avec cette histoire de Big Data parce que personne n'a la moindre idée de ce qui pourrait être fait, de ce qui sera fait de toutes ces données. Et personne n'a la moindre idée de ce que représentent même toutes ces données. Chacun s'inscrit à ces sites et clique des contrats de quatre-vingts pages, écrits par des espèces de robots, dans des langages particulièrement inhumains, sans avoir la moindre idée de ce que cela représente. Et même les avocats les plus talentueux, les technologistes les plus talentueux ne peuvent pas désembrouiller ces contrats pour avoir une idée de ce qui est véritablement collecté. Or on s’aperçoit qu'en plus de ce que l'on sait que l'on donne, il y a tout ce qu'on ne sait pas que l'on donne, que certains appellent les metadata, mais c'est presque un faux débat. Ce sont, par exemple, toutes les données comportementales, les données de navigation. On sait désormais que le seul fait de voir un bouton Facebook s'afficher sur une page, sans même le cliquer, à partir du moment où vous avez un compte Facebook, sans même être connecté dessus, par l'intermédiaire des cookies dans votre navigateur permet de savoir à Facebook que vous avez lu telle page, tel jour, potentiellement pour tant de temps et peut-être aussi les mouvements qu'ont fait votre souris hésitant à cliquer tel ou tel lien.

De la même façon une page contenant une pub Google ou le moteur d'analyse Google Analytics, ou un bouton Google Plus, soit peut-être 70 % ou 80 % du web public, permet à Google de savoir que vous avez vu telle page, tel jour, à telle heure.
Donc on est en train de perdre, sans s'en apercevoir, l'anonymat de la lecture qui est une composante essentielle de la liberté d'opinion. Le fait de pouvoir lire un site à gauche, un site à droite, et faire son opinion par soi-même, c'est quelque chose qui est essentiel. A partir du moment où on va commencer à savoir que potentiellement n'importe qui peut savoir qu'on est allé voir un site de gauche, un site de droite, un site hétéro, un site homo, etc, alors on est en train de perdre cette composante essentielle de la protection de notre vie privée. Et on la perd par contrat. On la perd, supposément, avec notre consentement, alors que ce consentement repose sur du vent. Ça ne peut en aucun cas être un consentement éclairé, alors que l'on parle de technologies dont on est encore aux balbutiements. Quand on parle du profilage des individus, ce profilage aujourd'hui est utilisé pour le marketing et par les services de renseignements, mais bientôt il sera utilisé par tout un tas d'industries, par la banque, par l'assurance, par les recruteurs, par les administrations publiques, etc. Et on n'a pas la moindre idée des conséquences que ça peut avoir sur notre société, à savoir que ce soient des machines qui décident, des machines qui vont dire telle personne est faite pour le job, telle personne peut avoir un crédit, telle personne doit payer plus ou moins pour son assurance maladie, etc.

On n'a pas la moindre idée. C'est un débat qui devrait être d'une ampleur au moins égale au débat sur la bio-éthique, sur le nucléaire, mais comme on voit que ces dits débats sont souvent écrasés sous la pression des groupes industriels, là on n'a même rien vu. C'est passé comme une lettre à la poste. Au Parlement européen, dans le règlement sur la protection des données personnelles, c’était un article parmi quatre-vingts, et c'est passé tout seul.

Après, oui, on peut faire des choses formidables avec les agrégats de données. Encore faudrait-il pouvoir le faire avec le consentement de l'utilisateur et non pas en lui subtilisant ses données personnelles, en lui tondant ses données personnelles sur le dos, comme la laine d'un mouton. Aujourd'hui il n'y a pas de solution pour donner ce consentement éclairé. En fait, aujourd'hui, à quelques rares exceptions près, de base, nos communications sont en clair, accessibles, c'est-à-dire non chiffrées, et nos comportements sont visibles, exploitables par des tiers.

En réalité on va devoir repenser la technologie, inventer des outils pour que, de base, tous nos comportements soient privés, que toutes nos données et nos communications soient chiffrées et qu'au cas par cas, dans contrats bien explicites, avec un consentement bien éclairé, on puisse choisir de changer cette situation.

Et on est parti sur une base, le fait de tout laisser ouvert aux quatre vents, qui a donné lieu à ces espèces de monstres que sont devenus les Google, les Facebook, etc, par leur hypercentralisation, par le fait que toutes les données du monde, tout le temps, sur tout le monde atterrissent sur leurs serveurs. On a atteint une concentration d'informations jamais imaginée auparavant et comme on le sait, au 21ème siècle, l'information c'est du pouvoir. Qui dit concentration d'informations dit concentration de pouvoir, et on le sait, dans l'histoire, que toute concentration, hyperconcentration de pouvoir, a mal tourné.

La protection de la vie privée est un droit fondamental - 4 min 23

A ce stade je pense qu'il est utile de rappeler pourquoi la protection de la vie privée est un droit fondamental. C'est un droit fondamental et peut-être même un peu plus fondamental que les autres parce qu'il permet la mise en œuvre des autres libertés. Sans la protection de ma vie privée, je ne vais pas m'exprimer de la même façon. Si je sais que je suis surveillé, je vais sans doute m'autocensurer. Je ne vais pas dire « Mon patron est un con ! Mes dirigeants politiques sont des cons !», si je sais que tout ce que je dis va pouvoir être enregistré et réutilisé contre moi. Da le même façon, je ne vais peut-être pas aller rencontrer une bande de dangereux activistes ou gauchistes ou droitistes, ou je n'en sais rien, de peur de représailles et c'est donc la liberté de rassemblement qui en sera impactée. De même je ne vais peut-être pas aller voir des amis, une maîtresse, un amant, etc, et c'est ma liberté de mouvement qui sera, elle aussi, restreinte.
Et donc se poser la question de ce qu'est un monde dans lequel on a perdu notre vie privée. On a des exemples dans l'histoire, mais tous reposaient sur des régimes totalitaires. On n'a pas d'exemples, encore, dans lesquels ce totalitarisme est une alliance de régime politique et d'entreprises transnationales ultra-puissantes. Et c'est ce qui est en train de se dessiner ici.

Donc, quand on perd la protection de sa vie privée, quand on perd sa vie privée, les comportements changent. Et pourquoi il est important de protéger cette vie privée ? Certains vont dire « Oh moi, de toutes façons, je m'en fiche, je n'ai rien à cacher ou je ne suis pas intéressant, de toutes façons ils auront trop d'informations. » Tout ça est complètement faux. Déjà le fait d'avoir trop d’informations, on sait maintenant que la NSA sait traiter tout ça, Google sait traiter tout ça. Ensuite je ne suis pas intéressant et je n'ai rien à cacher, rien ne vous dit que vous ne serez pas intéressant, dans cinq ou dix ans, que vous n'allez pas entrer en politique, devenir journaliste, devenir activiste ou que votre gouvernement ne va pas devenir un gouvernement autoritaire et que vous n'allez pas, de fait, entrer en résistance ou quelque chose comme ça. Ensuite on a tous quelque chose à cacher au moins de quelques-uns, peut-être d'une femme, d'un époux, d'un amant, d'une maîtresse, d'un membre de la famille, de la belle-famille, d'un collègue, d'un patron, d'un ex-collègue, d'un ex-patron, d'un ami, d'un ex-ami, et si on n'a pas à le cacher aujourd'hui, c'est demain peut-être qu'on aura à cacher ce qui se fait aujourd’hui.

Et donc, cette protection de la vie privée, c'est toujours un pari qui est fait sur l'avenir et quand l'avenir est tout entier hypothéqué entre les mains de grandes entreprises comme Google, Apple, Facebook, Microsoft et tous les autres, alors ce pari est un pari perdant. L'enjeu ici c'est cet espace dans lequel on est seul avec soi-même en confiance. C'est ce qu'on appelle l’intimité. Et c'est dans cette intimité, précisément, que l'on est totalement libre. On est libre d'enfiler un porte-jarretelles, on est libre d’expérimenter avec des pratiques sexuelles ou artistiques ou intellectuelles. On est libre d'expérimenter de nouvelles idées, de nouveaux discours et c'est très souvent dans cette intimité que se niche la créativité. C'est parce que l'on va pouvoir, pendant deux heures, gratter une guitare en se disant « c'est nul, c'est nul, c'est nul », avec personne pour nous juger, qu'au bout d'un moment vont sortir les quatre accords que l'on va trouver assez bons et qui vont peut-être devenir un chef-d’œuvre.

Donc cette intimité est ce qui nous définit le plus précisément, le plus profondément dans nos identités. Et l'enjeu ici c'est de tout simplement perdre nos identités, de perdre ce qui nous définit en tant qu’être humain et de tomber dans une forme d'homogénéisation qui ferait le jeu de certains acteurs politiques ou industriels qui aimeraient bien pouvoir prédire nos comportements, nous vendre à la découpe et nous maintenir comme cela sous contrôle.

Le logiciel libre est un véritable projet de société - 6 min 55s

La deuxième question c'est comment inverser cette tendance-là. Est-ce que, en votant avec notre portefeuille, on a va avoir assez de pouvoir pour faire changer les comportements de Google, Facebook, Apple, Microsoft, etc ? Je ne le pense pas parce que, en l'état, ces entreprises sont contraintes, par le droit américain, de donner accès Open Bar à la NSA et ses partenaires publics et privés, c'est-à-dire notamment les 950 000 citoyens américains qui sont habilités « top secret », comme Edward Snowden. Quand vous avez l'impression de discuter seul à seul avec quelqu’un via Facebook, c'est vous, votre correspondant, Facebook, la NSA et les 950 000 personnes habilitées « top secret » aux États-Unis, sans compter les partenaires de services secrets dans différents pays.

Donc le droit américain force les entreprises à ces comportements-là, il s'agit du FISA, le Foreign Intelligence Surveillance Act, loi d’amendement de 2008, il s'agit du Patchwork Act de 2001, qui oblige, notamment par le biais de ses National security letters à ce genre de comportement, et qui interdit quiconque en aurait connaissance d'en parler sous peine de prison.

Quand bien même, et c'est ce qu'on est en train de voir avec la communication de crise de ces entreprises, quand bien même Google, Apple et compagnie vous diraient « Ah mais nous, en fait, on ne savait pas, on ne voulait pas et maintenant on va faire des efforts, on va ceci, on va cela », ça ne change rien à l'état de fait du droit américain. Donc il va falloir avant tout commencer par changer le droit américain pour que les citoyens US reprennent le contrôle de ces institutions devenues complètement folles. Si on devait faire la psychopathologie de la NSA, ce serait une psychose paranoïaque des plus avancées. Et ça, nous, d'Europe, on a évidemment un petit peu moins de pouvoir là-dessus.

La question c'est qu'est-ce qu'on fait en attendant ? Déjà en attendant on arrête d'utiliser les produits de ces entreprises. Je sais que c'est difficile. Il faut faire des efforts considérables. Il y a peu de choses qui sont aussi fortes sur nos vies que les habitudes. Donc ça implique vraiment des efforts. Ensuite, et sans attendre que les États-Unis reprennent le contrôle de leurs institutions, si tant est que ce soit possible, développer des technologies alternatives.
On a sur la table depuis dix, vingt, trente ans, ces principes technologiques qui sont pensés pour rendre les individus plus libres. Il s'agit d'une part des services décentralisés par opposition à cette hyperconcentration, à cette hypercentralisation que représentent Google et Facebook. Dans les services décentralisés, au lieu de tout mettre à un seul point quelque part en Californie, et bien ses mails vont être hébergée à l'échelle d'une association, d'une entreprise, d'un théâtre, d'une administration publique, d'une bande de potes et ainsi on va décentraliser, en attendant d’avoir tous notre e-mail chez nous grâce à une petite boîte qui marchera toute seule en un clic et on y travaille.

Ensuite c'est le Logiciel Libre. Le Logiciel libre, c'est un projet de société, c'est un projet politique, dans lequel l'auteur d'un logiciel choisit de donner à l'humanité toute entière les mêmes libertés qu'il a tant qu'auteur sur son logiciel. Ce sont des logiciels qui appartiennent à tout le monde et que tout le monde peut bidouiller, tout le monde peut étudier, tout le monde peut modifier. Tout le monde peut s'assurer qu'il n'y a pas dedans des portes dérobées qui donneraient accès à la NSA. Et quand je dis tout le monde, évidemment tout le monde ne doit pas devenir un programmeur pour comprendre, mais tout le monde a la possibilité de demander à son voisin, demander à une société de services au coin de la rue, demander au service informatique de sa boîte ou de son administration, de faire ce travail, d'aller comprendre ce qu'il y a à l'intérieur du logiciel et de fait, extrêmement rare, que l'on trouve une fonction malveillante comme en sont blindées les logiciels de la marque Apple et Microsoft qui vont prendre notre numéro de carte de crédit, le garder, faire des mises à jour sans rien vous dire, etc.

Ensuite se posera la question inévitable du matériel libre pour utiliser ces logiciels libres. De plus en plus, dans ces petits appareils de poche, que certains appellent encore téléphones et qui sont des ordinateurs mobiles, blindés de senseurs, se trouve une puce absolument cruciale qui s'appelle le baseband, qui est la puce qui permet d'émettre et de recevoir des ondes. Donc d'émettre et de recevoir de la voix, des SMS, des données, etc. Cette puce est activable à distance et est connectée à tout le matériel de l'ordinateur, donc le micro, la caméra, le senseur de pression, le senseur de gravité, la boussole, etc. Et toutes ces puces sont aujourd'hui des boîtes noires que l'on ne peut pas comprendre, dont on ne peut pas comprendre le fonctionnement et donc que l'on ne peut pas contrôler, à plus forte raison avec des logiciels libres. Donc là il y a un vrai enjeu de politique industrielle, de souveraineté. Il faut que les pouvoirs publics se secouent les puces là-dessus.

Et enfin, troisième aspect technologique, enfin trois et demi si on compte le matériel libre en plus du logiciel libre, en plus du logiciel libre, le chiffrement dit point à point. C'est-à-dire utiliser les forces de la nature, utiliser les maths, pour s'assurer qu'un message ne sera compréhensible que par le destinataire de votre choix. Point. Sans avoir à faire confiance à X compagnies en chemin, juste le destinataire et vous.

Et alors ces trois types de technologie, services décentralisés, Logiciel Libre et chiffrement point à point ont cela en commun qu'ils vont être perçus par le grand public comme étant trop compliqués parce que « moi je n'y connais rien et que je ne suis pas ingénieur » et surtout parce que de l'autre côté il y a le machin « user friendly », aux coins arrondis, qui vous prend par la main et que tout le monde comprend. Et donc il va falloir, et ça c'est un aspect socio-culturel au moins aussi important que les aspects politiques et technologiques, faire comprendre que quand d'un côté on vous dit « user friendly » c'est faire à votre place des choix qui vont contre votre intérêt, et que de l'autre ce qui est perçu comme trop compliqué « parce que moi je n'y comprends rien », ce sont des technologies qui sont là pour être auto apprises, pour être appropriées et qui une fois appropriées, rendent plus libre. En fait entre « user friendly » et « trop compliqué », c'est technologie qui contrôle et technologie qui libère.

Eh bien je pense qu'il est urgent qu'on ait ce débat de société, que l'on fasse évoluer les mentalités là-dessus pour s’approprier des technologies qui rendent les individus plus libres. C'est un véritable projet de société. C'est le projet de société du GNU, du Logiciel Libre que Richard Stallman a initié il y a trente ans, maintenant, et trente ans c'est également l’âge d'Edward Snowden aujourd'hui.

Aujourd'hui, les machines sont faites pour contrôler l'utilisateur - 3 min 23s

Dans la jeune génération il y a évidemment des gens brillants qui apprennent ou qui sentent même les valeurs qui sont celles de l'éthique hacker, du partage de la connaissance, du défi amusant pour la maîtrise de la technologie. Et en même temps, une grande partie de cette génération est née avec entre les mains un appareil Apple connecté à Facebook, à un service Google, sans véritablement avoir la possibilité de même se poser la question. La différence que je vois avec ma génération de vieux croûtons, née avec les ordinateurs 8 bits, j'ai eu mon premier ordinateur Amstrad à sept ans, c'est qu'à cette époque-là, il y a vingt-cinq, il y a vingt ans, il y a même encore quinze ans, les ordinateurs étaient des machines amies. L'Amstrad, comme le Commodore 64, comme l'Atari ST après, étaient des ordinateurs qui venaient avec un manuel qui était la liste de diagrammes, des circuits, avec la liste de tous les composants, que vous pouviez identifier pour les décortiquer et savoir ce qu'ils faisaient, intégralement, du début à la fin. Tous les composants de l'ordinateur étaient ouverts pour que chacun puisse les étudier, les comprendre. Et en les étudiant et en les comprenant, évidemment les apprendre. Et c'est comme cela que pendant des années on a eu de cesse que de repousser les limites de l'informatique, où les limites qui étaient prévues par les fabricants se faisaient complètement exploser par des gens tous plus brillants les uns des autres, qui apprenaient les uns du travail des autres. Et c'est comme ça que s'est faite l'histoire de l’informatique.

De cette époque-là on en est arrivé à l'ère des machines ennemies. Ces machins, avec leur boîte noire, la puce baseband, qui sont entièrement faits pour ne pas être compris, pour que l'utilisateur ne puisse pas savoir ce qu'il s'y passe, pour que l'utilisateur ne puisse pas les contrôler. Et en retour ils sont fabriqués pour contrôler l'utilisateur, avec les App-Store et les machins comme ça, on s'assure qu'on ne puisse pas installer le logiciel de son choix sur l'appareil qu'on a acheté ! On peut parfois même pas lui enlever la batterie pour s'assurer qu'il soit bien éteint et on ne peut pas savoir quelles puces font quoi à l’intérieur.

Donc ça c’est pour moi un des changements technologiques les plus radicaux, les plus impressionnants, les plus dangereux et je ne sais pas si les jeunes générations et les générations futures seront en mesure de combattre ces machines ennemies. Je sais que des mafias, russes ou chinoises, des grosses entreprises, peuvent s'offrir les microscopes électroniques et les lasers pour découper en tranches ces puces, mettre sur le coup des dizaines ou des centaines d’ingénieurs qui passeront des semaines pour essayer de comprendre comment elles fonctionnent, mais trois mois plus tard il y a déjà une nouvelle génération de puces qui est déjà sur le marché.

Comment nous, citoyens allons pouvoir reprendre le contrôle de la technologie, de nos outils et de notre infrastructure de communication ? Je pense que c'est un des défis les plus importants, les plus structurants pour le futur de nos sociétés et du fond du cœur je souhaite bonne chance aux générations qui viennent qui vont devoir s'en occuper.

Le Monde à portée de modem - 5 min 19s

Je vais un petit peu parler de moi, un petit peu parler de moi pour parler de nous tous et pour ouvrir évidemment cette discussion. J'ai eu la chance de naître privilégié, de naître dans le 1 % des citoyens les plus riches de la planète et j'ai eu la chance d'avoir un ordinateur personnel dès l’âge de sept ans, en 1985, un Amstrad CPC 6128. Je ne sais pas qui se souvient de l'Amstrad CPC 6128, levez la main. Il y en a quelques-uns. Je vous épargnerai tout commentaire sur la moyenne d’âge de ceux se rappellent de l'Amstrad CPC 6128, un ordinateur doté d'un microprocesseur 8 bits, de la même génération que le Commodore 64, qui évoque peut-être… Ah monsieur là-bas ! Excellent choix ! Et un petit peu après, les Sinclair ZX Spectrum et autres, Apple II.

A l'époque j'étais jeune, je découvrais ce que c’était qu'une machine programmable, j'étais fasciné par ça, j'ai cassé les pieds de ma maman pendant deux avant de la faire céder et de me le faire offrir. Et à l'époque, au travers des jeux vidéos, principalement, qu'on était obligé de lancer avec des commandes qui étaient des éléments de ce langage de programmation, le Basic, on était un petit peu forcé d'apprendre quelques mots d'anglais, d'apprendre à contrôler la machine pour pouvoir s'adonner à son plaisir du jeu vidéo.

J'ai grandi dans cet environnement-là. On était une poignée dans la cour du lycée à avoir un ordinateur personnel. Puis ça a été la génération des Atari, Atari 1040 STE, pour ceux à qui ça rappelle des souvenirs, l'Amiga, etc, là encore des machines programmables, accessibles, que nous adolescents bidouillions, hackions au sens originel du terme, pour les comprendre, pour en comprendre les limites et pour en repousser sans cesse les limites, inventer de nouvelles façons d'utiliser ces ressources en cassant, sans cesse, les limites du système. C'est cette bidouillabilité des systèmes informatiques de ces générations-là qui nous a permis, à tous, notre éveil à la technologie et cette démarche commune qui est la culture hacker, de mettre les mains sous le capot, de comprendre, de triturer, de bidouiller.

Si vous regardez les modes d'emploi des ordinateurs de cette époque-là, vous verrez que, en annexe, il y avait en général le diagramme des circuits, listant toutes les puces qu'il y avait dans l'ordinateur. Vous pouviez enlever des vis standards, soulever le capot et comprendre comment fonctionnait, de fond en comble, cet ordinateur. Pour peu que vous ayez un peu de temps, beaucoup de curiosité, si vous étiez un petit peu autiste ça aidait, vous aviez moyen de complètement maîtriser cette machine pour en comprendre les limites et jouer à les repousser. Et c'est comme cela qu'on a appris. Puis avec l'architecture PC, là c'est devenu le Far West parce que n'importe quel fabricant pouvait, à partir de standards plus ou moins bien pensés, proposer son propre matériel, qu'on allait utiliser pour remplacer le matériel qu'il y avait sous le capot, trouver soit le moins cher, soit le plus performant, soit le plus bidouillable et composer comme ça, à la carte, les entrailles de nos ordinateurs.

C'est dans ce contexte-là qu'on a découvert, que j'ai découvert, au début des années 90, les BBS. Alors les BBS, je ne sais pas s'il y en a parmi vous qui se souviennent ? Levez la main. Très peu, quelques-uns tout de même. Les BBS, c’était à peu près à mi-chemin entre le Minitel et Internet. C'était un ordinateur quelque part qui avec un modem était connecté à une ligne téléphonique. Et d'autres ordinateurs, ailleurs, avec d'autres modems et d'autres lignes téléphoniques se connectaient au premier. Et vous accédiez à un menu, en mode texte, qui vous disait « Tapez 1 pour la messagerie, 2 pour un chat, 3 pour aller télécharger des fichiers, 4 pour des petits jeux » comme ça en mode texte.

On a donc appris à se connecter les uns aux autres au travers du réseau, à partager, sous forme de 0 et de 1, des ressources qui étaient des messages, des fichiers, des discussions, des trolls déjà, à l'époque et on a vu émerger des petites communautés comme ça, on line, ce n'était pas véritablement Internet, encore que certains de ces BBS, les plus évolués, se synchronisaient les uns avec les autres au travers d'une forme proto web de l'internet. Et puis quelques années après, pour moi en 95, ce qui assez tard, en fait je suis un petit jeunot, je me suis connecté pour la première fois à Internet. Et là, explosion intellectuelle ! Tout était possible ! Dans ma première connexion, je me souviens d’être connecté, et télécharger des fichiers en même temps aux États-Unis et en France, en parlant avec des gens et aux États-Unis, et en Asie, et en France, et de comprendre que, voilà, le monde était là, à portée de modem, à quelques commandes, à quelques clics d'ici se trouvait potentiellement le monde entier.

La naissance du Logiciel Libre - 6 min 24s

C'est dans ce contexte-là que j'ai eu véritablement mon éveil à la technologie au travers de la pratique du réseau. Sur Internet, une des premières que vous pouviez trouver c’était des documentations techniques, et de là, trouver réponse à toutes les questions que vous vous posiez pour faire fonctionner un ordinateur ou, à plus forte raison, des ordinateurs en réseau. C'est comme cela que j'ai appris l'informatique, c'est comme ça que j'ai appris les compétences qui m'ont permis par la suite d’inventer mon métier, d'inventer mes métiers, de choisir mes clients, de choisir les conditions dans lesquelles j'allais travailler, et de prendre mon autonomie par rapport à la technologie, et de fait, eh bien, d’être un citoyen libre, un citoyen autonome. Et cette notion d'autonomie, je crois, autonomie par la technologie, est au cœur de la problématique qui nous réunit ce soir. Je pense que c'est précisément cette autonomie que nous avons qui est menacée aujourd'hui et cette autonomie qu'il nous faut absolument défendre et je vais y revenir.

Dans ce contexte, 1995, 1996, on commence à la télé à parler d'Internet, véritable supermarché de la drogue, où les pédophiles et les nazis sont légions, les pédo-nazis, on les appelle sur Internet. On a une compil dans un coin, si ça vous intéresse, de journaux de 20 heures, « La France a peur, Internet ! » Ça a été très amusant. On voyait venir ça comme du folklore à l'époque et en 98, j'ai eu véritablement mon éveil politique.

Bien sûr, j'avais marché dans des manifs avec mes amis lycéens, c’était quoi ? Ce n’était pas le CPE à l'époque, je ne sais plus, en 95, donc j'avais une vague idée de ce qu’était l'action politique à la papa, aller dans les rues, avec des banderoles et crier très fort jusqu'à ne plus avoir de voix. Mais bon, je n'avais pas encore véritablement compris le monde sous un prisme politique.

Et cette même année, deux événements m'ont particulièrement marqué. D’abord j'ai rencontré Richard Stallman, le père fondateur des logiciels libres, qui donnait une conférence à Paris et que j'ai vu pour la première fois. Et Richard expliquait, vous avez peut-être déjà entendu cette histoire, l'histoire de cette imprimante, au MIT, le Massachusetts Institute of Technology, une des deux premières imprimantes laser qu’avait inventé Rank Xerox qui l'avait fièrement offerte au MIT pour qu'il puisse la bidouiller.

Et la dite imprimante était une imprimante en réseau, donc, vous connaissez tous une imprimante en réseau, vous envoyez les documents et à un moment vous vous levez et vous allez les récupérer. Et cette imprimante buggait. Tous les quelques temps elle tombait dans un mode, clash, ça marche pas ! Et tout le monde continuait d'envoyer ses documents sans savoir qu'elle avait buggé et quand quelqu’un se levait pour aller la machine à café, on entendait un hurlement « Et merde ! Elle a encore planté » ! Ce qui voulait dire que tout le monde devait ré-envoyer ses impressions et ça, ça emmerdait tout le monde.
Richard, brillant hacker, autiste au sens Asperger du terme, qui a vécu pendant sept ans sur un lit de camp dans ce laboratoire d'intelligence artificielle du MIT, en brillant hacker qui parle aux machines, se dit « c'est très simple je vais appeler Xerox ». Il appelle Xerox et leur dit « messieurs dames de Xerox, donnez-nous le code source de votre imprimante. Donnez-nous la recette de fabrication du logiciel qui équipe votre imprimante, pour que nous, brillants hackers du MIT puissions trouver le bug, le réparer, la faire marcher mieux pour nous, la faire marcher mieux pour vous, et la faire marcher mieux pour l'humanité tout entière. » Et Xerox lui rit au nez. « Mais vous n'y pensez pas, mon bon ami ! Le code source ! Secret de fabrication ! Secret industriel ! Notre propriété intellectuelle ! Mais vous n'y pensez pas ! »
Et c'est là que Richard se pose la question « Comment se fait-il que le contrôle de la connaissance sur le fonctionnement même de la technologie puisse être utilisé pour contrôler l’usage que l'on a de la technologie ? Comment la rétention de cette connaissance peut permettre à des individus de contrôler ce que je vais faire, moi, avec ma machine ?

Il s'est gratté la tête, s'est caressé la barbe, longue barbe et s'est demandé quelles seraient les conditions pour que la technologie, pour que la diffusion ou le contrôle de la connaissance sur le fonctionnement de la technologie, puisse au contraire, être utilisé pour rendre les individus plus libres.

Et c'est là qu'a émergé cette notion du Logiciel Libre. C'est le logiciel sur lequel l'auteur fait le choix de concéder à l'humanité tout entière les mêmes droits et libertés qu'il a sur son œuvre, sur son logiciel.

Tout le monde a le droit d’utiliser un Logiciel Libre. Tout le monde a le droit de copier un Logiciel Libre. Mais aussi tout le monde a le droit d'étudier un Logiciel Libre pour comprendre comment il fonctionne et à cette fin l'auteur met à disposition le code source, qui est l'équivalent de la recette de cuisine pour le plat, qu'est le logiciel. Si vous goûtez un plat délicieux, vous pouvez vous douter qu'il y a un petit peu de coriandre et de l'ail et que ça a plutôt été cuit dans l'huile d'olive. Mais pour savoir quelle quantité d’huile d'olive, quelle quantité d'ail et dans quel ordre les ingrédients ont été mis, il va falloir énormément de boulot, c'est très difficile, voire impossible. Eh bien c'est pareil avec un logiciel. Quand on vous donne le logiciel prêt à être exécuté, vous pouvez vaguement comprendre qu'il fait ceci et cela, mais pour savoir tout ce qu'il fait, il faut plus que le logiciel lui-même, il faut la recette, et la recette c'est le code source. Donc troisième liberté du Logiciel Libre, tout le monde a accès au code source pour pouvoir comprendre comment fonctionne ce Logiciel Libre. Et quatrième liberté, la liberté de modifier ce code source, donc de modifier le logiciel, pour l'adapter, pour le corriger, et de redistribuer ces modifications. Quand vous avez ces quatre libertés, vous avez rigoureusement les mêmes libertés qu'a l'auteur original sur son œuvre.

Un logiciel est libre ; il a le potentiel pour rendre les individus plus libres.

DADVSI, les hackers à l'assaut de la loi - 5 min 20s

Et là, je suis tout con, à vingt ans, en 98, j'entends ça pour la première fois et je me dis « Bon sang, mais c'est bien sûr », ces vingt-cinq disquettes d'un machin qui s'appelait Linux que mon pote Maxence m'avaient passées à l'époque en me disant « Regarde, ça a l'air vachement intéressant, moi je n'y comprends rien ! » J'ai regardé. « Ah, je n'y comprends rien non plus, ça a l'air vachement intéressant ! ». Et on a passé des années à essayer de comprendre ce que c’était, ce que ça faisait. Ni lui, ni moi n'avions la culture des vieux systèmes Unix, de l'informatique à la papa, mais pendant des années on essayait de comprendre ce que c’était sous l'angle technique. Et là j'ai compris. Mais bien sûr, ce n'est pas juste un joujou. C'est un projet politique. C'est un projet de société. Le Logiciel Libre est un projet de société dans laquelle la technologie est mise au service des individus pour les rendre plus libres, pour empêcher cette tendance à les contrôler au travers du contrôle de la technologie.

Et donc, faisant mon petit bonhomme de chemin, la même année aux États-Unis est adoptée le Digital Millennium Copyright Act, une loi répressive en matière de droit d'auteur, mais pas que, qui protège juridiquement les mesures techniques de protection des œuvres protégées par le droit d'auteur, qui crée de véritables bunkers techno-juridiques autour des œuvres culturelles, en espérant ainsi en contrôler la copie, en contrôler la diffusion, évidemment sous l’impulsion de Hollywood, de Microsoft et des autres entreprises technologiques américaines qui voient dans ce modèle un juteux modèle pour verrouiller les œuvres, pour verrouiller la culture et pour verrouiller la diffusion de la connaissance, et de là, capturer leurs utilisateurs. Et je vois arriver ça, je lis les premiers textes de Larry Lessig, et je me dis « Mais qu'est-ce qu'ils viennent faire avec leurs gros sabots ces politiciens sur notre réseau ? Pourquoi ils mettent le nez dans nos technologies ? Est-ce qu'on ne serait pas là en train d'avoir un problème ?

C'est là que je me suis vraiment politisé, que j'ai rejoint, j'ai rejoint en 2000 l'April, Association de Promotion et de Défense du Logiciel Libre, dont je devenu administrateur en 2003 et jusqu'à ce jour, et je m'aperçois que je suis en train de m’appesantir déjà sur ces détails et de raconter ma vie. Pour la faire courte, c'est suite à une bataille législative au Parlement français où j'ai tout appris, enfin tout, ou presque, du fonctionnement du Parlement français et d'un processus politique piloté par des lobbies industriels avec la complaisance du Ministère de la Culture, avec des parlementaires complètement largués et un lobbying qui entrait jusque dans le Parlement, jusqu'à la Salle des Quatre Colonnes pourtant réservée à la presse et aux députés ! Où les représentants de Virgin distribuaient des coupons de téléchargements gratuits d'une valeur de dix euros juste avant qu'ils n'entrent en séance voter les amendements sur ce sujet.
C'est au cours des débats sur cette loi DADVSI, Droit d'Auteur et Droits Voisins dans la Société de l'Information, que j'ai compris que, au-delà des seuls enjeux ayant trait au Logiciel libre, il y avait des problèmes politiques majeurs dans la façon dont on abordait la technologie.

En France, puis à Bruxelles, c'est cette même année de l'examen de la DAVDSI, qui était initialement prévue pour être examinée au Parlement, en deux séances de nuit, le 21 et 22 décembre de 2005. Oui ! Oui, il y a des séances de nuit les 21 et 22 décembre. Si, si, je vous assure, je les ai vues de mes yeux et qui en réalité a duré six mois et a tourné à la guerre du Vietnam parlementaire et a coûté sa tête au ministre blanchisseur Renaud Donnedieu de Vabres à l'époque.
C'est au cours de cela qu'on a petit peu structuré notre action politique, une action citoyenne basée sur le terrain. On utilisait, en quelque sorte, cette culture hacker de la compression d'un système. On essayait de bidouiller le Parlement comme on aurait bidouillé un ordinateur, de bidouiller la loi en écrivant des bouts d'amendement, en apprenant. C'est la première fais que j'ai ouvert des codes pour comprendre comment marchait la loi. A priori quand vous savez lire du code informatique, du code juridique, c'est moins bien écrit, ça buggue beaucoup plus souvent, ça ne passe sans doute pas l'épreuve d'un compilateur, ou alors le Conseil Constitutionnel, serait peut-être le bon… Ouais !

Larry Lessig dit que « code is law », le code est la loi dans l'environnement informatique, je pense que de la même façon on pourrait dire que la loi c'est du code, et donc comme du code ça se bidouille, ça se patche, ça buggue, ça se met à jour, et on y introduit parfois des fonctions malveillantes à l'insu de ses utilisateurs, nous, les citoyens.

La naissance de la Quadrature du Net - 4 min 22s

Et donc au cours de cette examen législatif, la DADVSI, on a réussi à faire prononcer 200 fois au Parlement français, à l’Assemblée Nationale, les mots « Logiciel Libre » et environ 200 fois aussi les mots, enfin le mot « interopérabilité ». On n'a jamais publié ce bêtisier de députés en train d'essayer de prononcer interopérabilité, alors tour, l'intero, l'inter, opérabilité. Voilà ! C'est comme ça qu'ils y arrivaient finalement. Et donc au travers de ce débat, on a compris que nous citoyens avions un rôle à jouer. Un rôle à jouer pour hacker le Parlement, pour hacker le processus politique, le processus législatif et essayer d'instiller un petit peu de cette connaissance du fonctionnement de la technologie, que nous avions appris en réseau, que nous utilisions en réseau, d'injecter ça dans le Parlement et dans le processus politique pour le faire tourner à notre avantage, c'est-à-dire favoriser les libertés fondamentales, favoriser les droits des auteurs et utilisateurs de Logiciel Libre, favoriser le partage de la connaissance et le partage de la culture, plutôt que les attaquer.
De cette expérience et autour des élections de 2007, on a lu en filigrane dans le programme du candidat Sarkozy un certain nombre de mesures qui nous inquiétaient, nous lisions en filigrane des attaques sur nos libertés fondamentales sur Internet. Nous le connaissions à un niveau, parce que des députés avec qui nous travaillions à l'époque, des députés UMP, nous avaient raconté donc de première main s’être trouvés dans son bureau et lui en tant que président de l'UMP leur dire « Toi, toi, je te tuerai comme tous les autres ! », ou encore « Si tu votes ces amendements-là, schlaf ! », avec le doigt comme ça, comme un chef mafieux et donc on savait à quel point ce type pouvait être dangereux, à quel point il pouvait ne pas hésiter à servir les intérêts de groupes industriels proches de lui, ou dont il estimait avoir besoin pour son élection, et c'est dans ce contexte-là que nous avons créé la Quadrature du Net donc, cette organisation de défense des libertés fondamentales sur Internet.

Nous étions cinq cofondateurs : Christophe Espern, avec qui j'avais œuvré au travers l'initiative eucd.info sur cette fameuse loi DADVSI, Philippe Aigrain, vieux routard, fer de lance de la défense des radios libres dans les années 80, Gérald Sédrati-Dinet, un des héros de la bataille contre les brevets sur les logiciels, à Bruxelles, Benjamin Sonntag, un demi-dieu du réseau et gourou indien à bien des égards et moi-même. Et donc cette petite équipe, cette fine équipe, a organisé comme une espèce de petit commando, une espèce de non structure très resserrée autour de valeurs communes, autour d'une culture commune qui est cette culture hacker, cette culture du Logiciel Libre, cette culture du partage, de la connaissance et de la culture. On s'est lancés comme ça bille en tête, sabre au clair, à se dire qu'on allait essayer de changer la société. De changer la société pour faire évoluer, pour faire avancer ces valeurs qui sont celles du partage de la connaissance, de l'ouverture de la technologie et surtout de la maîtrise de la technologie par les individus.

Et je suis convaincu que c'est bien cette maîtrise de la technologie par les individus qui est la clef, entre, d'une part, basculer vers une société dans laquelle nous serions asservis par les machines et par les quelques entreprises qui les contrôlent, ou une société dans laquelle nous pourrions nous améliorer, améliorer nos modes d'interaction, de participation, aussi bien dans les processus démocratiques que dans les processus économiques ou dans la vie culturelle. Et c'est, je pense, un des enjeux de société les plus importants qui sont en train de se dérouler aujourd'hui, sous nos yeux, et j’ai quelques éléments à avancer pour étayer mes dires.

Contre la censure et pour le partage - 3 min 46s

Pendant six ans particulièrement intenses, nous avons œuvré donc en France sur l'Hadopi, au niveau européen sur le paquet télécom, un monstre de cinq directives européennes régulant le marché des télécoms et concernant notamment cette question cruciale de la neutralité du net. La neutralité du net c'est l'universalité du réseau, c'est la fait de garantir que tout le monde va pouvoir accéder à tout Internet, et que tout le monde va publier, va pouvoir participer à tout Internet. Et que jamais un opérateur, quelqu'un va se mettre au milieu et dire « Ah ben non, tel site, en fait, vous n'y avez pas accès, mais si vous payez trois euros par mois en plus on peut s’arranger. Tel site va être un peu plus lent parce que tel autre est notre partenaire et donc il sera plus rapide. » Ou alors « Vous, madame, là-bas, non, vous n'aurez pas accès à tel ou tel type de protocole ». Donc cette neutralité du net est un enjeu absolument essentiel. On s'est battu pour elle à Bruxelles. On continue de se battre pour elle. Un nouveau règlement est en cours d'élaboration autour de cette même question.

Nous avons agi sur les questions ayant trait à la censure des contenus sur Internet, autant la censure d'État, quand une autorité administrative ou même judiciaire décide qu'un bout d'Internet ne doit plus être accessible. C'est ce qu'ils font plus ou moins, avec plus ou moins de succès, en Chine, en Iran, au Pakistan et dans un nombre croissant de démocraties amies comme celles-ci. C'est ce que l'on pratique aujourd'hui en France. C'est ce que l'on pratique de plus en plus dans nombre de pays européens.

Nous nous sommes élevés aussi contre une forme de censure privatisée, dans laquelle les pouvoirs publics renoncent à leurs prérogatives, peut-être par incompréhension, peut-être par paresse, peut-être par corruption, et décident de confier à des acteurs privés le soin de surveiller les utilisateurs, de surveiller les communications, comme un bon vieux service de police, mais privée, et laisser le soin à ces mêmes entreprises de prendre des sanctions, de couper des accès, de retirer des contenus, de bloquer l'accès à certains contenus. Donc des sanctions ayant potentiellement un impact sur la liberté d’expression, donc là des missions de justice mais de justice privée.

Nous nous sommes également positionnés en faveur d'une réforme positive du droit d'auteur afin de consacrer nos droits culturels à l'ère numérique dans la loi plutôt que sans cesse les criminaliser, les réprimer. Nos droits culturels, c'est le partage entre individus. S'ils ont envie de me faire écouter une musique que j'aime, parce que je l'aime, il n'y a aucune raison que le droit vienne se mettre au milieu de cet acte privé parfaitement altruiste. Et dont personne n'a jamais démontré qu'il était nuisible, au contraire, à la culture.

Donc sanctuariser ce droit au partage, sanctuariser ce droit au remix. Le remix est aujourd'hui un mode d'expression pour des générations entières d'individus dont on regrette peut-être les largesses prises avec la grammaire ou l'orthographe de la langue française, mais qui néanmoins maîtrisent la grammaire de l'image, maîtrisent la grammaire de l'image animée, du son et savent s'exprimer au travers de mélanges créatifs d'images et de sons ensemble. Là encore protéger cette pratique culturelle comme faisant intégralement partie de nos modes de participation au débat public, de nos modes d'expression.

Le combat contre ACTA et l'émergence d'une citoyenneté en réseau - 3 min 28s

Nous avons aussi énormément œuvré contre, au niveau européen, ACTA, le Anti-Counterfeiting Trade Agreement, l'accord commercial anti contrefaçon. Une espèce d'infecte saloperie, négociée en secret, un processus inventé à la base pour contourner la démocratie, où, sous couvert d'un accord commercial, 39 États allaient dans le plus grand secret négocier d'imposer des mesures attentatoires aux libertés individuelles sur Internet.

Poussé par Hollywood, poussé par les industries pharmaceutiques, ce texte ne pouvait que passer. Pendant quatre ans nous avons œuvré, nous avons analysé, nous avons rallié, nous avons fait du sens, du message politique, des films, des images, des communiqués de presse : 150 communiqués de presse, sur quatre ans, non plus de 200 je crois. Sur ces quatre ans, au moins 300 conférences et interventions diverses et variées sur le sujet. Des centaines d'associations mobilisées, des millions de gens dans les rues de plus de 300 villes dans les 27 États membres de l'Union Européenne. Et ce qui, jusqu'à six mois avant était impossible à gagner, croyez-moi, impossible, c'est tous les analystes politiques qui disaient cela. Eh bien d'une bataille impossible à gagner, on a emporté une victoire écrasante : 478 voix contre 39, au Parlement européen où tous les Internets, tous les 0 et les 1 se sont réveillés, se sont coordonnés, se sont jetés sur ce Parlement européen. Où un élan de citoyenneté est un honneur fait à l'Union européenne qui est une véritable roque politique comme certains se désolent trop souvent qu'il en manque. Nous avons démontré que la citoyenneté en réseau, par la technologie numérique pouvait générer de nouvelles actions politiques, de nouveaux mouvements sociaux susceptibles de nous faire gagner, nous, simples citoyens, des batailles politiques ingagnables.

Depuis ces batailles nous avons évidemment œuvré sur le terrain de la protection des données personnelles et depuis quelque temps, évidemment, sur celui de la surveillance de masse. Vous avez tous entendu parler de ce jeune garçon Edward Snowden qui vient d'avoir trente ans et qui a fait le choix de donner sa vie, en somme, pour que nous puissions apprendre quelque chose. Il a fait consciemment ce choix de ne plus jamais, peut-être, revoir son pays, de peut-être ne plus jamais revoir sa famille, sa petite copine, il a fait le choix de renoncer à un salaire confortable, d'un job à Hawaï, d'une position senior, dans une industrie qui ne connaît pas la crise, celle de l'espionnage. Il a fait le choix de renoncer à tout ça pour qu nous puissions apprendre, que nous puissions comprendre, que nous puissions comprendre le monde tel qu'il est aujourd'hui, que nous puissions comprendre un tableau froid, terrifiant, d'une réalité qui est celle d'une technologie qui, tout entière, est aujourd'hui tournée contre nous.

Les smartphones sont utilisés contre nous - 3 min 15s

Je vous ai raconté tout à l'heure l’histoire de ces ordinateurs 8 et 16 bits, que l'on pouvait démonter, que l'on pouvait comprendre intégralement. En une quinzaine d'années, en une vingtaine d'années, on est passé de cette ère, de l'informatique amie à l'ère de l'informatique ennemie.

Nous avons tous aujourd’hui dans la poche un ordinateur que certains appellent encore téléphone, qui est puissant comme une centaine de ces Amstrad CPC, qui a quelques milliers, sinon quelques dizaines de fois plus de mémoire que l'Amstrad, qui possède des senseurs géographiques, des GPS, qui possède des senseurs de son, des micros, qui possède des senseurs d'image, caméra, des deux côtés, qui possède des senseurs d’accélération, des senseurs de direction, de boussole, des senseurs de magnétisme, des senseurs de lumière et que nous avons en permanence allumés dans notre poche. De plus en plus ces dispositifs ne laissent même plus la capacité à l'utilisateur d'enlever la batterie, simplement enlever la batterie pour s'assurer mécaniquement, mathématiquement, que la machine est éteinte.

Chacune de ces machines contient une puce, qui s’appelle le baseband, qui est la puce qui émet et reçoit des ondes, qui est la puce au travers de quoi transite toute notre voix, tous nos messages texte, toutes nos données, qui est une puce qui communique avec tout le matériel de l'ordinateur, tous les senseurs évoqués précédemment et une puce qui communique avec l’extérieur, avec le réseau, et qui est activable à distance. Lorsque vous recevez un appel c'est cette puce qui est réveillée à distance et qui va allumer votre écran, allumer le haut-parleur, lancer une sonnerie, faire apparaître un petit machin que vous allez caresser pour prendre l'appel ou le refuser. Cette puce a accès à tous le matériel et cette puce est une boîte noire. Cette puce est une boîte noire dans ce sens que, hormis son fabricant et peut-être quelques institutions gouvernementales, personne ne sait ce qu'elle fait, personne ne sait comment elle fonctionne, personne ne sait comment la contrôler, personne ne sait comment la désactiver.

Évidement il est impossible dans de telles conditions, sans avoir accès aux spécifications de ces puces, d’être en mesure de les contrôler avec des logiciels libres. Évidemment ces systèmes sont faits depuis le départ, depuis la base, pour que l'utilisateur qui les a dans la poche ne puisse les contrôler. On appelle ça smart en langage marketing.
Cette intelligence est une intelligence qui nous est soustraite, qui nous est volée, qui nous est volée par contrat, qui nous est volée par des couches d'opacité, des couches d'opacité matérielle et logicielle qui sont utilisées contre nous, contre notre intelligence, pour nous voler, chaque jour, un petit peu plus de nos données personnelles, de nos vies, de nos faits et gestes, de notre identité.

Ce qu'Edward Snowden a révélé - 3 min 30s

Ce qu'Edward Snowden a révélé c'est un espionnage de masse à l'échelle de la planète tout entière, de nos moindres communications, de nos messages, e-mails, des sites que nous cliquons, des coups de fil que nous donnons, de nos contacts, des gens que nous connaissons, des trajets que nous effectuons, de nos positions géographiques. Ce sont des centaines de milliards d'informations, chaque mois, qui sont stockées par la NSA et ses partenaires publics et privés, qui sont potentiellement accessibles aux 950 000 citoyens américains habilités « top secret », le même niveau qu’avait Edward Snowden au travers de son employeur Booz Hamilton Allen, une entreprise privée au passage.

Et ces milliers, ces milliards d'informations sont collectées à trois niveaux de relation d'individus qui seraient potentiellement suspects de quelque chose, dans une espèce de gigantesque paranoïa d'État qui est celle du gouvernement américain, qui a entraîné dans son sillage bon nombre de démocraties occidentales.

Dans cette paranoïa d’État, l'ennemi fait partie du reste du monde ; donc on va espionner le reste du monde et comme ça, de fait, on aura espionné notre ennemi, quand on aura compris qui notre ennemi est. Cela peut prendre longtemps, peut-être qu'au bout du compte l'ennemi sera effectivement l'ensemble du reste du monde, auquel cas on aura peut-être bien fait d'espionner le reste du monde, mais peut-être pas. Le fait est qu'à trois degrés de connaissances, si vous connaissez quelqu'un qui connaît quelqu'un qui est potentiellement suspect, alors vous êtes dans la base de données. Si vous connaissez quelqu'un qui est le frère de quelqu'un qui se rend dans telle mosquée où de temps en temps les prêches sont considérés comme étant un petit peu radicaux, eh bien vous êtes dans la base de données. Le seul fait d’être ici avec moi dans cette salle, il se trouve que je suis ami personnel de Julien Assange, je suis déjà forcément dans cette base de données, le seul fait d'avoir votre téléphone allumé pendant une heure dans le même espace géographique que le mien, vous met peut-être dans cette base de données. Oh ! Je vous rassure vous y étiez peut-être déjà, vous y étiez sans doute déjà, vu que c'est au moins la moitié de la planète qui est dans cette base de données. Cela vous donne une idée de l'étendue de cette paranoïa d'État qui se traduit aujourd'hui par des violations massives de la protection de nos vies privées qui est un droit fondamental.
Donc c'est ce tableau-là qu'Edward Snowden nous dresse, et les éléments les plus importants, les plus intéressants de ce tableau, à mon sens sont, et d'une évidemment la « vastesse », de ce programme. Dans nos scénarios les plus pessimistes on était encore très loin de la réalité. Des théories qui étaient considérées comme complotistes, complètement paranoïaques, il y a un an encore, sont très en deçà de la réalité. Donc un, l'étendue de ce programme, de ces programmes, c'est 11 milliards de dollars annuel de budget de la NSA qui sont consacrés à cet espionnage de masse.

Les multinationales à l'assaut de nos données personnelles - 4 min 19s

Google, Facebook, Microsoft, Apple sont activement en train de collaborer avec cette entreprise de violation massive de nos libertés fondamentales. On le sait maintenant. C'est un accès direct aux données stockées par Google, c'est un accès direct aux données stockées par Facebook, qui au passage, à partir du moment où vous avez un compte chez eux, sont capables de savoir les sites que vous vous visitez, même si vous ne les visitez pas évidemment au travers de Google et de Facebook. Il suffit que le site affiche des pubs de Google, il suffit qu'il utilise le moteur d'analyse de statistiques de Google, Google Analytics, il suffit que le site affiche un bouton « like » de Facebook, pour donner à Google ou Facebook que vous avez vu tel site, tel jour, à telle heure, pendant tant de temps. Et donc au passage c'est notre anonymat dans la lecture, qui est pourtant essentiel pour la liberté d'opinion, pour se forger une opinion, que l'on a abandonné à ces entreprises sans même s'en apercevoir.

Toutes ces données sont collectées, la plupart du temps à notre insu, et sont rendues disponibles à la NSA et à cette myriades de leurs partenaires publics et privés. Au travers des entreprises Apple et Microsoft, c'est un accès potentiellement direct aux ordinateurs des individus qui est laissé à ces entreprises et à ces entités du renseignement américain. On a eu la preuve, il y a quelques années déjà, au travers de l'update automatique de iTunes dans Apple, que Apple n'a jamais voulu corriger, et qui met les programmes à jour automatiquement. Oh ! Comme c'est pratique ! Comme c'est confortable ! Sauf que l'utilisateur n'a pas le choix de refuser ces mises à jour automatiques, et qu'on sait maintenant qu'elles sont utilisées pour installer des logiciels espions, par les services de police chez quiconque a les moyens de se payer ces logiciels espions de la société FinFisher, et je vous assure que ce n'est pas cher du tout.

Et là, pendant quelques jours, quelques semaines que nos téléphones n'ont pas refroidi, c'est tous les journalistes de France et de Navarre et au-delà qui commencent à s’agiter. Qu'est-ce qui se passe ? Un raz-de-marée. Un tremblement de terre. Ah ! La NSA nous espionne ! La technologie ! Que se passe t-il ? Google ! Apple ! On pensait que c'était nos amis ! Que faire ?

Et pendant des semaines j'ai eu l'occasion de m’exprimer, de faire la synthèse de tout cela, d'expliquer l’ampleur de cette surveillance, d'expliquer la participation active de ces entreprises, d'expliquer comment la NSA a activement saboté toutes les technologies commerciales servant à sécuriser nos données ou nos communications. C'est un programme qui s'appelle Bullrun, qui coûte 250 millions de dollars par an et au travers duquel la NSA va, entreprise par entreprise, produit par produit, insérer des bugs, saboter le fonctionnement des technologies de sécurisation, pour s'assurer de pouvoir savoir tout ce qui passe, tout ce qui se dit, tout ce qui existe.

On a expliqué ça pendant des jours et des jours à des journalistes. On a essayé de faire la synthèse de ça en leur expliquant qu'on avait en face de nous les paramètres, les principes de conception, les principes technologiques qui sont ceux du totalitarisme. Les principes technologiques qui sont ceux du contrôle, de la surveillance et de l’oppression. Ces paramètres sont au nombre de trois. C'est la centralisation des données et des services. Le fait que tout le monde se connecte à Facebook, cela crée des amas d’informations, des amas de connaissance et la connaissance c'est du pouvoir. Cela crée une hyperconcentration de pouvoir et on le sait, dans l'histoire, que toutes les concentrations de pouvoir ont mal tourné. Donc cette centralisation est une des racines, des piliers de cette surveillance de masse.

Le Logiciel Libre comme levier de lutte contre l'évasion fiscale - conférence de Dimitri Robert lors des RMLL 2014

10 Août, 2014 - 23:24


Présentation

Titre : Le Logiciel Libre comme levier de lutte contre l'évasion fiscale

Intervenant : Dimitri Robert
Lieu : RMLL - Montpellier
Date : Juillet 2014
Durée : 22 min
Lien vers la vidéo

Transcription

Je m'appelle Dimitri Robert et je vais vous parler d'un sujet dont on parle beaucoup, pas forcément dans le libre, mais en général, depuis deux ans on va dire, dans les médias, on en parle de temps en temps. Je vais vous parler d'évasion fiscale et je vais faire le lien avec le Logiciel Libre. Parce qu'en fait, l'évasion fiscale, on pourrait faire le lien avec plein de choses, mais ici on est aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, donc je vais faire le lien avec le Logiciel Libre.

Commençons.

Déjà une petite précision. En fait je vais vous montrer un peu comment ça marche l'évasion fiscale et sans forcément trop rentrer dans les détails, parce que les détails il y en a plein qui ne sont pas forcément bien connus. En général c'est un peu synonyme d'obscurité ce domaine-là, d'ailleurs il y a des bateaux qui se perdent dans le Triangle des Bermudes, c'est un peu pareil pour l'argent. Je ne maîtrise absolument pas tous les détails, mais j'en ai compris certains mécanismes. Et donc après on va essayer de voir ce qu'on peut faire avec le Logiciel Libre, enfin ce que nous, peut-être pas forcément individuellement mais ça va être plutôt collectivement. Et surtout, ceux qui ont les moyens décisionnaires de faire certains choix, pourraient faire pour le Logiciel Libre. Et puis à la fin je finirai par une petite touche plus pessimiste. Désolé, je vais vous plomber la journée !

Donc déjà une petite différence entre la fraude et l'évasion fiscale, parce qu'on parle souvent des deux. La fraude c'est illégal. C'est quand on commet des actions illégales pour éviter de payer des impôts, par exemple. L'évasion, c'est parfaitement légal, mais ça revient au même. C'est-à-dire on cache de l'argent au fisc, sauf que quand on fait de l'évasion, on le cache légalement. Tout simplement en étudiant les lois de chaque état et en voyant là où il y a certaines lois qui sont plus avantageuses. On aperçoit des paradis fiscaux, puisque c'est comme ça qu'on pourra appeler un État qui offre certaines facilités pour certains types de transactions. En fait des paradis fiscaux il y en a beaucoup. On pourrait même dire que la France en est un pour une certaine catégorie d’investisseurs, de certains pays ; par exemple ce n'est pas pour rien que le Qatar est venu investir dans l'immobilier en France. C'est parce qu'ils ont eu des facilités. Bien sûr, ça ne s'appliquera pas à une entreprise française. En fait, l'évasion fiscale ce sont certaines lois qui ont été adaptées pour faire venir des capitaux étrangers. De même qu'en Suisse, le système est plus intéressant pour les étrangers que pour les Suisses eux-mêmes.

Donc l'évasion fiscale ça consiste à avoir des conseillers financiers qui vont éplucher les lois de chaque pays et qui vont voir par où une entreprise, multinationale de préférence, c'est-à-dire implantée dans plusieurs états, peut faire transiter son argent.

Je vais vous parler un peu de Double irlandais et de Sandwich hollandais. Donc on va faire ça au niveau de l'Europe, puisque ça se passe dans deux pays européens. Je vais prendre l'exemple de Google. Mais c’est un exemple, qui est loin d’être exhaustif puisque ça peut s'appliquer à des sociétés comme Apple, comme Microsoft, comme Facebook, comme Amazon, toutes ces multinationales du numérique qui sont implantées dans plusieurs États même si elles ont leur maison mère aux États-Unis, il y a des filiales qui sont implantées dans des endroits intéressants.

Dans le cas de Google on va regarder le marché de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique. Donc ça représente à peu près 88 % du chiffre d'affaires de Google hors Amérique. Tout ce marché-là va être facturé par une filiale qui est Google Ireland Limited qui a son siège en Irlande. Et donc c'est cette filiale-là qui facture pour le marché de l'Europe, de l'Afrique et du Moyen-Orient. Elle a son siège en Irlande, ses employés en Irlande et elle ne détient absolument rien au niveau des droits de Google, de propriété intellectuelle. Tout ce qui concerne la propriété intellectuelle de Google est détenu par une autre filiale, Google Ireland Holdings, qui est implantée en Irlande, physiquement, mais dont le siège est aux Bermudes. Donc le Double Irish ou Double irlandais, ça consiste à exploiter une loi en Irlande qui dit que tout transfert de bénéfice lié à la propriété intellectuelle entre deux entreprises installées sur le sol irlandais, est très peu taxé. Donc Google Ireland Holdings encaisse les bénéfices liés à la propriété intellectuelle que lui verse Google Ireland Limited. Ça revient à peu près à 50 % du chiffre d'affaires, à quelques pour cents près. Du coup ça permet aussi à Google Ireland Limited de limiter ses bénéfices et du coup de payer moins d’impôts sur les bénéfices, qui déjà, ne sont pas très élevés en Irlande ; c'est de l'ordre de 12,5 %.

Je sors mes notes parce que j'ai quand même préparé quelques notes, sinon ça ne fait pas sérieux.

Pour comparaison, en France, l’impôt sur les bénéfices est de l’ordre de 33 %. Mais après, cet argent qui est transféré à la filiale dont le siège est aux Bermudes, l'argent n'est pas encore aux Bermudes, donc il faut aller le transférer aux Bermudes. Mais pour cela, Google ne peut pas le faire sortir d'Irlande directement vers les Bermudes. Il faut passer par un autre pays européen qui permet justement ce genre de transfert sans taxe. Ce sont les Pays-Bas. Donc on a Google Netherland Holdings, qui est juste une simple boîte aux lettres, il n'y a pas de salariés, et qui sert à faire sortir l'argent de l'Union européenne, tout simplement et l'envoyer aux Bermudes. Voilà, à la fin tout part par là-bas. Et comme aux Bermudes, la transparence n'est pas de mise, il n'y a plus aucune trace, à part dans les ordinateurs de Google, de ce que gagne réellement Google. Même si on peut en avoir une idée et qu'on s'aperçoit que Google, enfin les entreprises qui font de l'évasion fiscale payent en général, entre 0 et 5 % d’impôts. Voilà, en France une société paye 33 % et ces gens-là en payent un peu moins !

Donc là, ce schéma il est aussi utilisé par Microsoft, par exemple qui est aussi installée en Irlande. Microsoft ça ne part pas aux Bermudes mais ça part aux Îles Vierges britanniques. Apple aussi est installée aux Îles Vierges britanniques, ça doit être sympa là-bas ! Apple passe aussi par le Luxembourg parce qu'il y a une TVA qui est plus intéressante qu'en France, c’est une des TVA les plus basses d'Europe, le Luxembourg. Le taux le plus élevé est de 15 %. Après on a des taux intermédiaires. Enfin Apple se débrouille pour avoir un taux de 6 % !
Par contre, l'argent, une fois qu'il est aux Bermudes ou aux Îles Vierges britanniques par exemple, si la maison mère qui est aux États-Unis veut le récupérer, et bien ça se complique un petit peu, parce qu'effectivement ils doivent payer des impôts pour rentrer aux États-Unis.

C'est pour ça que je crois que c'était il y a deux ans, Apple avait besoin de liquidités, mais Apple a une trésorerie absolument énorme, mais à l'abri dans divers paradis fiscaux. Or il y a des paradis fiscaux à l’intérieur même des États-Unis : on a le Delaware, le Nevada, qui ont des lois bien propres à eux qui permettent justement ce genre de choses. Mais Apple avait besoin de liquidités et donc plutôt que de payer des impôts donc en rapatriant son argent aux États-Unis, elle a préféré contracter un emprunt. Donc quelque part Apple préfère donner de l'argent aux banques plutôt qu'à l’État.

Maintenant on va revenir un peu sur le Logiciel Libre puisque c'est quand même ça qui nous motive et surtout sur le sujet de la conférence : comment le Logiciel libre pourrait agir comme un levier sur l’évasion fiscale ?

Alors je vais vous décevoir tout de suite, je ne détiens pas la solution de lutte contre l'évasion fiscale. C'est une petite goutte qui pourrait être une plus grosse goutte, qui peut effectivement limiter un peu l’évasion fiscale en attendant qu'il y ait une vraie politique de lutte contre l'évasion fiscale.

Les avantages du Logiciel Libre, je pense que vous les connaissez ici, c'est que ça va favoriser l'emploi local. Donc si une collectivité ou une société utilise du Logiciel Libre, elle va pouvoir aussi utiliser les services d'entreprises locales qui vont faire du développement, de l'intégration, de la formation et tous les métiers que vous connaissez, en lien avec le Logiciel Libre. Et en plus, quand on fait appel à une société locale, et bien cette société locale paye ses impôts en France, elle paye ses 33 % d’impôts. Donc voilà l'intérêt pour les entreprises.

Alors j'ai parlé entraide locale, ça peut faire un peu bisounours, mais quelque part, je ne sais pas si toutes les entreprises y sont prêtes, mais se dire que finalement il vaut mieux faire appel à une société locale, se serrer un peu les coudes entre gens qui payons 33 % d'impôts sur les bénéfices, plutôt que d'aller filer de l'argent à des sociétés qui en gagnent largement assez et qui cachent leur magot dans des îles. Donc ça pourrait être un discours, même si, je vous l'accorde, ça fait peut-être un peu bisounours.

Par contre là pour les collectivités et l'État, je pense qu'il y a un vrai enjeu à insister là-dessus, c'est que les collectivités et l'État gèrent de l'argent public, notre argent. Donc moi ça me fait toujours mal au cœur quand je vois une collectivité qui investit dans des tablettes Apple pour les collégiens par exemple, alors qu'en France, on a des gens qui font des tablettes pour des écoles, pour les collèges, avec du Logiciel Libre. Donc l’idée c'est vraiment d'insister là-dessus, de dire aux élus, « Merde, regardez ce qui se passe en France, regardez ce qui se fait en France, il y a des solutions, et en plus vous créez de l'emploi local et cet emploi local va vous générer de l’impôt qui va revenir dans les caisses de l’État et des collectivités ».

Donc au niveau européen il y a effectivement un projet de changer les règles sur la TVA. C'est-à-dire qu'au lieu que ça soit la TVA du pays vendeur qui s’applique, ça soit la TVA du pays de l'acheteur. C'est-à-dire que le système d'Apple de facturer depuis le Luxembourg pour avoir une TVA à 6 %, ne va plus pouvoir s’appliquer progressivement à partir de 2015. C'est-à-dire que, quand Apple via la filiale iTunes qui est basée au Luxembourg, facture en France, ce sera la TVA française qui va s’appliquer. Ça doit se mettre en place à partir de 2015. J’avoue que je n'ai pas trop creusé le sujet mais je vous le mentionne quand même.

Là où ça se complique c'est que dans le même temps il y a un truc qui se négocie entre l'Europe et les États-Unis, qui s'appelle le Grand Marché Transatlantique, ou TAFTA, ou le Traité de partenariat pour le commerce et l'investissement, et l'idée, il y a eu une conférence avant-hier là-dessus, l'idée c'est de favoriser donc le commerce et les investissements, pour les multinationales, en mettant en place un tribunal d’arbitrage qui aura tout loisir d'attaquer État et collectivités qui nuiraient à leurs intérêts. Donc, je me pose la question, un Conseil général qui équipe ses collèges d’ordinateurs avec du Logiciel Libre, de tablettes avec du Logiciel Libre, quelle serait l'action possible de Microsoft, là-dedans, dans le cadre du Grand Marché Transatlantique. Effectivement Microsoft aurait tout loisir d'attaquer le Conseil général en question, pour concurrence déloyale avec du Logiciel Libre. Donc là je pense qu'il y a aussi un vrai danger pour les entreprises qui en France développent, déploient du Logiciel Libre, avec ce truc-là.

De même que d’éventuelles lois qui chercheraient à restreindre l’évasion fiscale, évidemment. Puisque ça nuit aux investissements et aux bénéfices potentiels de ces multinationales.
J'ai oublié un truc que je voulais dire, ça va peut-être me revenir après. Sinon le temps tourne et je vous propose peut-être de passer aux questions, remarques, idées. Oui !

Public : inaudible

Dimitri Robert : Un exemple, alors je ne sais pas si on a le droit de faire de la publicité ici. Il se trouve qu'il était là, ici, aux Rencontres Mondiales, je pensais à RyXéo, qui est basé à Bordeaux. Donc effectivement qui développe une distribution basée sur Ubuntu pour tablettes numériques, des tablettes d'ailleurs qui sont fabriquées en France.
Et oui, du coup, j'ai oublié de répéter de la question. On me demandait, il y aura la question après, ce n'est pas grave, on me demandait s'il y avait un exemple concret de tablettes numériques avec du Logiciel Libre vendues en France. Donc, oui effectivement il y a RyXéo. Pour l'instant ce sont les seuls que je connaisse. Il y en a peut-être d'autres. Peut-être qu'il y en aura d'autres. RyXéo oui. C'est souhaitable. D'ailleurs, c’est un peu le sens de ma conférence, c'est aussi dire aux collectivités et à l’État de soutenir ce genre d'initiatives par du marché public adapté qui favorise le Logiciel libre. Oui !

Public : inaudible.

Dimitri Robert : Donc voilà une précision. C'est que les acteurs de marchés publics ont le droit d'utiliser l'article 14 issu du Grenelle de l'environnement pour inclure des critères sociaux, environnementaux. D'ailleurs ça se fait il me semble.

Public : inaudible.

Dimitri Robert : Tout à fait. L'article 1 du Grenelle de l'environnement précise qu'on est obligé de faire du développement durable, donc développement durable ce n'est pas que environnement, c'est aussi de l'emploi local. Pardon, l'article 1 du code des marchés publics.

Public : inaudible.

Dimitri Robert : D'accord. Donc précision sur la TVA. Sur l'application du fait que ce soit la TVA du pays acheteur qui s'applique, c'est bien lancé puisqu'au Luxembourg ils vont monter le taux maximum de TVA, donc de 15 à 17 %, en prévision du manque à gagner qui sera induit par ce changement.
Est-ce qu'il y a d'autres questions, remarques ? Oui !

Public : inaudible.

Dimitri Robert : Donc, il y a eu comme outil juridique, il y a eu une jurisprudence. On a le droit d'imposer du libre dans un marché public, du fait que chacun est avec son code source et je ne sais pas si je résume bien ce que tu as dit. C'est moins bien dit ! Voilà. Personne n'est avantagé, aucun des candidats possibles n'est avantagé, il y a vraiment une libre concurrence. Je pense qu'il faut conclure. Vas-y !

Public : inaudible.

Dimitri Robert : Effectivement les États-Unis organisent de temps en temps des tax break holiday, c'est-à-dire des fenêtres dans le temps qui permettent de rapatrier, à moindre coût, de la trésorerie qui serait planquée dans un paradis fiscal. Il y a des périodes pendant lesquelles c'est moins imposé.

Je vous remercie.

Applaudissements.

LibreOffice - Interview pendant les RMLL 2014

10 Août, 2014 - 22:47
Présentation

Titre : LibreOffice
Intervenants : Arnaud, Christophe, Marie-Jo et Luk
Lieu : RMLL - Montpellier
Date : Juillet 2014
Durée : 27 min 30
Lien vers l'enregistrement

Transcription

Luk : Radio RMLL bonjour. Aujourd'hui on va parler LibreOffice avec Arnaud, Christophe et Marie-Jo, donc une brochette d'intervenants sur LibreOffice. Donc je présente rapidement, je vais commencer par Marie-Jo quand même. Donc Marie-Jo, tu fais de la formation, tu es formatrice ?

Marie-Jo : Oui.

Luk : Et tu es dans une association qui s'appelle La Mouette, qui fait de la promotion de la bureautique libre.

Marie-Jo : Voilà, avec un fort soutien à LibreOffice. Concrètement.

Luk : Très bien. Christophe, toi tu travailles pour le gouvernement.

Christophe : Bonjour. Oui je travaille au ministère de l'Intérieur, pour ne rien cacher.

Luk : Et tu mets en avant ce qu'on appelle le MIMO.

Christophe : Oui. Ça c'est un travail interministériel, qu'on fait avec d'autres ministères, sur un packaging de logiciels libres pour le poste de travail. Dont effectivement LibreOffice est quand même la pièce maîtresse.

Luk : Très bien. Et Arnaud, toi es membre de LibreOffice et tu fais du développement.

Arnaud : Oui.

Luk : Très bien.

Arnaud : Je suis aussi membre de la fondation LibreOffice.

Luk : Et ce développement, tu le fais à titre professionnel ou bénévole ?

Arnaud : C'est actuellement uniquement à titre bénévole.

Luk : D'accord. Donc on le rappelle, LibreOffice est une suite bureautique. C'est une suite bureautique libre qui est un fork d'Open Office. Il y a quelques années Open Office avait été récupéré par Oracle. Je me souviens très bien qu'à l'époque dans la presse, tout le monde avait hurlé en disant « Oracle a récupéré Open Office, ils vont nous privatiser tout ça. Ça va être horrible ». Et Oracle avait dit « Mais non ! On ne va pas le faire ». Mais au final, c'est un peu ce qui s'est passé, non ?

Arnaud : Oui et non. On va dire que le projet OpenOffice.org a été en stand-by, quasiment depuis le rachat de Sun par Oracle. Donc il y a une dernière version qui est sortie, il me semble la 3.4... Qui est sortie sous la houlette d'Oracle, mais après, le projet s'est retrouvé en stand-by, il me semble un an à peu près. C'est à ce moment là, donc la 3.4, en fait, il y a eu le projet LibreOffice qui a été lancé, d'ailleurs avec deux des membres fondateurs qui sont français, Charles-Henri Schulz et Sophie Gautier, donc qui a été lancé à ce moment-là, donc avec la version 3.4 de LibreOffice qui est sortie en parallèle de la version 3.4 de OpenOffice.org

Luk : Très bien. LibreOffice a plutôt bien évolué. Est-ce que Open Office, qui a été, je pense, si je me souviens bien, repassé à la Fondation Apache par Oracle, parce que manifestement ils n'arrivaient à rien en faire, aujourd’hui Open Office est un projet qui reste vivant, qui évolue ?

Arnaud : Il reste vivant. Il y a encore quelques développeurs dessus, principalement de chez IBM. Après ils n'ont pas de cycles de versions comme nous. On a eu une version, là il me semble que la dernière c'est la version 4.0. Après, je reconnais que je ne suis pas trop ce projet-là, je suis plutôt LibreOffice. J'essaie plutôt de voir leurs évolutions.

Luk : D'accord. On se concentre sur ce qu'on fait et pas sur ce que font les voisins. Ce n'est pas mal ! Donc c'est quoi le bilan de ce fork ? Parce c'est quand même un truc qui était assez spectaculaire, c'est quand même une très grosse application, enfin c'est quelque chose de sérieux. Sur tous ces trucs-là, Oracle a pas mal de projets qui sont morts dans l'opération. On craignait pour LibreOffice. Je pense que LibreOffice a réussi à récupérer pas mal de notoriété aujourd'hui. Et pour vous trois c'est quoi le bilan de ce fork depuis, je ne sais pas, ça faut trois ans maintenant ?

Marie-Jo : 2010. 28 septembre 2010.

Luk : Quelle mémoire ! Bravo ! Donc fork positif ?

Arnaud : C'est très positif. C'est qu'on était sur un projet qui était vraiment dirigé par une société avant, la société Sun. Alors que maintenant on voit vraiment un projet communautaire, avec l'ensemble des actions qui sont communautaires : on peut citer tout ce qui est développement, mais ce n'est pas le plus important. Il y a aussi tout ce qui est localisation des produits, tout ce qui est qualité, tout ce qui est documentation, etc, tout ceci est vraiment géré par la communauté. Avec derrière, bien entendu, certaines boîtes. On peut citer par exemple Collabora, Red Hat, il me semble. Après il y en a probablement d'autres, je n'ai pas tous les noms en tête.

Le projet est dirigé par une fondation, enfin le projet est soutenu par une fondation. Les développeurs sont membres de la fondation, mais ne sont pas dirigés par une entreprise pour ce travail. On est vraiment clairement sur un projet communautaire.

Luk : D’accord. Et donc il y a des entreprises, des administrations. Je me souvenais, alors ce sont des vieux souvenirs, vous me dites si je me trompe, je me trompe probablement, que notamment il y avait une entreprise brésilienne et peut-être le gouvernement brésilien qui soutenaient LibreOffice, non ?

Arnaud : Au niveau soutien, oui, on a pas mal de soutiens. Au niveau brésilien, il me semble que la communauté est très active ; après je ne connais pas le statut de soutien du gouvernement brésilien.

Luk : D'accord.

Arnaud : Après pour tout ce qui est je pense administration, ce sera peut-être plus...

Luk : Effectivement un des usages, c'est dans le MIMO. Donc c'est ce catalogue.

Christophe : Pour rappeler très rapidement ce qu'est le MIMO. C’était un groupe de travail, il y a bien dix ans, pas tout à fait, et en fait on a tout de suite travaillé sur la bureautique libre et sur Open Office, à l'époque. Eh bien le bilan c'est qu'effectivement on a, au moment où Open Office a pris du plomb dans l'aile à cause d'Oracle, on a reçu tous les intervenants, les gens qui avaient fait le fork LibreOffice, et Oracle. Et puis on a pesé le pour et le contre du choix pour continuer MIMO et clairement tout le monde a plaidé en la faveur de LibreOffice.

Luk : Quels ont été les critères pour faire ce choix ?

Christophe : En fait le poids de la communauté. On avait en face de nous juste Oracle qui disait « Si, si, ne vous inquiétez pas, on va s'en occuper, etc, » mais la personne qui prônait en fait l’utilisation d'Open Office chez Oracle était un community manager international, et chez Oracle France il n'y avait aucun répondant sur le sujet. On n'avait aucun price de support. Enfin vraiment, c’était… Alors qu'à l'époque Charles et Sophie nous ont convaincus et puis on a bien vu que toute la communauté, l'ex-communauté Open Office, avait basculé, avait fait son choix. Donc, nous on avait réellement besoin dans l'administration d'avoir un choix porté par un maximum d’utilisateurs et, disons, un certain nombre de références. Donc il y avait à l'époque Google qui a suivi, il y avait un certain nombre d’entreprises qui ont participé à la première conférence LibreOffice et on n'a pas eu peur en fait de basculer vers LibreOffice, avec l'assurance que, effectivement, il y avait une communauté derrière.

Luk : Et aujourd'hui, donc LibreOffice est largement utilisé dans l'administration. On a tous en tête l'exemple de la gendarmerie nationale, qui est l'exemple parfait.

Christophe : Oui. La gendarmerie a commencé avec Open Office et ils viennent de terminer le basculement vers LibreOffice, ces jours-ci. En fait ils ont gardé Open Office assez longtemps, parce qu'en fait ils n'étaient pas sur la version MIMO. Ils n'y sont toujours pas d'ailleurs, puisqu’ils utilisent Linux et donc ils utilisent Ubuntu, et ils utilisent la version qui est packagée dans le socle de leur distribution. Donc sur la 10.04 c’était Open Office. Sur la 12.04, là ils viennent d'installer 67 000 postes et donc ils sont maintenant sur LibreOffice.

Luk : Et du coup il y a d'autres exemples ? Moi j'ai en tête l'accord Open Bar Microsoft - La Défense qui nous a beaucoup fait râler à l'April, par exemple, et donc du coup le MIMO combien ça pèse en termes de proportions de postes ?

Christophe : Tout confondu Open Office plus LibreOffice, on doit avoir 500 000 postes dans l'administration qui sont installés.

Luk' : Sur combien ?

Christophe : Je crois que ça dépend si on compte tous les EPIC, etc. 500 000 postes, ça doit faire pour deux millions de postes, tout confondu.

Luk : D'accord, donc à peu près 25% ?

Christophe : Oui, ça doit faire ça. Oui. Mais tous les gros ministères, de toutes façons, ont installé LibreOffice. Alors, la seule difficulté, c'est qu'il y a encore beaucoup d'installations doubles, où effectivement on trouve Microsoft Office et LibreOffice. Et en fait on arrive tout juste dans une phase de désinstallation puisqu'en fait avec la migration de XP vers Seven. la suite Office qui avait été achetée à l'époque ne suit pas Seven, n'est pas compatible, et donc on commence à désinstaller les Office.

Luk : Ça veut dire qu'il n'y a pas de politique de remplacement avec la nouvelle version de Microsoft Office ?

Christophe : Dans une majorité d'administrations, non. Ça c'est clair, C'est LibreOffice qui est proposé. Maintenant effectivement, il y a des ministères comme le ministère de la Défense, où ils ont des accords très serrés avec Microsoft, et cela, pour eux c'est beaucoup plus difficile, parce qu'ils ont beaucoup plus d'adhérences de leur système d'information avec la suite Office.

Luk : Et en termes humains, et là Marie-Jo pourra peut-être nous parler puisque tu fais de la formation. On sait que changer un outil c'est toujours très compliqué. Ça peut être très douloureux pour des équipes et dans la bureautique c'est vraiment le milieu où Microsoft joue à fond là-dedans, c'est d'avoir des formats qui vont être le moins compatibles possible. Du coup est-ce ça ne génère pas des psychodrames ? Comment ça se traite ce genre de choses ?

Marie-Jo : Je voudrais déjà ajouter sur le nombre annoncé par Christophe, dans les administrations, Il faut rajouter les collectivités locales et territoriales, que tu ne comptes pas je pense, quand tu parles de nombre.

Christophe : Non.

Marie-Jo : Puisque les mairies, les préfectures, les Conseils généraux migrent massivement. De toutes façons ils sont obligés de migrer vers une nouvelle suite. Après en effet, la modification du poste utilisateur c'est compliqué, parce que c'est de la conduite du changement principalement, c'est de la communication et je crois que ça se passe bien si on explique aux gens ce que c'est que le libre. Et à partir de là ça passe. Mais c'est vraiment de la conduite du changement plus qu'un problème fonctionnel parce que les boutons on les retrouve.

Luk : Et toi, du coup dans ton activité de formatrice, je suppose que tu es confrontée à ça tous les jours sur le terrain ?

Marie-Jo : Tous les jours. Tous les jours. Après il y a toujours ces problématiques de compatibilité. Et en fait en conclusion de migration, le problème ce n'est pas d'utiliser LibreOffice ou Open Office, c'est ceux qui ne l'utilisent pas en face. Donc plus les collectivités et les structures migrent toutes aux mêmes outils, mieux ça se passe. Parce qu'avec leurs partenaires extérieurs, j'ai travaillé avec des pompiers dernièrement, ils travaillent avec les préfectures qui sont sous LibreOffice, ils travaillent avec la gendarmerie qui est sous LibreOffice, donc leurs partenaires les plus proches sont sous LibreOffice. Le problème c'est ceux qui n'utilisent pas LibreOffice. Mais c'est compliqué d'expliquer à l'utilisateur, en effet, qu'il faut changer. C'est un accompagnement au changement. D'où l'importance d'avoir un maximum de communication, ensuite accompagné de formation. Mais surtout de la communication

Luk : D'accord. Et il faut s'y prendre, j'imagine plutôt, à l'avance.

Marie-Jo : Oui. Ce sont des projets qui doivent être mûris, qui doivent être réfléchis. Le problème, notamment des boîtes privées, qui sont sur du LibreOffice, c'est qu'elles ne le disent pas, elles n’accompagnent pas. Elles installent des postes sans accompagner les personnes. Je pense qu'il faut communiquer. Oui, c'est une démarche projet. Il faut avoir une vraie démarche projet avec les partenaires, avec tout ce qui va avec.

Luk : Quand tu dis qu'il faut parler de ce que c'est que les logiciels libres. C'est quelle part d’arguments ? C'est la part d'indépendance, de la stratégie d'enfermement de Microsoft qu'il faut dénoncer ?

Marie-Jo : C'est l'importance des formats standards, l'importance de l’interopérabilité, de l'ouverture du code. Et d’arrêter de dire que c'est parce que c'est gratuit. Voilà ! Les gens le comprennent et finalement quand on arrive à leur expliquer, ils sont contents parce qu'ils vont installer LibreOffice le soir chez eux et ils auront le même outil qu'au travail.

Luk : Du coup dans les expériences dans l'administration, puisque là on a un terrain, est-ce que toi donc Christophe, tu as des exemples de migrations qui se sont bien passées sur des trucs un peu difficiles ? On pense notamment justement à toute cette partie, enfin des trucs un peu spécifiques. Je pense que dans tous les environnements professionnels il y a des machins avec des macros, des trucs qui ont été un peu bricolés sur le terrain, etc.

Christophe : Oui, en fait, les premiers services qui avaient migré vers OpenOffice, ça a parfois été un petit peu difficile, mais maintenant, je vois, ce n'est plus le sujet. Les douanes ont complètement migré, le ministère de l'Écologie, ils n’utilisent plus du tout Office. Bon, la gendarmerie nationale, naturellement, puisque en plus comme ils sont sous Linux il n'y a pas de suite Office qui tourne sous cet environnement. On a, disons, des administrations qui sont entièrement et qui n'ont plus cette problématique d'agents qui comparent, qui se disent ça serait mieux avec, puisque de toutes façons maintenant ils sont formés avec depuis très longtemps. Ils utilisent ça. Pour eux c'est de l'histoire ancienne.
Et puis, effectivement on a des services pour qui c'est plus difficile parce qu'on leur avait installé, mais ils n'ont jamais utilisé. Et puis on commence à vouloir leur désinstaller Office. En fait c'est une problématique de conduite de changement traditionnel et c'est exactement les mêmes problématiques que dans un autre domaine quand on change de métier. C'est une problématique uniquement de conduite du changement et il y a ses codes. C'est un vrai métier d'apprendre aux gens et de les convaincre de changer de système, de changer d'endroit, de changer de mode d'opération. Voilà ! Il faut appeler des gens compétents pour les assister.

Alors il y a la partie formation, ça c'est important. Il y a la partie technique. Il s’agit effectivement de convertir les macros, d'étudier à ce que le produit s'intègre bien sur leur machine et avec leur système. Ça doit être fait correctement et en amont. Et puis il y a la partie qui est, disons plus psychologique, où là il faut convaincre l'utilisateur d'adhérer à ce changement. Ce n'est malheureusement pas toujours traité. Effectivement, ça donne souvent des psychodrames. Mais si, effectivement on fait appel aux bons acteurs pour le faire au bon moment, ça peut se passer très bien aussi.

Luk : D'accord. Du point fonctionnel, alors LibreOffice, c'est un peu l'exemple qu'on donne très souvent quand on rencontre du grand public. Vous, vous avez par exemple de la bureautique et tout ça. Et on dit assez couramment « Tout ce que vous pouvez faire avec Microsoft Office, vous pouvez le faire avec LibreOffice ! » Est-ce que c'est vrai, en toute bonne foi ?

Marie-Jo : En toute bonne foi, je dirais tout ce que vous savez faire avec Microsoft Office, puisque 80 % des gens utilisent 5 % des fonctionnalités, vous pourrez aisément le faire. Après, oui, c'est vrai, sur la partie traitement de texte, à coup sûr, puisque Writer est un traitement de texte assez exceptionnel. Sur la partie tableur, il y a des choses qui seront moins fluides dans Calc, mais on fera, je le disais encore cette semaine en formation, montrez moi quelque chose que vous ferez dans Office 2013 que je ne ferai pas moi dans LibreOffice.

Luk : C'est un défi ? Les auditeurs peuvent t'écrire et t'envoyer ça à une adresse ?

Marie-Jo : Non, mais c'est un constat. Après les nouvelles versions d'Office sont très jolies, beaucoup de couleurs, c'est fun. Professionnellement je ne sais pas si on a besoin ou si on a le temps de passer trois heures à savoir si on met le rose pâle ou le rose bonbon ; si ça fera améliorer l’efficacité dans le travail. Après, on fait la même chose, en termes documentaire, en termes tableur. Alors, il est clair que Calc a beaucoup été optimisé, là enfin, Arnaud peut en parler, sur l'optimisation.

Arnaud : Au niveau de Calc, depuis quelques versions, on a accéléré jusqu’à quatre-vingts % les temps de calcul et les temps de chargement des documents, que ce soit OpenDocument, comme aussi une accélération au niveau d'Open XML, qui est le format, on va dire, Open XML, le format XLSX, qui sont les formats standards de type Microsoft, non pas vraiment un standard, si ce n'est même pas du tout.

Luk : On a toujours quand même des mauvaises surprises, quand on a des documents un petit peu compliqués. Enfin moi professionnellement je pratique les deux. Et dès que j'ai un truc un peu touffu, la conversation de l'un, quel que soit le sens d'ailleurs, puisque la version 2010 qui est également l'ODF on a des mauvaises surprises quand c'est un peu compliqué quoi !

Arnaud : Ça on essaie de faire évoluer beaucoup le produit là-dessus, sur l'interopérabilité. Mais après il faut vraiment voir que lorsqu’on migre d'un produit vers l'autre, il faut vraiment migrer le format des fichiers. C'est vraiment une chose très importante et ne plus travailler sur des DOC ou des XLS, auquel cas on est quasiment certain de perdre des informations à l'enregistrement. À partir du moment où on migre d'un produit à l'autre il faut vraiment utiliser le format OpenDocument qui est un format standardisé, qui est une norme ISO et qui est vraiment fait pour tout ce qui est archivage, qu'on pourra relire dans dix, quinze, vingt ans, ce qui n'est pas du tout garanti avec l'Open XML et encore moins avec les formats propriétaires.

Luk : Oui, ça change tout le temps, tous les cinq ans, quoi, à peu près Microsoft ?

Marie-Jo : J'insiste sur ce que dit Arnaud. D'expliquer aux gens en effet qu'à chaque fois qu'on change d'outil il y a un filtre d'import. Un filtre d'import est un programme informatique qui n'est pas pédagogue. Donc un document mal structuré sera mal restitué. Et la plupart des documents traitement de texte sont mal structurés parce que les gens n'ont pas été formés. Donc c'est catastrophique en traitement de texte.

Luk : Notamment dans l'utilisation des styles, plein de gens ne les utilisent pas.

Marie-Jo : Voilà. Les gens ne connaissent pas les styles, ne les utilisent pas. On a des problèmes d'ancrage, donc en plus avec Word qui permet de déplacer une ancre sans son image, enfin des choses absurdes ce qui fait qu'on récupère des choses dramatiques. Mais on peut les avoir dans les deux sens, et en effet, comme dit Arnaud, on a une perte, je ne dirai pas de perte de données, mais de perte de mise en page, plutôt. On ne perd quand même pas les choses.

Luk : Du coup est-ce que la bureautique et tout particulièrement le traitement de texte, n'est pas devenu un machin, une sorte d’usine à gaz ? Parce qu'on a l'impression qu'en gros on a voulu faire un outil totalement intuitif où on puisse faire n'importe quoi sans réfléchir et sans méthode. Et donc du coup, on a des trucs quand on change ou même des fois par erreur, on a créé un style. Si on applique quelque chose dans un titre, ça va créer un nouveau style ou des choses comme ça ?

Marie-Jo : Ça c'est l'horreur de Word.

Luk : Voilà. Et les numérotations qui sautent et des trucs comme ça.

Arnaud : On n'a pas la création automatique des styles de Word qui fait vraiment un truc atroce. On n'a pas ça au niveau de LibreOffice. On crée un style, c'est vraiment volontaire.

Marie-Jo : J'ai des gens qui ont été testeurs des projets, on les a mis en bêta test, qui disaient qu'il faut être beaucoup plus structuré sur Writer puisque c’était OpenOffice à l'époque. Mais par contre quand on est structuré, c'est nickel. Et c'est vrai que Word, c'est le principe, je clique sans comprendre. Et en effet Word est une catastrophe en termes de style, puisqu'il mélange les styles de paragraphes, les styles de caractères et qu'à la volée si on « pourrit » son style, j’utilise ce mot entre guillemets...

Luk : Pourtant il lui va bien.

Marie-Jo : Eh bien on crée le style « titre 1 bleu », « titre 1 bleu souligné ». C'est une aberration. Donc en effet, même si on commence bien, dès qu'on fait une petite erreur, ça devient assez dramatique de structurer correctement un document. Ce qui ne sera jamais le cas dans Writer, parce que en effet on ne peut pas polluer des styles. On doit rester. Après il faut que l'utilisateur soit formé à utiliser correctement un traitement de texte

Luk : Voilà. Il y a également des fonctions du côté Microsoft qui sont là pour l'enfermement. Professionnellement il y a pas mal d'import export de fichiers CSV, c'est pourtant super basique. J'ai un collègue qui a renoncé à expliquer comment quelqu'un pouvait faire un export en CSV en UTF-8, parce que c’était juste, il fallait qu'il passe par quatre étapes différentes et la personne qui expliquait ça, enfin pour un utilisateur occasionnel, c'est juste pas possible. Est-ce que vous avez d'autres exemples comme ça d'enfermement, de trucs qui sont juste l'enfer ?

Marie-Jo : Ce que vous disiez c'était dans Excel.

Luk : Oui, dans Excel, pardon oui, je me suis peut-être trompé. Non, non, c'est bien Excel et effectivement, voilà. Est-ce que vous avez, vous, dans la stratégie des fonctionnalités de LibreOffice des trucs où vraiment il y a une différence par rapport aux stratégies d'enfermement ? Parce que c'est quelque chose moi que j'ai tendance à mettre en avant quand je discute avec des gens sur des stands ou des choses comme ça. Du coup, voilà, comment pointer ces avantages-là ?

Arnaud : Un des points qu'on peut voir au niveau donc de l'Open XML c'est qu'ils ne le respectent pas au niveau de Microsoft Office. Donc ils ont créé un standard au niveau ISO mais qu'ils ne respectent pas. Ce qui fait que n'importe quelle suite bureautique qui va respecter le standard Open XML, donc strict, le document ne sera pas, par exemple, ouvrable avec Microsoft Office 2007. Donc c'est vraiment une stratégie d'enfermement sur un standard qui n'est pas même utilisé par leurs propres logiciels.

Luk : Oui, on se souvient qu'il s'était passé un truc super louche au niveau de l'ISO, là où il y avait donc déjà l'ODF qui était normalisé par l'ISO et où Microsoft s’était débrouillé pour que l'Open XML soit également normalisé. Ça remonte à quelques années, j'ai oublié les détails.

Marie-Jo : C'est le Référentiel Général d'Interopérabilité qui avait validé ça ?

Christophe : Non, c'est la commission AFNOR, pour la normalisation ISO, effectivement, qui a validé le format Microsoft, d'une manière curieuse effectivement. Il n'y a pas eu de consensus. C'est rare à l'AFNOR. En fait les délibérations à l'ISO sont différentes suivant les pays. En France c'est l'AFNOR qui gère les commissions ISO. Normalement on termine avec un consensus. Là il se trouve qu'effectivement, bon, il n'y en pas, parce qu'il y a les gens de Microsoft d'un côté et les autres et du coup même s'il y avait une majorité de voix contre, le président de l'AFNOR a décidé qu'il n'y aurait pas d'avis et donc a, comment ça s'appelle, donné une voix nulle pour la France sur la validation. Ce qui fait que du coup la validation ISO est passée. Voilà.

Luk : D'accord. Du coup la France s'est abstenue.

Christophe : S'est abstenue. Oui. La France s'est abstenue de donner un avis.

Luk : Mais Microsoft a énormément de moyens donc on suppose qu'ils font un lobbying super intense.

Christophe : Il y avait certainement un lobbying super intense.

Luk : D'accord. Ce sont des choses dont vous avez eu des traces vous, dans...

Christophe : Oui parce que j'étais dans la commission.

Luk : D'accord.

Christophe : J'ai bien vu qu'il y avait quand même une tension énorme et qu'il y avait effectivement des enjeux. Il y avait des pressions importantes.

Luk : Très bien. Donc depuis la naissance de LibreOffice qu'est-ce qu'il y a eu vraiment de nouveau ? Quelles ont été les grandes évolutions de l'application ?

Arnaud : Au niveau du projet LibreOffice, déjà on a fait un nettoyage du code qui avait assez peu évolué depuis, on va dire, Sun. Donc le projet était un peu des ajouts de fonctionnalités mais pas de gros nettoyage, donc on a nettoyé en très grande majorité le code du produit. Il me semble qu'on doit avoir trois ou quatre millions de moins de lignes de code que Apache, de mémoire. Après je ne garantis pas du tout les chiffres. On a vraiment nettoyé le projet.

Après sinon on est passé sur un cycle de versions donc à six mois. Avant on était dans le mode de sortie de versions « quand on peut », pour résumer un petit peu, un cycle de versions de six mois. Donc on se rapproche des projets Gnu et des projets Ubuntu. Il me semble qu'il y avait aussi Fedora qui avait un cycle de versions de six mois. Donc un cycle qui est quand même très connu. Donc avec une version majeure qui sort tous les six mois.

Luk : Ça force à finir des trucs, c'est ça ? C'est un truc qui stimule ? L’intérêt de passer à six mois, c'est ça ?

Arnaud : C'est aussi l’intérêt de savoir qu'on aura une version dans pas longtemps. Il y a aussi l’intérêt de savoir que la version sera utilisée sur des distributions. Donc à chaque fois qu'on a une nouvelle version on voit bien qu'il y a une distribution qui va l'utiliser, il n'y pas de creux. Il y a aussi comme avantage que l’utilisateur sait que régulièrement il pourra ou pas bénéficier de nouvelles fonctionnalités. Donc le développeur quand il intègre une fonctionnalité il sait que l'utilisateur pourra l'utiliser dans pas très longtemps.

Luk : D'accord.

Arnaud : Après ça nécessite aussi pas de mal de travail au niveau qualité pour vérifier les bugs, etc.

Luk : D'accord. Pour vous depuis un an, du point de vue fonctionnel, du point de vue de l'utilisateur, c'est aller, un ou deux trucs avant de partir.

Marie-Jo : Je suis à chaud, je réfléchis, je n'arrive pas à les retrouver. J'en ai des listes entières, mais il y a des ajouts tout le temps. Après, je fais un bémol à l’intérêt. En effet, pour un particulier, de sortir des nouvelles versions, c’est magnifique. Dans un contexte professionnel, c'est plus compliqué, on ne réinstalle pas tous les six mois. D'où éventuellement l’intérêt de la version MIMO justement, qui elle, est maintenue sur une période. Mais c'est vrai qu'il y a toujours des nouveautés, il y a toujours des ajouts. Je n'en ai pas en tête parce que je les cherche, je ne les trouve pas.

Par contre je pense à un truc qu'on ne peut pas faire dans Word. Ce sont des formulaires PDF et ça c'est très utile aujourd'hui, les formulaires PDF. On pouvait le faire avant.

Arnaud : Après on peut aussi citer, au niveau justement de tout ce qui est PDF, c'est d’apprendre à renvoyer en PDF. C'est vraiment tout bête comme principe, mais de considérer que les documents, quand on les publie, ne doivent pas être en fichier DOC ou DOCX ou même ODT et de considérer que le format d'échange et de document on va dire final, c'est le PDF.

Luk : Et ça c'est une constante qui rejoint ce que tu disais un petit peu tout à l'heure.

Marie-Jo : C'est super important. Je le répète aussi toujours, si tout le monde utilisait la bonne pratique du PDF, on n'aurait pas de soucis. Mais en effet on reçoit des DOC, des DOCX, pourris, ou des ODT aussi que les gens envoient dans l'autre sens. C'est pareil. Il y a un problème de formation.

Luk : Et d'une façon générale la bureautique a tendance, et c'est vrai pour les tableurs également, à être utilisée, ça je crois Arnaud, c'est le cheval de bataille chez toi, qui est qu'on utilise un peu trop souvent de la bureautique dans des applications où elle ne devrait pas être utilisée et où on va au-delà de ses capacités.

Arnaud : Ce qu'il faut savoir c'est quand même, pour un grand nombre de choses, on peut utiliser des outils spécifiques. Par exemple dans le salon on a Dolibarr, on a Odoo qui sont des solutions de gestion d'entreprise. On n'a pas besoin d'utiliser un tableur pour créer un bon de commande ou pour gérer son stock. Enfin, il faut utiliser vraiment l'outil adapté à la situation. L'outil bureautique n'est pas l'outil adapté à toutes les situations, ce qui est normal. Il n'est pas fait pour.

Marie-Jo : Après la problématique c'est toujours dans les entreprises, les services informatiques sont débordés. L'utilisateur fait une demande, mais le service informatique n'a pas le temps de s'en occuper et donc ils se débrouillent avec ce qu'ils ont pour faire un outil.

Arnaud : Et ce qu'ils ont sur le poste c'est une suite bureautique.

Luk : Tout à fait. Et c'est à la fois l’intérêt et la calamité de la bureautique, c'est que ça permet de faire plein de choses, mais on finit par monter des usines à gaz. Donc il y a une nouvelle version qui sort bientôt ?

Arnaud : Oui. Donc on aura nouvelle version qui devrait sortir je pense cet été, donc je pense au mois d’août.

Luk : La 4.3.

Arnaud : Donc la version 4.3.

Luk : Très bien. Et il y des petits noms dans vos versions ? Ou c'est juste 4.3 ?

Arnaud : Non on n'a pas mis de nom.

Marie-Jo : ce serait une bonne idée.

Arnaud : Ce sera proposé, tu pourras envoyer une proposition sur les listes de développement.

Luk : Moi je trouve des noms vraiment pourris. Mieux vaut pas que ce soit moi qui propose ça. Voilà. Très bien. Donc Arnaud, Christophe et Marie-Jo, merci beaucoup de ce tour d'horizon et bravo pour votre travail.

Arnaud, Christophe, Marie-Jo : Merci et au revoir.-

Réponses aux questions d'Isabelle Attard de 2014 sur l'application de la circulaire Ayrault sur le bon usage des logiciels libres dans les administrations

7 Août, 2014 - 11:45

Fin mai 2013, la députée Isabelle Attard (Nouvelle Donne, rattachée au groupe écologiste) avait adressé à tous les ministres des questions écrites concernant la mise en œuvre de la circulaire Ayrault sur le bon usage des logiciels libres dans les administrations et sur les dépenses en logiciel au sein des ministères et des administrations. Suite à la réponse de la plupart des ministères, la députée a relancé en juin 2014 une série de questions écrites pour faire le suivi de l'application de la circulaire.

Le 5 août 2014, le ministère de l'Agriculture a répondu à la question d'Isabelle Attard. Cette réponse reprend largement les éléments fournis en 2013 à la demande de cette même députée. Cependant, on peut noter quelques évolutions :

  • OpenOffice.org a été remplacé par LibreOffice.
  • De nouveaux composants logiciels cœur d'infrastructure sont listés : briques logicielles du système d'information décisionnel (sur certains cas d'usage), ainsi que de nouveaux progiciels (messagerie, agenda, annuaire d'entreprise, forums, sites internet et intranet).
  • Les dépenses en logiciels privateurs et en logiciels libres pour 2013 sont désormais disponibles : 106k€ pour les « logiciels propriétaires bureautique », 1 336k€ pour les « logiciels propriétaires infrastructure », 687 k€ pour les logiciels libres.

Ce dernier chiffre est en nette progression par rapport aux années précédentes.

L'April continue de suivre les réponses des différents ministères et les analysera au fur et à mesure de leur publication.

Apéro April le 29 août 2014 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris) et à distance

5 Août, 2014 - 14:56
Début: 29 Août 2014 - 19:00Fin: 29 Août 2014 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Il est cependant possible d'y participer à distance en se connectant sur le salon irc de l'April (sur le salon #april du réseau irc.freenode.net, accès possible par webchat). Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus.

Quand et quoi

Le prochain apéro aura lieu le 29 août 2014 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

Actualités de l'Agenda du Libre du 3 août 2014

4 Août, 2014 - 17:48

Actualités de l'Agenda du Libre du 3 août 2014

Informations


Bookynette et Manu
vous présentent l'actualité
de l'Agenda du Libre du 3 août 2014

  • Titre : Actualités de l'Agenda du Libre du 3 août 2014
  • Intervenants : Bookynette et Manu
  • Réalisation : Luc Fievet, Lionel Allorge
  • Licences : Gnu FDL 1.3 ou ultérieure, CC-by-SA 2.0 ou ultérieure, Art Libre 1.3 ou ultérieure
  • Durée : 9 mn 50 s
  • Média : 20140803_agenda_du_libre.webm (122 Mo)
  • Logiciels utilisés : Kdenlive pour le montage vidéo et Inkscape pour le générique
Transcription

Actualités de l'April du 3 août 2014

4 Août, 2014 - 17:41

Actualités de l'April du 3 août 2014

Informations


Luc Fievet et Lionel Allorge
vous présentent les actualités
de l'April du 3 août 2014

  • Titre : Actualités de l'April du 3 août 2014
  • Intervenants : Luc Fievet, Lionel Allorge
  • Réalisation : Luc Fievet, Lionel Allorge
  • Licences : Gnu FDL 1.3 ou ultérieure, CC-by-SA 2.0 ou ultérieure, Art Libre 1.3 ou ultérieure
  • Durée : 11 mn 58 s
  • Média : 20140803_actualites_april.webm (161 Mo)
  • Logiciels utilisés : Kdenlive pour le montage vidéo et Inkscape pour le générique
Transcription

Revue de presse de l'April pour la semaine 31 de l'année 2014

4 Août, 2014 - 11:58

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 31

[Le Monde.fr] Guerre des brevets: Microsoft porte plainte contre Samsung aux Etats-Unis

Par la rédaction, le vendredi 1 août 2014. Extrait:
> Microsoft a annoncé, vendredi 1er août, avoir porté plainte contre le fabricant sud-coréen d'appareils électroniques Samsung, qu'il accuse de ne plus respecter les conditions d'un accord sur des brevets. Dans un communiqué, l'avocat de Microsoft explique que «Microsoft a engagé une procédure légale contre Samsung» devant un tribunal new-yorkais «pour faire respecter notre contrat avec Samsung» passé en 2011.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/08/01/guerre-des-brevets-microsoft-porte-plainte-contre-samsung-aux-etats-unis_4466009_3234.html

Et aussi:
[Zone Numerique] Brevets: pour la première fois, Microsoft dépose plainte contre Samsung

[PhonAndroid] Un système d'exploitation 100% open source est-il possible?

Par Julien Lada, le jeudi 31 juillet 2014. Extrait:
> On parle souvent de la philosophie open source d'Android. Le site Ars Technica va plus loin en essayant de construire un OS entièrement open source.
Lien vers l'article original: http://www.phonandroid.com/systeme-exploitation-entierement-open-source-possible.html

[Les Echos] Cultivez vos hackers!

Par Frédéric Bardeau, le jeudi 31 juillet 2014. Extrait:
> L’apprentissage du code informatique à tous les niveaux de l’entreprise est une voie vers la croissance grâce à un usage créatif du numérique. Par Frédéric Bardeau, coauteur de Lire, Ecrire, Compter, Coder (éditions FYP).
Lien vers l'article original: http://business.lesechos.fr/directions-numeriques/0203672525409-cultivez-vos-hackers-102075.php

[comptanoo.com] Les freins rencontrés par l'Open Innovation: explications

Par la rédaction, le mercredi 30 juillet 2014. Extrait:
> L'«innovation ouverte» est basée sur le partage, la coopération entre entreprises. Ce partage peut se faire sur l'intelligence économique, des savoir-faire ou de la R&D.
Lien vers l'article original: http://www.comptanoo.com/innovation/actualite-tpe-pme/22623/les-freins-rencontres-par-open-innovation-explications

[Les Echos] Logiciels: les audits des contrats de licences, un pactole pour les éditeurs

Par Jacques Henno, le mardi 29 juillet 2014. Extrait:
> Certains éditeurs de logiciels infligeraient à leurs clients des amendes de plusieurs millions d'euros. Ils sanctionnent ainsi le non-respect des contrats de licences.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/journal20140729/lec2_high_tech_et_medias/0203667138819-logiciels-les-audits-des-contrats-de-licences-un-pactole-pour-les-editeurs-1028513.php

[Next INpact] Toulouse économise un million d'euros en basculant d'Office à LibreOffice

Par Vincent Hermann, le lundi 28 juillet 2014. Extrait:
> Toulouse est depuis peu l’une des villes de France les plus fournies en solutions libres pour son administration. Elle a ainsi annoncé la semaine dernière avoir économisé un million d’euros en basculant l’ensemble des postes de son administration vers LibreOffice. Mais ce mouvement est simplement le dernier en date d’une longue série de travaux.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/88935-toulouse-economie-million-deuros-en-basculant-doffice-a-libreoffice.htm

Et aussi:
[Numerama] LibreOffice fait économiser un million d'euros à Toulouse
* [ZDNet] Express: Toulouse gagne un million d'euros avec le logiciel libre, rapport Morin-Desailly, Commission européenne..
[L'Informaticien] Toulouse économise un million d’euros grâce à LibreOffice
[LaDepeche.fr] Toulouse économise un million d'euros en s'engageant dans le logiciel libre
[Silicon.fr] La région de Valence a économisé 36 millions d’euros, grâce à Linux

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Lettre d'information publique de l'April du 1er août 2014

4 Août, 2014 - 10:08

Bonjour,

Début juillet a été occupé par les Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL) à Montpellier. L'association y a tenu un stand à destination des visiteurs et nous avons donné une dizaine de conférences. Un grand merci aux organisateurs des RMLL et aux personnes qui ont aidé à l'animation du stand.

En 2012, nous avions réalisé un guide d'usage du logiciel libre à destination du monde association. Le guide avait été diffusé à 10 000 exemplaires et nous souhaitons procéder à une réimpression. Pour cela, une campagne de dons a été lancée. Ne pas hésiter à relayer notre appel voire à y participer financièrement si vous le pouvez.

Du côté du dossier Open Bar Microsoft/Défense, nous avons reçu un nouveau document qui montre de nouvelles parts d'ombre sur le respect du code des marchés publics. Au niveau européen, nous avons répondu à une consultation de la Commission européenne sur TAFTA.

Pendant ce temps là, le gouvernement britannique a annoncé qu'il utilisera exclusivement des standards ouverts pour les documents publics. Peut-être une source d'inspiration pour le gouvernement français.

La période estivale n'a pas empêché les actifs du groupe Transcriptions de transcrire, relire et publier plus de 2h30 de vidéos sur des sujets très variés. Bravo et merci de nous proposer ces lectures.

En pleines vacances il faut déjà penser aux événements de la rentrée. L'April sera présente une nouvelle fois à la Braderie de Lille, le week-end du 6 et 7 septembre 2014, au sein du village Libre. Nous serons également présents à la Fête de l'Huma à la Courneuve du 12 au 14 septembre 2014, la fête accueillant de nouveau un village du Libre. Nous avons besoin d'aide pour animer ces deux stands.

En parlant de vacances, un grand merci à Vincent-Xavier qui consacre une partie de ses vacances à la mise à jour de nos machines virtuelles. Merci également à François, Benj et Emmanuel qui lui donnent un coup de main.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une trentaine d'articles.

Si vous voulez nous soutenir, n'hésitez pas à faire un don ou à adhérer à l'association.

Une campagne de dons pour le Guide Libre Association

L'April a lancé une campagne de dons en faveur de la promotion du logiciel libre en milieu associatif. Nous souhaitons en effet financer une nouvelle édition de notre Guide Libre Association et le distribuer gracieusement auprès des associations. Nous avons besoin de vous pour diffuser largement l'appel à dons voire y contribuer si vous le pouvez. Il ne reste que quelques jours de campagne.

Transcriptions estivales

Les membres du groupe Transcriptions ont été très actifs et plus de 2h30 de vidéos ont été transcrites, relues et publiées. Bonne lecture.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Une campagne de dons pour le Guide Libre Association
  2. Transcriptions estivales
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Réponse de l'April à la consultation de la Commission européenne sur TAFTA
    2. Open Bar Microsoft/Défense : de nouvelles parts d'ombre sur le respect du code des marchés publics
    3. Le gouvernement britannique utilisera exclusivement des standards ouverts pour les documents publics
  4. Médias
    1. Revue de presse
  5. Conférences, événements
    1. Événements à venir
    2. Événements passés
  6. Vie associative
    1. Mise à jour de nos machines virtuelles
    2. Revue hebdomadaire
    3. Adhésions
  7. Soutenir l'association
  8. Rejoindre l'association à titre individuel
  9. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  10. Archives
Dossiers, campagnes et projets Réponse de l'April à la consultation de la Commission européenne sur TAFTA

La Commission européenne a ouvert une consultation publique sur les modalités de la protection des investissements et des règlement des différends entre investisseurs et États (RDIE) dans le cadre du TAFTA. L'April a répondu à la consultation.

Open Bar Microsoft/Défense : de nouvelles parts d'ombre sur le respect du code des marchés publics

L'April a reçu en juin 2014 un nouveau document concernant l'Open Bar Microsoft/Défense, venant de la Commission consultative des marchés publics, organisme qui a pour but d'aider les acteurs publics dans leurs démarches autour des marchés publics. Cet avis, qui ne lie pas l'administration, permet cependant d'avoir des précisions juridiques sur des projets de contrat public.

Le gouvernement britannique utilisera exclusivement des standards ouverts pour les documents publics

Le mardi 22 juillet 2014, le gouvernement britannique a annoncé sa décision de passer à l'usage exclusif de standards ouverts pour les documents de communication. Le gouvernement britannique explique ce choix en mettant en avant l'importance de l'ouverture des formats ainsi que l'indépendance par rapport aux différents acteurs du marché. L'April se réjouit de cette décision et espère que le gouvernement français s'en inspirera pour généraliser les standards ouverts dans l'administration.

Médias Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Cette revue de presse est commentée dans un podcast disponible sur http://audio.april.org. Il est repris chaque semaine dans l'émission Divergence numérique qui est diffusée sur Divergence FM, Radio Escapade, Radio Larzac. Le podcast est également diffusé sur Radio Ici&Maintenant et Radio Au fil de l'eau.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide revue de presse est disponible pour ceux qui souhaitent contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements à venir
  • L'April sera présente une nouvelle fois à la Braderie de Lille, le week-end du 6 et 7 septembre 2014, au sein du village Libre organisé par l'association Chtinux en collaboration avec le Café Citoyen. Si vous souhaitez participer à l'animation de ce stand, ne serait-ce que quelques heures, merci d'inscrire vos disponibilités sur le tableau depuis la page wiki.
  • L'April sera donc au village TIC de la fête de l'huma, les 12, 13 et 14 septembre 2014. Si vous souhaitez participer à l'animation de ce stand, ne serait-ce que quelques heures, merci d'inscrire vos disponibilités sur le tableau depuis la page wiki.
Événements passés Vie associative Mise à jour de nos machines virtuelles

Le système d'information de l'April, qui gère nos différents outils, repose sur la technique de virtualisation : des machines virtuelles sont configurées sut plusieurs machines physiques.

Vincent-Xavier Jumel, bénévole de l'équipe d'admin sys de l'April, s'occupe en ce moment de la mise à jour des machines virtuelles et des logiciels installés quand c'est nécessaire. Il est aidé ponctuellement par François Poulain, Benjamin Drieu et Emmanuel Charpentier. Un grand merci à eux pour ce travail si important pous nos actions.

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi à midi pile les adhérents et les permanents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite idées et contributions, permet de suivre les activités des autres et d'éliminer un certain nombre de problèmes bloquants...

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus et consulter en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 4 juillet 2014, la synthèse de la revue du 11 juillet 2014, la synthèse de la revue du 18 juillet 2014, la synthèse de la revue du 25 juillet 2014.

Adhésions Adhésions de personnes physiques

Au 1er août 2014, l'association compte 4 104 adhérents (3 709 personnes physiques, 395 personnes morales).

Adhésions de personnes morales

Nous avons le plaisir d'accueillir l'entreprise :

  • Kavarna SARL (67) : Notre société, localisée à La Walck, prés de Strasbourg, est spécialisée dans le développement de solutions informatiques dédiées aux professionnels des établissements et services du social et médico-social.

Nous souhaitons également la bienvenue a l'association suivante :

  • ALLIS (31) : ALLIS est une association loi 1901, créée en mars 2014 par des passionnés d'informatique libre et des personnes soucieuses de développer des initiatives locales porteuses de sens.
Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante http://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : http://www.april.org/adherer?referent=lettre%20publique.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion : http://www.april.org/wws/info/april-actu.

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne à l'adresse suivante : http://www.april.org/wws/arc/april-actu.

Transcripción de la playa of First August 2014

2 Août, 2014 - 11:07

Nougats, chocolats, spéculoos, demaaaaandez votre cookie !

Voici la météo des plages de transcriptions.

L'anticyclone Marie-Odile nous a amené des textes à profusion.

Bookynette a chaussé ses plus belles tongs pour marcher entre les sablés, tandis que Echarp a sorti le rosé et son plus beau marcel.

Beuc et Nanie, chacun sur leur cumulus, ont fait des relectures fort utiles...

Corinne et Christian ont repoussé les nimbus pendant que Ju éloignait la dépression.

Pour les températures, les transcripteurs ont été très chauds :

2h30 de vidéo ont été relues et publiées:

Si vous levez la tête et regardez le ciel, vous pourrez parcourir les textes suivants:

Les logiciels libres - jdll - Lyon 2014:
http://www.april.org/les-logiciels-libres-aux-jdll-lyon-2014
5 min 08

Éducation au code. Pourquoi ? Comment ?
http://www.april.org/education-au-code-pourquoi-comment
16 min 43

Pour une politique publique en faveur du Logiciel Libre - Jeanne Tadeusz - EGOS 2013
http://www.april.org/pour-une-politique-publique-en-faveur-du-logiciel-l...
14 min 15

Le Conseil National du Logiciel Libre - Patrice Bertrand - Radio RMLL 2014
http://www.april.org/le-conseil-national-logiciel-libre-interview-de-pat...
24 min 20

La réappropriation de nos correspondances privées.CaliOpen - Conf de Laurent Chemla - RMLL2014
http://www.april.org/la-reappropriation-de-nos-correspondances-privees-c...
1h 18 min

Interview audio de Alexis Kauffmann à propos du logiciel libre sur le Mouv Brisez vos chaînes numériques Août 2013
http://www.april.org/brisez-vos-chaines-numeriques-interview-de-alexis-k...
10 min 25

Bonnes lectures...

Brisez vos chaînes numériques, interview de Alexis Kauffmann sur le Mouv

1 Août, 2014 - 23:18


Informations Transcription

Traduction intervention Steve Jobs : Ce qu'il faut pour que l'industrie informatique se développe en Europe et en France c'est une solide industrie du logiciel, parce que le logiciel c'est le pétrole des années 80 et 90, de cette révolution informatique. Il faut des centaines de mini entreprises de logiciels et la France pourrait dominer l'Europe dans le logiciel. Elle a les étudiants les plus brillants, une bonne maîtrise de la technologie. Ce que nous devons faire c'est encourager les jeunes à créer des sociétés de logiciels. Nous, nous ne voulons pas mettre la main dessus, le gouvernement ne doit pas non plus tenter de le faire. Elles doivent appartenir à ceux qui prennent des risques.

Thomas Rozec : C’était Steve Jobs, en 1984, à la télévision française. Archive dégotée par notre réalisateur Michel-Ange Vinti. C’était juste de beaux discours d'après vous, Alexis Kauffmann, ce qu'il disait Steve Jobs ?

Alexis Kauffmann : Quand j'entends « nous nous ne voulons pas mettre la main dessus », eh bien on constate aujourd’hui que cette belle citation, malheureusement, s'est avérée fausse.

Rires

Thomas Rozec : Je rappelle que vous êtes l'un des fondateurs de l’association Framasoft, réseau de sites et de projets autour du logiciel libre et l'un des animateurs du Framablog, le site d'info qui est lié à l'association. Ça vous inspire quoi la sortie en grande pompe de ce biopic sur Steve Jobs aujourd'hui en France ?

Alexis Kauffmann : Ah, c'est sûr qu'on ne peut pas échapper aux affiches. Je vois « découvrez l'homme derrière l’icône ». Ça m'a frappé parce qu'effectivement icône ça appartient au lexique, au registre religieux et c'est vrai que les utilisateurs d'Apple sont appelés des fans, des fanboys, alors que dans le logiciel libre on a plutôt à faire à des communautés. Peut-être qu'on essayera de comprendre la différence

Thomas Rozec : Différence de philosophie sans doute. La mainmise des grands industriels de l'informatique que sont donc Apple par exemple et Microsoft, elle est toujours aussi forte aujourd’hui ?

Alexis Kauffmann : Je n'ai pas envie de dire plus que jamais, non, parce que justement il y a des alternatives qui ont de plus en plus souvent le droit à la parole comme aujourd’hui, merci de m'inviter. Il n’empêche que les nouvelles technologies et internet, il y a eu de nombreuses évolutions, notamment pour tout ce qui concerne la mobilité, les smartphones, les tablettes, qui tout d'un coup se retrouvent avec un internet un peu différent, un peu cloisonné.

Thomas Rozec : Cloisonné c'est-à-dire ?

Alexis Kauffmann : C'est-à-dire que de nombreuses critiques que l'on peut faire pour Apple c'est de contrôler un peu toute la chaîne de l'ordinateur aux logiciels, aux stores où vous allez prendre vos apps, vos applications et ces applications sont sur une plate-forme unique qui est contrôlée par Apple et c'est Apple qui choisit si telle ou telle application a le droit de cité.

Thomas Rozec : C'est un peu totalitaire comme système !

Alexis Kauffmann : Voilà. Si jamais c'est une application qui est similaire à une application que propose déjà Apple, elle sera refusée ; si jamais c'est une application qui parle de la concurrence, style Android, elle sera refusée ; si il y a un bout de sein qui dépasse, comme sur la pochette d'un album il y a quelques années, une chanteuse, je crois Caroline Loeb, ce sera aussi supprimé, parce que c'est le puritanisme américain, etc.

Thomas Rozec : Il n'y a pas beaucoup de place quoi ! C'est ça la leçon à en tirer ?

Alexis Kauffmann : Disons que vous ne vous retrouvez plus sur la grande liberté d'internet mais dans un guichet unique.

Thomas Rozec : Richard Stallman qui est un des pères du logiciel libre parle des produits Apple en disant que ce sont des menottes numériques. C'est ça en fait d'après vous ?

Alexis Kauffmann : Tout à fait. D'ailleurs il avait créé la polémique quand Steve Jobs est décédé, parce qu'il avait écrit sur son site qu'il n’était pas content qu'il soit mort, mais il était content qu'il soit parti !

Thomas Rozec : Sympa ! Quand on parle de logiciel libre ! Précise !

Alexis Kauffmann : Oui. Il évoquait Apple comme une prison dorée. Il disait « a cool jail »

Thomas Rozec : Une prison chouette !

Alexis Kauffmann : Voilà. Qui prive ses utilisateurs d'une certaine forme de liberté.

Thomas Rozec : Justement quand on parle de liberté, quand on parle de logiciel libre, qu'est-ce que ça veut dire exactement le logiciel libre ?

Alexis Kauffmann : Le logiciel libre ! Il faut comprendre qu'Apple propose des logiciels qui ne le sont pas libres, tout comme Microsoft, etc. On dit qu'ils sont propriétaires voire privatifs si on veut être un petit peu militant.
Le logiciel libre se définit par quatre libertés : la liberté d'utilisation, liberté d'usage, la liberté d'étude, étudier le logiciel, savoir comment il fonctionne. On soulève le capot ; on a le droit de soulever le capot.

Thomas Rozec : Ce qui n'est pas le cas sur les produits Apple et Microsoft.

Alexis Kauffmann : Non pas du tout. Si on veut soulever le capot du système d'exploitation Apple pour iPad, iPhone, qui s'appelle iOS, on n'a pas le droit de le faire et ça a un nom que je trouve caractéristique, ça s'appelle jail breaking !

Thomas Rozec : Sortir de prison !

Alexis Kauffmann : Voilà, exactement. Ça veut bien dire ce que ça veut dire. Donc liberté d'usage, liberté d'étude, une fois qu'on a cet accès, on peut modifier, adapter à ses besoins, fondamental, donc améliorer, troisième liberté. Et la quatrième celle de la copie et de la distribution.

Journaliste : Pour moi utilisatrice lambda, finalement qu'est-ce que ça changerait s'il y avait plus de logiciels libres ?

Alexis Kauffmann : Qu'est-ce que ça changerait ? Je ne peux pas vous dire ça changerait tout. Mais ça changerait énormément de choses, notamment d'abord vous auriez une autre expérience d’utilisateur parce que le logiciel libre c'est une certaine forme de pluralité. A partir du moment où tout le monde a accès au code, tout le monde peut le modifier, le changer, le distribuer, etc. Mais c'est surtout une question d'état d'esprit.

Avec Apple vous êtes en mode de consommation individualiste. C'est-à-dire que vous, vous vous connectez, vous vous mettez en contact avec Apple, iStore l'iPhone, etc, mais pas en contact avec votre voisin. Vous ne pouvez pas. Si j'avais un iPad et que Thomas avait un iPad, je serais ravi de pouvoir partager, échanger les applications qu'il y a dedans et le contenu qu'il y a dedans, la musique, la vidéo. C'est totalement impossible, c'est totalement verrouillé. Vous êtes uniquement en relation avec Apple en mode univoque, en mode individuel.

Thomas Rozec : C'est quoi les logiciels libres les plus utilisés au monde? Parce qu'en fait on en utilise beaucoup parfois sans savoir que ce sont des logiciels libres.

Alexis Kauffmann : Oui. On a tendance à le dire. On les confond souvent avec les logiciels gratuits. En tout cas, les exemples, parce que l'intitulé de l'interview s'appelle « Brisez vos chaînes numériques » que je trouve intéressant. J’avoue que j'aurais préféré le brisons parce que dans le logiciel libre il y a vraiment une notion,

Thomas Rozec : Communautaire

Alexis Kauffmann : Voila, de collaboration, de collectivité, de faire les choses, d'avancer ensemble. Et puis une autre petite remarque sur le titre, c'est que les chaînes numériques au fur et à mesure où la société se numérise de plus en plus vite et qu'elle envahit notre quotidien ça va finir par devenir « brisons nos chaînes » tout court.

La question donc par rapport à comment briser ces chaînes? C'est avant tout une question d'état d'esprit. Mais d'un coté pratico-pratique vous pouvez commencer par installer et utiliser des logiciels libres qui ont fait leurs preuves, qui sont là depuis des années, qui sont de très bonne qualité.

Thomas Rozec : Par exemple?

Alexis Kauffmann : Comme le navigateur Firefox, par exemple. Comme la suite bureautique alternative à Microsoft Office qui s'appelle Libre Office ou Open Office, puisque justement on parlait de pluralité, il y a deux versions de cette suite bureautique libre. Vous avez un lecteur qu'en fait tout le monde utilise sans savoir qu'il y a un logiciel libre qui s'appelle VLC, c'est un lecteur multimédia qui lit un nombre incalculable de formats ; vous savez la petite icône, le plot orange et blanc de chantier. Et puis surtout, vous pouvez carrément changer le principal logiciel, celui qui est là pour dialoguer avec la machine, celui qu'on utilise quand on allume la machine qui est le système d’exploitation, sur lequel vous pouvez installer les autres logiciels, qui est donc Mac OS pour Apple, Windows pour Microsoft et dans le monde du libre nous avons le système d'exploitation Gnu/Linux, entre autres.

Thomas Rozec : Il parait qu'on utilise tous des bouts de Linux sans le savoir, qu'il y a des bouts de Linux un peu partout qui sont utilisés dans par exemple les distributeurs automatiques, ou même quand on tape sur Google, on utilise un petit bout de Linux aussi.

Alexis Kauffmann : Oui. Linux est particulièrement adapté à l'informatique embarquée justement. Si vous avez non pas un iPhone mais un téléphone qui fonctionne sous Android, la couche basse, c'est du Linux.

Thomas Rozec : Donc le logiciel libre est déjà un petit peu partout. Ces logiciels qu'on a cités, est-ce que les utilisateurs ne les favorisent pas d'abord parce qu'ils sont gratuits avant d’être libres ? Est-ce qu’il n'y a pas déjà un problème fondamental là-dessus ?

Alexis Kauffmann : Fondamental, non. Framasoft est né justement en démarrant avec un annuaire de logiciels libres et gratuits. L'idée était que les gens cherchaient des logiciels justement gratuits et que nous on leur explique qu'il y a des logiciels qui sont différents, qu'un petit supplément d’âme en plus d’être gratuits, ils sont libres, et ça change beaucoup la donne.

Thomas Rozec : Le gouvernement est plutôt du côté du libre, on va dire un petit peu du côté du libre. À la fin de l'année dernière notamment, les ministères ont été encouragés par le premier ministre à utiliser des solutions Open Source. C'est un premier pas d'après vous vers une politique plus générale, on va dire plus active, sur le domaine du libre.

Alexis Kauffmann : Voilà. C'est un premier pas. Il faut rester extrêmement vigilant. C'est vrai que moi je suis enseignant, à la base je suis professeur de mathématiques. C'est quand même triste de constater que le logiciel libre n'ait pas la priorité pour tout ce qui est dépense de l'argent public et on se retrouve à payer un nombre incalculable de licences Microsoft, de licences Apple, alors que les logiciels libres sont là, sont efficients, et ils ne demandent qu'à être utilisés, qu'à être améliorés par des développeurs locaux, j'ai envie de dire, pour faire tourner aussi toute l'industrie informatique du territoire et non pas justement ces grosses multinationales qui d'ailleurs pratiquent plus ou moins l'évasion fiscale et qui font travailler les petits chinois,etc.

Thomas Rozec : Il y a donc un intérêt éthique et économique. Merci beaucoup Alexis Kauffmann, fondateur de Framasoft, donc réseau de sites et de projets autour du logiciel libre dont le site d'infos Framablog. Tout ça c'est à retrouver sur www.framasoft.net. Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.

La réappropriation de nos correspondances privées - conférence de Laurent Chemla lors des rmll 2014

1 Août, 2014 - 22:54


Actualités de l'April du 22 juin 2014

Informations
  • Titre : La réappropriation de nos correspondances privées
  • Intervenant :Laurent Chemla
  • Date : juillet 2014
  • Lieu : rmll de Montpellier
  • Durée :1h 18min
  • Média : vidéo
Transcription

Alors. Ça fait donc un an maintenant qu'on a eu les révélations d'Edward Snowden sur PRISM et sur le scandale de la NSA. Et depuis un an il faut bien constater que pas grand-chose n'a changé. Il y a eu beaucoup, beaucoup de mots qui ont été échangés depuis, mais -- voilà. Quand c'est arrivé, moi entre autres, je n'ai pas été particulièrement étonné par le fait que les espions nous espionnent. Je m'attendais à quelque chose de cet ordre, évidemment pas de cette ampleur, ça, ça a été une surprise. Mais la vraie surprise n'est pas tellement venue de l'ampleur des révélations que du fait que d'un seul coup le grand public a été partie prenante. C'est-à-dire qu’il s’est enfin passé quelque chose. On a déjà eu ce type de révélation dans le passé, avec Échelon il y a une petite dizaine d'années, Frenchelon un peu plus tard, et à chaque fois c'est resté très confiné dans les milieux hackers et sans du tout que le grand public n'en soit informé.

Avec Edward Snowden et la façon peut-être dont les révélations ont été faites, d'un seul coup il y a eu cette grosse innovation de la prise de conscience, par le grand public, du fait que la vie privée était devenue quelque chose d'un peu difficile à protéger. Donc on a eu une petite évolution, malgré tout, quand je dis il ne s'est rien passé, il y a eu ça, il y a eu cette prise de conscience au niveau du grand public. Ceci dit, techniquement et socialement, ça n'a pas empêché la NSA de continuer à nous espionner, ça n'a pas empêché les députés français de voter la loi de programmation militaire qui étend la surveillance en France et ça n'a pas non plus modifié le comportement du grand public, même si quelques technophiles se sont penchés sur la façon de protéger un peu mieux leur vie privée, en pratique, leur nombre est tellement réduit, que ça n'a pas changé grand-chose.

Donc j'ai cherché depuis un an, d'abord à réfléchir à ce qui s’était passé, et à essayer de comprendre comment faire pour résoudre cette question de la vie privée sur Internet et ailleurs.

Alors il y a eu quelques évolutions techniques. Il y a eu depuis, donc j'ai dit les techniciens, oh ce n'est pas si mal, les techniciens se sont mis à utiliser un peu plus les outils de sécurité de type PGP, Tor. On a vu très récemment Google, entre autres, annoncer qu'il allait mieux référencer les sites qui protégeaient le mieux la vie privée, c'est-à-dire les sites qui vous affichent un petit cadenas quand vous vous y connectez, seraient un peu mieux référencés que les autres; et a annoncé aussi que Google mail allait bientôt proposer une solution de chiffrement pour le courrier électronique. Évidemment ça pose le problème de la confiance. Est-ce qu'on a confiance dans Google et surtout dans le cas d'une entreprise dont le modèle économique est basé sur l'exploitation de vos données privées ? Comment faire confiance ? Comment pouvoir imaginer un seul instant que vos courriers chiffrés qui sont chez lui, avec votre clef privée bien sûr, parce que sinon vous ne pouvez plus y accéder facilement, vous ne pouvez plus faire de recherche dedans, comment croire que Google ne va pas, lui, les utiliser pour vous afficher de la pub contextuelle ? Et s'il peut les utiliser lui, comment croire qu’une entreprise américaine, donc soumise au Patriot Act, ne va pas les fournir à la NSA sur demande ? Ce n'est pas parce que Google vous proposera demain une messagerie sécurisée chiffrée que vous serez mieux protégé qu'aujourd'hui.

Il y a eu aussi une prise en compte politique de cette question, de plus en plus d'ailleurs. Là aujourd'hui, il est question de poser une question au gouvernement sur l'accueil d'Edward Snowden en France, en tant que réfugié. Il y a peu de chance que ça arrive, mais on voit quand même que, pour que des questions au gouvernement soient posées en Assemblée Nationale concernant ce type de sujet, il y a une vraie évolution sociale qui se fait.

Et puis il y a une réflexion un peu plus globale qui se fait au niveau des grands corps, des grands organismes qui gèrent Internet, pour mettre la sécurité un peu plus au centre. C'est vrai que c'est un domaine qui était resté très cadenassé, très fermé dans les milieux spécialisés dans la sécurité, mais en dehors, les développeurs en général sur Internet se préoccupaient assez peu de la sécurité jusqu'à présent. Là il est vraiment question de rendre cet aspect du développement d'Internet fondamental. C'est-à-dire que plus rien ne pourrait se créer sur Internet sans qu'au moins il y ait des questions de sécurité qui se posent, voire à ce qu'on essaye de les rendre les plus sûres possible.
Donc on a vu quelques résultats suite à ces révélations. On a vu que l'utilisation de PGP, GPG, c'est la même chose, plus ou moins, et de Tor qui est un système d'anonymisation totale (quand vous naviguez avec Tor vous naviguez de façon complètement anonyme sur Internet), elle est augmentée, dans des proportions très limitées, encore une fois.

On a vu arriver beaucoup de projets orientés vers la protection, sans doute un peu portés par l'air du temps et pour surfer sur la pub faite par Snowden. Je pense en particulier à des sites comme le site suisse ProtonMail, dont on parle aujourd'hui encore parce qu'il pose peut-être des questions de sécurité qui n'ont pas toutes été résolues, mais qui vous garantit, lui, que tous vos mails seront chiffrés, qu'il n'y a aucun moyen de les déchiffrer chez lui, sauf que, on a vu, une faille a été annoncée hier, et puis surtout c'est un système centralisé. Donc si une faille est détectée par un chercheur indépendant, qu'eux la corrigent, c'est très bien, mais c'est centralisé, tout est chez eux. Du coup si la NSA trouve une faille chez eux, tous les mails qui sont stockés chez eux seront déchiffrés par la NSA. Et si le chercheur indépendant les prévient « hé, j'ai trouvé une faille il faut la corriger », c'est bien. Si la NSA trouve une faille, il ne faut pas compter sur eux pour les prévenir. « Hé, j'arrive à lire tout ton mail ! » À partir du moment où on a un système centralisé, la confiance encore une fois, même si c'est en Suisse, et même si c'est totalement du coup indépendant de NSA, en tout cas on peut l'espérer, ça pose quand même des problèmes.

Donc en pratique au quotidien, on voit bien que les résultats en question n'ont pas changé grand-chose au problème. Le problème, c'est quoi en réalité ? C'est une vraie question. Moi depuis des années je me dis que la vie privée est une affaire de vieux cons. Ça a été théorisé, entre autres, par Manach qui a écrit un très bel article là-dessus, et un bouquin même. C'est-à-dire que, dans ma génération, l'idée même d'avoir des caméras partout qui nous surveillent, c'était quelque chose d'un petit peu insupportable. Et puis petit à petit, les choses ont évolué, à la fois par le discours politique sur la sécurité, à la fois par le discours médiatique sur toutes les émissions de télé-réalité.

La première émission de télé-réalité en France, ça remonte à au moins une génération donc Love Story. Ça avait déclenché à l'époque un tas de réactions très fortes en France, puis aujourd'hui, une émission de télé-réalité, tout le monde s'en fiche, c'est devenu naturel.

Même chose, quand moi j'étais gamin, je n'avais pas un baby-phone qui prévenait ma mère quand j'avais pleuré. Je n'avais pas des caméras de sécurité qui me surveillaient. J'avais à la limite des tickets de métro complètement intraçables, une carte Orange ensuite toujours aussi intraçable. Et puis petit à petit sont venues les caméras de sécurité partout, les systèmes d'abonnement, mais d'abonnement nominatif, aux transports en commun, qui fait que le transport sait en permanence où vous allez, qui vous êtes et ce que vous faites. Les cartes de fidélité des grands magasins aussi, qui savent exactement tout ce que vous achetez pour pouvoir vous envoyer des pubs un peu plus ciblées. Tout ça est devenu quelque chose, bien en dehors d'Internet, d'assez largement accepté. Il n'y a plus de réaction face à ça. Du coup on pourrait se dire, après tout, si la vie privée vaut si peu pour le grand public, à quoi bon ? À quoi ça sert de se battre pour essayer de retrouver une protection ? Et pourquoi ne pas laisser les espions continuer à nous espionner ?

D'autre part Internet, depuis aussi une petite dizaine d'années maintenant, est devenu quelque chose de… Le modèle économique fondamental le plus important sur Internet c'est « je vous offre un service gratuit mais en échange j'utilise vos données confidentielles ». Et le grand public aussi a pris l'habitude de ça. C'est difficile aujourd'hui de dire au grand public : « Vous tous, il va falloir maintenant arrêter d'utiliser Gmail parce que c'est gratuit et prendre un service payant qui sera en plus un peu moins pratique à utiliser parce que plus sécurisé ». Et du coup les gens n'ont pas envie. Non seulement c'est compliqué parce qu'il faut changer l’adresse e-mail, mais en plus c'est payant, donc on n'a pas du tout envie de faire ça. Le modèle économique en question est devenu tellement habituel pour le grand public, que lui dire il y en a d'autres possibles, qui eux vous garantiront un peu plus de vie privée, ce n'est pas un geste si simple.

Ça pose un autre problème, cette histoire de modèle économique sur Internet, le fait d'échanger la gratuité contre des données personnelles et donc contre de la publicité, c'est quoi ? C'est que les régies publicitaires, elles, vont plutôt avoir tendance à mettre leurs annonces et leurs offres sur les plus gros sites, ceux qui ont le plus de public, bien sûr. C'est toujours plus intéressant de balancer sa pub sur un site qui a un très fort taux d'audience. Seulement, à ce moment-là, quand vous faites ça, vous renforcez le plus gros des sites, et donc, vous renforcez la centralisation sur Internet. C'est-à-dire que Google n'était pas énorme au début, mais petit à petit, comme il était le plus important des moteurs de recherche, toute la pub s'est faite dessus, et du coup, Google gagne beaucoup d'argent, peut racheter tous ses concurrents. On a une centralisation qui se fait comme ça. C'est pareil pour Facebook, c'est pareil pour tous les très gros sites, ce qu'on appelle les GAFA <(Google, Apple, Facebook, Amazon).

Le problème qui se pose quand on centralise Internet, c'est que pour des espions c'est tentant. Si vous allez chez Google et que vous avez un milliard d'utilisateurs qui utilisent son service de mails, vous n'avez pas envie d'aller espionner les petits Protonmail et autres qui se mettent en place autour de la planète. Tout le monde, de toutes façons, va à un moment ou à un autre, échanger avec des gens qui utilisent Gmail. Donc vous lirez leur courrier même si eux ne sont pas chez Gmail. Donc la centralisation c'est tentant, ce sont des bonbons pour les espions. On n'a qu'à mettre nos micros là, et on espionne la terre entière. On n'a pas besoin d'aller déployer des micros et des sondes absolument partout sur Internet. Il suffit de nous mettre chez Google, chez Amazon, chez Facebook, ça y est on a tout le monde. Ça ne coûte pas cher. C'est beaucoup plus simple.

Donc on voit comment le modèle économique de la gratuité sur Internet amène à une telle facilité qu'il est difficile d'en vouloir à des espions d'espionner. C'est devenu tellement simple pour eux qu'ils auraient tort de s'en priver.

C'est donc le deuxième problème je dirais économique. C'est, non seulement la vie privée pour la plupart des gens d'aujourd'hui est quelque chose qui n'a pas beaucoup de valeur, mais en plus l'espionnage de masse est devenu très peu cher justement du fait de cette centralisation. Donc on a vraiment un rapport de force économique qui se met en place comme ça.

Au niveau politique, il est normal dans une société démocratique qu'il y ait un équilibre entre la liberté et la responsabilité. Ce sont des choses qui se font naturellement. Par exemple en droit pénal, vous n'avez pas de responsabilité si vous n'avez pas la conscience d'avoir mal agi. C'est important. Mais, du coup, vous voyez bien la liaison entre: vous êtes libre d'agir mal mais à ce moment-là vous en êtes responsable. Et de la même façon vous ne pouvez pas être responsable si vous n'avez pas conscience, si vous n'avez pas cette liberté d'avoir mal agi.

Cet équilibre-là, il implique qu'on doive rendre des comptes quand on s’exprime par exemple. Sur Internet, l'expression publique est quelque chose qui doit permettre ensuite, à la justice d'un pays démocratique, de dire non, là vous avez été trop loin, ça n'est plus de l'ordre de la liberté d'expression, c'est de l'ordre du délit, c'est de l'incitation à la haine raciale, c'est autre chose.

==13' 16, relu avec son Beuc ==

Pour pouvoir faire ça on comprend bien qu'un état ait besoin d'avoir des moyens de surveillance. Quand on tient ce discours-là on comprend bien que l'État, pour lui c'est facile de dire « je ne peux laisser tout dire sur Internet, donc il faut que j'ai les moyens de surveillance, il faut que je mette en place des systèmes qui surveillent toute la population pour pouvoir savoir quand quelqu'un va trop loin, et donc, il est normal qu’Internet soit surveillé, il est normal que votre vie privée soit mise en jeu, de façon à ce que je puisse, moi, vous garantir les libertés publiques et la sécurité publique ». Ce n'est pas très cher pour un politique, encore une fois, de mettre en œuvre des systèmes de surveillance. Encore une fois, l'aspect économique de l’atteinte à la vie privée se pose. Le discours politique qui permet de vous surveiller est un discours qui passe facilement.

D'autre part en période de crise, de toutes façons, et ça historiquement, la défense des libertés n'a jamais été quelque chose de fondamental. En période de crise les gens sont plus intéressés par : « Comment est-ce que je vais manger demain ? Où est-ce que je vais habiter après-demain ? ». On a tellement de mal à se projeter dans l'avenir que défendre ses libertés ce n'est pas la priorité du jour. Donc encore une fois, il est plus facile en période de crise de vous vendre de la sécurité que de vous garantir vos libertés fondamentales. On verra plus tard.

Donc on voit d'ailleurs, on l'a revu et j'en reparle à nouveau, la loi de programmation militaire qui aurait, en plein milieu du scandale Snowden et en plein milieu du scandale des écoutes de la NSA, aurait dû déclencher une réaction assez forte du public, n'en a déclenchée presque aucune. C'est-à-dire que les quelques activistes qui s'intéressent à ces dossiers ont dit ce n'est pas normal, on ne peut pas faire ça, on ne pas continuer à étendre les systèmes de surveillance partout sans aucun garde-fou, sans aucune garantie, mais ça s'est arrêté là. Le grand public n'a pas réagi. La loi est passée comme une fleur. Ni le PS, ni l'UMP, ni les Verts n'ont souhaité amener ce projet de loi devant le Conseil Constitutionnel et voilà. Terminé, c'est passé. Ce n'est pas assez cher politiquement de protéger les libertés. Ça ne vaut pas le coup.

Pourtant, si dans une société, toujours dans un état de droit, la vie privée est si importante, c'est surtout parce que sans vie privée on n'a aucune liberté, en réalité. C'est ça que les gens ont un peu de mal à comprendre. On délègue à l'État la responsabilité de garantir la sécurité publique. Mais en échange de cette sécurité publique, il doit aussi garantir les libertés individuelles. Ça doit être un équilibre entre les deux. La sécurité publique elle doit vous permettre, à vous tous, d'agir librement individuellement. Si en échange de la sécurité publique on doit cesser d'avoir une vie privée, donc cesser, je ne sais pas, imaginez que demain vous ayez visité un site, j'allais dire zoophile, pourquoi pas, on peut inventer n'importe quoi, par erreur ou simplement parce que ça vous amuse, chacun son truc. Imaginons ça. Ça n'a pas d'importance après tout dans votre boulot, tout le monde s'en fiche, vos amis savent exactement que vous aimez les teckels morts, il n'y a pas de problème. Donc vous visitez le site et vous vous dites, après tout, que l'état soit au courant, que la NSA soit au courant, je m'en fous, ça n'a aucune importance. Sauf que vous pouvez avoir des gamins demain qui eux vont avoir envie d'avoir une carrière politique par exemple. Ces données qui pour vous n'ont aucune valeur, peut-être que demain elles pourront être utilisées par des opposants politiques pour les mettre en difficulté. On ne peut pas savoir. Vous prenez un selfie devant une jolie fontaine en vacances en Turquie et derrière vous il y a un opposant politique que la police recherche. Vous, votre selfie, vous trouvez que ça n'a aucune importance. L’opposant politique que la police va pouvoir repérer sur Facebook, ou là où vous aurez publié la photo, lui pour le coup ça avait une importance.

Donc on voit quand même que sans vie privée, sans garantie de défense de votre vie privée, si vous ne pouvez pas savoir ce que seront fait, enfin bref vous avez compris, il y a un vrai problème, on n'est plus aussi libre qu'avant si on n'a pas la possibilité, à tout instant, d'agir de façon secrète quand on est soi-même dans sa tête. Or aujourd'hui c’est de moins en moins vrai. Donc cette garantie des libertés individuelles en échange de la sécurité publique, elle doit être proportionnelle. Elle ne peut pas, comme aujourd'hui, continuer à dériver de plus en plus, vers plus de sécurité et moins de liberté, sinon au bout du compte on n'a plus de liberté du tout.

Pour prendre un exemple un peu plus physique : imaginons que demain on vous dise vous allez tous porter des lunettes Google, parce que ça va permettre à la police de surveiller absolument tout ce qui se passe tout le temps, partout, y compris chez vous, vous serez parfaitement en sécurité. Est-ce qu'aujourd'hui on est prêts à accepter ça ? Je ne crois pas. Mais vu l'évolution dans laquelle on est depuis une quinzaine d'années, j'ai bien peur que dans cinq, six ans, ce soit tout à fait acceptable, si on continue comme ça.

Et du coup, là pour le coup, il n'y a plus du tout ni vie privée, ni liberté quelle qu'elle soit. La liberté individuelle, c'est aussi de pouvoir dire « non, cette loi je ne la respecte pas, je vais me battre contre ». Quand, je ne sais pas, Mediapart dit « moi je ne respecterai pas la loi qui m'impose une TVA à 19,6 » alors qu'elle l'impose aux autres journaux, elle le fait publiquement, mais elle pourrait aussi le faire, un certain temps, sans le rendre public. Si Mediapart est surveillé en permanence, il ne peut pas se battre contre cette loi.

On a besoin d'avoir un espace de vie privée pour pouvoir prendre des décisions et on ne peut pas être libre si on n'a pas cet espace de vie privée.

Alors quelle réponse donner à ça ? Évidemment il y a une réponse politique qui devrait se mettre en place, on l'espère, mais on ne le voit pas. Au quotidien, encore une fois, on voit des lois de plus en plus répressives arriver les unes derrière les autres. Aujourd'hui qui permet de fermer un site terroriste sans décision judiciaire. C'est une simple décision administrative qui force votre fournisseur d'accès à vous empêcher d'aller sur un site terroriste. Pourquoi pas ? C'est quoi terroriste ? Qui définit ce qu'est le terrorisme ? Aux États-Unis Edward Snowden, pour certains, est un terroriste. Si on ne définit pas plus que ça, demain l'État français peut dire, je ne sais pas moi, l'utilisation du logiciel libre, c'est un acte terroriste. Pourquoi pas ? Je l'ai déjà entendu, ce n'est pas quelque chose qui vient de nulle part. Si on dit ça, à ce moment-là, on doit empêcher, sans décision judiciaire, l'accès à tous les sites de logiciels libres, si on n'a pas défini le terrorisme. Alors qui peut définir le terrorisme ? Encore moins dans un texte de loi.

Donc si on n'a pas une action politique pour éviter ce type de loi, pour se battre contre, ce que fait la Quadrature en permanence. J'en profite pour vous rappeler que la Quadrature est en période de levée de fonds, donc si vous avez quelques sous à lui donner, n’hésitez pas. Si on ne se bat contre eux, on va continuer à perdre des libertés, petit à petit comme ça, quotidiennement, jusqu'à n'en avoir plus aucune.

Évidemment, il y a aussi la réponse sociale. On peut apprendre à utiliser des logiciels plus sûrs et on peut militer autour de soi. L'exemple que j'aime bien prendre c'est de demander à son docteur comment est-ce qu'il protège vos données médicales qui normalement sont confidentielles. Est-ce qu'il les met sur le cloud sans chiffrement ? Ou est-ce qu'il les garde sur son ordinateur avec un gros mot de passe et chiffrées ? C'est important de le savoir. Et puis en en parlant avec lui ça peut, lui, le motiver à faire un peu plus attention non seulement à ses données mais aussi aux vôtres.

On fait ce travail-là avec les journalistes aussi. On va les voir en leur disant « vous êtes censés garantir l'anonymat de vos sources, comment vous faites ? Est-ce que vous échangez par mail sur Google Mail avec eux ? Ou est-ce que vous utilisez PGP ? »

On peut faire ça. On peut espérer aussi que les corps dont j'ai parlé tout à l'heure, l'IETF, W3C, donc les gens qui organisent Internet, plus ou moins, continuent leurs développements et arrivent peut-être un jour à ce qu'on espère : c'est-à-dire un Internet beaucoup plus sécurisé, mais on en est très loin !

Alors, en tant qu’activiste, il est important aujourd'hui de se poser cette question : « Comment est-ce que moi je vais faire pour améliorer les choses ? »

D'abord je dois apprendre à mieux communiquer. Typiquement je dois venir devant vous, ce n'est pas un acte aussi simple que ça pour quelqu'un comme moi. Je dois, à l'image d'Edward Snowden, apprendre à faire en sorte qu'on parle de mon affaire. Je dois, quand j'ai un scandale que je veux dénoncer, je dois apprendre à le feuilletonner, à trouver les journalistes qui vont faire ça bien, de façon à intéresser le grand public. C'est un vrai boulot d'apprendre à communiquer pour des gens dont ce n'est pas le boulot, mais on est obligés de le faire de plus en plus.

Enfin une réponse technique, qui est peut-être celle dans laquelle je me sens le plus à l'aise, moi, mais qui n'est pas le cas de tout le monde. D'abord il va falloir arrêter de croire que simplement parce qu'on a développé un outil qui permet la confidentialité, tout le monde va se mettre à l'utiliser un jour ou l'autre. Les logiciels libres, après tout, c’était un peu le modèle au départ. On fabrique un logiciel libre, on le met à disposition de tout un chacun, on met la doc en ligne, et puis petit à petit les gens vont l'utiliser. C'est normal, il est meilleur, il est libre, il y a tout intérêt à ce que les gens viennent. Pourquoi est-ce que tout le monde n'abandonne pas Windows ? C'est bizarre ! En même temps, c'est comme ça que ça se passe.

Pour que [GNU/]Linux puisse devenir quelque chose de largement utilisé, il a fallu faire autre chose que simplement le mettre en ligne et laisser les gens s'en emparer. Il a fallu le rendre agréable, facile d'emploi, joli, sexy, quelque chose d'attirant pour le grand public, qui ensuite, que ce soit libre ou pas, il s'en fiche. Ce qu'il veut, lui, c'est que ce soit pratique, sympa, pas difficile.

En sécurité, on n'a jamais fait ce travail là. En sécurité on a fabriqué PGP. Qui l'utilise dans la salle ? Au quotidien ? Voilà. Alors un, deux, trois, quatre, cinq. Qui utilise PGP, qui est le logiciel qui permet de chiffrer son mail, au quotidien ? J'ai bien dit au quotidien, c'est-à-dire que tous les jours vous vous rentrez votre password au moins une fois. Voilà ! Et encore on n'est quand même pas dans un public technophobe. Disons que là vous êtes quand même tous un petit peu technophiles. On a cet outil-là. Il existe depuis vingt ans. En vingt ans il a atteint une dizaine de personnes dans la salle ! Ça ne marche pas ! Il va falloir qu'on fasse mieux que ça. On ne peut pas se contenter de dire ça existe, il y a eu le scandale donc les gens vont l'utiliser. Le scandale il a un an, il y a dix personnes dans la salle qui l'utilisent !

==26' 00, relu avec son Beuc ==
Il faut aussi qu'on arrête de fabriquer des services centralisés. J'aime bien l'exemple de Protonmail, je vous ai expliqué pourquoi tout à l'heure ce n’était pas une bonne idée. C'est qu'un service centralisé, il y aura toujours, toujours une faille. Peut-être que lui, que les auteurs du service auront créé le site web parfait qui n'a aucune faille, qui ne risque de subir aucune injection SQL, rien du tout, mais de toutes façons il aura utilisé des librairies, il aura utilisé un NodeJS quelconque, qui lui aura une faille. Même si personne ne l'a vue, personne ne peut savoir si la NSA ne l'a pas vue. Les développeurs du libre ont des moyens restreints. La NSA a d'énormes moyens. Ça n'a rien à voir. Eux, ils ont des gens à plein temps pour trouver des failles. Nous on a un programmeur dans un coin qui a un site web à livrer, une application à fabriquer, et qui n'a vraiment pas du tout le temps d'aller chercher des failles dans son truc. On peut demander aux autres, à la communauté de faire des audits. Mais la communauté, encore une fois, c'est du bénévolat. Il ne faut pas compter qu'elle soit aussi efficace que des gens qui eux ont des milliards de dollars tous les ans juste pour ça, pour chercher des failles.
Clairement si vous un service centralisé, le plus sécurisé possible, vous n’aurez quand même une faille et vous n'aurez aucune confidentialité.

Il faut aussi évidemment trouver des nouveaux modèles économiques, arrêter de dire aux gens venez chez moi c'est gratuit. Si c'est gratuit, soit vous avez quelque chose en échange, hé donc de la pub, a priori je ne vois que ça. Vendre des services autour, mais des services autour, vous les vendez comment si vous n'utilisez pas les données personnelles de vos utilisateurs ? Et si vous les utilisez, où est la vie privée ? Donc il faut, en tout cas, je n'ai pas les clefs, mais clairement en tout cas, il y a un modèle économique qu'il faut complètement abandonner, c'est le modèle de la publicité. Celui-là, il va falloir faire rentrer dans la tête des utilisateurs que ce n'est pas un modèle, que la publicité ne fait que détruire Internet parce que ça le centralise de plus en plus, et que du coup ça le rend fragile et trop facile à espionner, et qu'il va falloir accepter soit de faire des efforts, soit de payer, en tout cas de trouver de nouveaux modèles économiques. C'est sûr que ça ne va pas être facile.

C'est sûr que ce n'est pas en disant : « J'ai la même que Google Mail, venez chez moi, la seule différence c'est que vous serez sécurisés, mais c'est payant », vous allez réussir à faire venir les gens. Vous en aurez, je pense. Protonmail, la dernière que j'ai eu des chiffres, c’était pas loin de un million d'utilisateurs ; c'est énorme un million d'utilisateurs. Google Mail c'est un milliard d’utilisateurs. Donc sur mille mails échangés entre les utilisateurs pris au hasard, vous en avez 999 qui sont échangés avec Google Mail. Les utilisateurs qui sont chez Protonmail, quand ils veulent parler avec leurs amis, ils ont 999 pour mille chances d'envoyer leurs mails chez Google. Le reste du temps, ouais, ils sont sûrs. Mais un mail sur mille sera sûr. Les 999 autres ils vont chez Google, donc à la NSA. Donc en pratique ça ne sert à rien. Ça ne sert à rien parce que la NSA s'en fiche de ne pas avoir ce un pour mille. Elle a tout le reste donc elle sait ce que vous faites. C'est à 999 pour mille elle le sait. Donc ça lui suffit largement, elle n'a pas besoin d'en savoir plus.

Il faut évidemment maintenant, quand on crée un nouveau projet, mettre la sécurité au centre de ses préoccupations, mais ça, ça devient de plus en plus vrai heureusement.

On a vu l'équation économique, c'est un vrai problème. La valeur de la vie privée est trop basse, donc il va falloir faire en sorte de la remonter. Ce n'est pas simple ! Il va falloir convaincre le grand public que sa vie privée a une valeur. Comment faire ? On y réfléchit. On a essayé, nous, de trouver des idées. Vous en aurez j'espère d'autres. C'est un peu l’objectif de ce type de conf que de dire aux gens, il n'y a pas que CaliOpen. CaliOpen c'est un cas, dont je vais parler plus tard, et j'espère qu'il y aura d'autres idées qui sortiront de mes conférences et de mes discours, parce voilà : CaliOpen va répondre, je crois, à un certain nombre des problèmes que je pose, mais pas à tous.

Donc il faut une vraie envie, pour l'utilisateur, de quitter des services non sécurisés, de quitter des services trop centralisés, et pour ça on ne peut pas se contenter juste de lui dire : "c'est la même chose mais sécurisé". Ça ne marchera pas, pas plus que pour PGP. Il faut trouver des nouveaux services à lui proposer qui lui donneront envie de venir. Et peut-être qu'une fois qu'il sera là, on pourra le motiver pour utiliser des systèmes un peu plus complexes mais beaucoup plus sécurisés. Les motivations on les trouvera. Il faut donc créer cette envie de migrer. Il faut pour ça évidemment créer des services attirants. Ce n'est pas simple. Il faut aussi arrêter de croire que, simplement parce qu'on se protège soi, on est sûr, on est tranquille. Ce n'est pas en se protégeant soi qu'on est tranquille. C'est en se protégeant nous-même et en protégeant tous ceux qui nous entourent. Si chacun se protège dans son coin, c'est-à-dire moi, mes photos à moi, elles sont sécurisées, mais les photos de moi que quelqu’un d'autre a prises, qui elles ne sont pas sûres, elles en disent tout autant de ma vie.

La vie privée, si on veut la garantir, il faut arrêter de croire qu'en se protégeant soi-même seulement, on va réussir à le faire. En se protégeant soi-même, on va chez Protonmail, on fait partie du un million, mais le milliard en face, il continue à nous exposer. Ça ne sert à rien ! La seule façon de protéger la vie privée, ça n'est pas au niveau individuel, c'est au niveau de la masse. Il faut, pour ça, rendre la surveillance de masse beaucoup chère qu'elle ne l'est aujourd'hui. Encore une fois on en revient à ce modèle économique. Si ça devient beaucoup plus compliqué pour les espions d'espionner, du coup qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils ne vont pas arrêter d'espionner, c'est leur boulot, mais ils vont peut-être être un peu plus pointus dans leurs recherches. Plutôt que de dire : "j’aspire tout, les informations de la terre entière en permanence, comme ça je suis sûr que quand je cherche, je trouve", dire : "bon, lui, j'ai vraiment une bonne raison de le suspecter, donc je vais mettre les moyens dessus. Peut-être pas sur Internet, Internet c'est devenu trop sécurisé, tant pis, mais je vais, je ne sais pas moi, lui envoyer une nana jolie, mettre un micro chez lui". Les espions ont toujours su espionner, ils n'ont pas attendu Internet pour ça.

Donc si on rend la surveillance de masse beaucoup plus chère on a une petite chance que les espions arrêtent de nous espionner en permanence, tous. Il n'y a que comme ça qu'on pourra vraiment retrouver un peu de vie privée. Ce n'est pas en se protégeant soi-même dans son coin qu'on y arrivera. La sécurité globale n'est pas la somme des sécurités individuelles, c'est le mot clef de cette chose.

Alors, il y a un autre problème qui se pose quand on veut pousser les gens vers de la sécurité, c'est qu'évidemment c'est moins facile. Un mot de passe sûr c'est un mot de passe compliqué. Si vous mettez "1234", ce n'est pas compliqué, mais c'est facile. Si vous allez chez Gmail ce n'est pas compliqué, mais ce n'est pas sûr. Si vous voulez être sûr vous allez mettre une passphrase de au moins trente caractères de long, qui sera difficile à retrouver et il faudra la taper plusieurs fois par jour parce qu'elle ne sera valable qu'un certain temps. Ça va vous compliquer la vie. Mais allez vendre ça au grand public, en lui disant on est un milliard d’utilisateurs qui maintenant vont décider de, au lieu de mettre "1234" chez Google et avoir un joli service facile à utiliser, ils vont devoir mettre une phrase de trente caractères, compliquée à retrouver, chez un service payant. Comment faire pour motiver autant de gens, suffisamment pour rendre la surveillance de masse assez chère ? C'est un vrai problème, ce n'est pas simple du tout.
Pour CaliOpen on a imaginé une solution à ça. CaliOpen est un projet qui a un an maintenant à peu près, mais qui en réalité a plus de dix ans. Il y a dix ans j'avais voulu déjà créer un service de mails, pas spécialement sécurisé, mais au moins gratuit et un peu plus intelligent que ce qui existait à l'époque. On avait bien avancé sur ce projet et puis Google est arrivé avec Google Mail. On a arrêté parce que forcément on avait un peu de concurrence.

L'an dernier donc suite aux affaires, suite au scandale, Jérémie Zimmermann est passé me voir ; il m'a dit tu dois relancer ton projet et en faire quelque chose. D'abord du libre, ce qui n’était pas le cas de la première version, et puis qui permette aux gens de retrouver de la vie privée. Le challenge était lourd puisqu'il fallait répondre à tous les problèmes que j'ai soulevés jusqu'à présent.
En tout cas, à force de réflexion, on a imaginé une solution pour pousser les gens d'abord à venir vers CaliOpen et ensuite pour adopter des comportements plus sûrs.

D’abord pour les attirer vers CaliOpen on est sorti du modèle, c'est-à-dire qu'on s'est dit on ne va commencer à développer, on sait faire un service de mails, ce n'est pas difficile, mais on n'a pas envie de le faire comme les autres. Parce que si on fait la même chose, pourquoi les gens viendraient chez nous ? Ça n'a pas d’intérêt. Il va falloir qu'on trouve quelque chose de mieux, encore une fois.
Alors on a travaillé, on a travaillé pendant six mois sur une page blanche en disant : « Qu'est-ce que nous on a envie d'avoir ? » Et puis, petit à petit, vraiment avant la moindre ligne de code, on a bossé six mois, moi en ergonome et des graphistes. C'est tout. Aucun technicien, à part moi, mais il y a longtemps que je suis dépassé en technique.

On a, petit à petit, imaginé ce qu'on voulait. On ne voulait plus une interface trop difficile, on voit un peu, ouais, on ne voulait plus cette notion de folders à gauche. On voulait quelque chose qui se rapproche un petit peu, je ne sais pas moi, d'une timeline type Twitter ou autre, juste avec la conversation au fur et à mesure.

Puis on s'est demandé c'est quoi une conversation ? Jusqu'à présent une conversation par e-mail c'est un sujet et sous ce sujet on classe les échanges qui se font. Mais la réalité au quotidien, de nos jours, ce n'est plus ça. Quand vous échangez, je ne sais pas, avec votre fils, votre fille, votre mère, vous commencez un mail un jour, avec un sujet, bien sûr, vous devez en rentrer un, et petit à petit vous continuez à échanger et puis vous faites reply à chaque fois, vous ne changez pas le sujet. La conversation elle dérive. Le sujet reste le même, en tout cas affiché, mais la conversation n'a plus rien à voir.

Donc qu'est-ce qui définit une conversation ? Ça n'est pas son sujet, ce sont les gens qui y participent. Donc on s'est dit on va faire ça, on va oublier cette notion de sujet, on va juste créer une conversation, un échange ce sont les gens qui y participent. Ce qui définit une conversation dans CaliOpen c'est qui participe à la conversation.

On a viré les folders du coup parce qu'on n'en a plus l’usage. On n'a plus besoin de dire : « ça c'est classé dans tel dossier, ça c'est classé dans tel autre ». On n'a pas besoin de ça. On sait de quoi on parle et avec qui on parle, donc on retrouve facilement. On peut mettre des mots-clés et dire ça, cette discussion-là, elle traite de tel sujet ou ce message-là traite de tel sujet.

Petit à petit comme ça on s'est orienté vers une jolie interface qui reste à développer, hélas ! On a beaucoup avancé sur le reste, mais pour l'interface, j'y reviendrai, on a besoin de développeurs frontend web, et ce ne sont pas des gens faciles à débaucher ceux-là.

Donc on s'est dit ça. On a une nouvelle interface, qui est plutôt sympa, mais ça ne suffira pas à attirer les gens. Au contraire, ça risque de les rebuter. Donc qu'est-ce qui va les attirer ? Si on ne définit plus une conversation par son sujet, ça n'a pas besoin d’être forcément une conversation par mail. Ça peut être du SMS, ça peut être du chat en ligne, ça peut être des forums de discussion, ça peut être un peu tout ce qui concerne la correspondance privée. Aujourd'hui on commence une correspondance sur Twitter avec quelqu'un, en 140 caractères, ensuite on passe au message privé ; du message privé c'est trop long, donc on s’échange des e-mails, on passe à l'e-mail, peut-être demain à Jabber, mais ça reste la même conversation, ce sont les mêmes personnes. Donc si on arrive à présenter ça sur une interface agréable en disant tous vos échanges, toute votre correspondance privée, regroupés là, quel que soit le protocole, quel que soit le média utilisé, là pour le coup on a quelque chose de nouveau. Là pour le coup on peut peut-être attirer du public vers un nouveau service. On n'a rien résolu au niveau de la sécurité mais on a peut-être trouvé une bonne raison pour que le public dise ça, ça m'intéresse, je vais voir. Ensuite il va falloir le faire venir, le faire rester.

Pour ça, et surtout pour qu'il utilise de plus en plus d'outils de sécurité, on a imaginé de le noter. Évidemment les gens qui s'y connaissent, ça les intéresse, eux, de savoir que tel message a été chiffré, tel autre ne l'a pas été, parce que comme ça ils savent quelle est la chance que leur courrier ait été intercepté ou non. Mais eux-mêmes n'ont pas de note.

Nous, on a imaginé dans Caliopen, que tout sera noté d'un point de vue de confidentialité. C'est-à-dire que la conversation, en elle-même, a un niveau de confidentialité, le message en lui-même en a un, le contact en a un ; le terminal sur lequel vous vous connectez a un niveau de confidentialité ; le service Caliopen sur lequel vous vous connectez en a un aussi. Tout a un niveau de confidentialité. Et ça donne quoi ? Ça donne que, quand vous utilisez, au départ vous arrivez grand public, vous n'y connaissez rien, vous l'utilisez comme un service un peu nouveau qui vous permet de tout centraliser là, mais il n'y a pas encore de notion de sécurité ni de confidentialité.

Puis un jour, quelqu'un vous dit « Moi je ne veux pas que tu m'envoies de mails, je refuse que tu m'envoies des courriers via Caliopen parce que ton niveau de confidentialité à toi est trop bas et que ma sécurité à moi compte plus que ce que tu pourrais me dire. Donc pour pouvoir m'écrire il va falloir que tu augmentes ton niveau de confidentialité. Et pour ça, il va falloir, je ne sais pas, tu regardes : Caliopen va te proposer des sources, des pistes, tu vas devoir créer un couple de clés, une clé privée, une clef publique, tu vas devoir mieux renseigner le niveau de confidentialité du terminal que tu utilises, tu vas devoir avoir une action qui va te faire monter de niveau. Une fois que tu auras le niveau suffisant pour m'écrire, là j’accepterai de lire tes courriers, sinon je ne les lirai pas ».

Et du coup quand on va se retrouver comme ça, devant des portes fermées, on va avoir envie de monter de niveau. Et puis de toutes façons, même humainement, quand on voit qu'on arrive sur un service et qu'on a un niveau nul, on se dit c'est quoi cette histoire de niveau ? Est-ce que je peux m'améliorer ? C'est comme un jeu quelque part.

Donc, on espère par ce jeu social, pousser les gens vers de la confidentialité, de les pousser à adopter des nouveaux comportements plus respectueux des autres, pas seulement d'eux, mais y compris de leurs correspondants. Par exemple, un correspondant vous envoie un courrier que lui estime confidentiel. Et vous, vous décidez d'aller le lire sur un terminal, sur une borne Wi-fi dans une gare ! Du coup, le message que lui estimait être confidentiel, vous le rendez public quelque part, en tout cas facilement exploitable par un tiers. Évidemment, celui qui vous l'a écrit ne pensait pas que vous alliez agir comme ça. Qu'est-ce qui doit se passer dans un cas comme ça ? D'abord Caliopen, en tout cas un système de ce genre-là, doit vous prévenir : attention ce message-là il a un haut niveau de confidentialité et toi tu vas l'utiliser sur un terminal qui n'en a aucun. Est-ce que tu es vraiment sûr de vouloir faire ça ? Si tu fais ça, tu vas perdre des points. Ton niveau à toi va baisser. Évidemment ton correspondant va être informé du fait que tu as rendu public un message qu'il estimait lui confidentiel, parce que c'est important pour lui de le savoir. Jusque là il croyait que personne d'autre que toi n'allait le lire, mais là, du coup, tu le rends public en faisant ça, il faut qu'il en soit informé. C'est peut-être important pour lui de prendre des garanties du coup. Si c'est, je ne sais pas, une source vis-à-vis d'un journaliste et que d'un seul coup la source doit se protéger, c'est important qu'elle soit informée. Et c'est important aussi que les gens qui continuent à t'écrire sachent que tu as baissé de niveau et que tu as un comportement à risque.

Et du coup, forcément, en agissant comme ça et en proposant ce type d'outil, on va reformer les gens non seulement à se sécuriser mieux, mais aussi à plus respecter la vie privée de leurs correspondants et de leurs contacts. Et c'est comme ça qu'on espère, petit à petit, arriver à quelque chose d’efficace.

Après c'est beaucoup plus technique et je ne pense pas faire une conférence technique. On a aussi pensé que, évidemment, pour pouvoir afficher un niveau de confidentialité d'un message, on ne pouvait pas se contenter d'un simple modèle client-serveur, parce que entre le client et le serveur il y a toujours possibilité d'une interception, man in the middle ou autre, et donc quand vous vous connectez sur un service Caliopen, le jour où vous vous y connecterez, vous vous y connectez à travers un navigateur, mais le service lui-même n'est pas centralisé, mais intégré. C'est-à-dire que l'outil qui vous envoie l'information à afficher est au courant, parce qu'il est sur le même service que le serveur qui a reçu le courrier, de la façon dont ce courrier a été reçu : s'il a été reçu par SMTP simple, sans aucun chiffrement, sans rien du tout, ou s'il a été reçu via SMTP-TLS, donc avec un chiffrement de bout en bout, si le serveur qui a envoyé le courrier a un certificat à jour ou pas. Ce genre d'informations, c'est le serveur qui reçoit votre courrier qui en est informé, pour pouvoir vous l'afficher sur l’écran. Il faut que l'outil qui vous l'affiche soit proche du serveur et qu'il n'y ait pas de possibilité d’intervention entre les deux. Donc on a imaginé un service très intégré.

L'interface seule ne peut pas suffire à vous afficher l'information suffisante pour vous informer sur le niveau de confidentialité. Je pense par exemple à, comment s'appelle-t-il l'autre outil qui est en le développement et qui a commencé un peu en même temps que Caliopen ? Comment ? Ouais, Mail page. Mail page n'est qu'une interface, pour le coup. Donc effectivement, elle vous permet de chiffrer, de déchiffrer votre courrier, mais ça n'est qu'une interface. Le serveur n'est pas intégré dedans, du coup les informations qu'il va vous afficher sont très limitées. Vous n'avez pas réellement assez d'informations pour pouvoir estimer si votre courrier a été intercepté ou pas.

Public : On peut poser des questions ?

L. C. : Oui, oui.

Public : inaudible.

L. C. : Alors idéalement non. En pratique oui. En pratique on imagine, nous déjà, des modes dégradés d'utilisation de Caliopen évidemment, donc un client IMAP pourrait s'y connecter, mais de façon dégradée. D'abord le client IMAP, lui, va s'attendre à avoir une structure mail, donc des sujets, donc tous les échanges qui ne sont pas du mail on aura du mal à les afficher, clairement. Un client IMAP s'attend aussi à des folders. On n'en a pas. On peut recréer des pseudos folders, en agissant sur « je crée le folder avec tous les échanges tagués boulot et je crée donc un folder boulot pour l'afficher au client IMAP ». Mais on sera en mode très dégradé avec aucune notion de confidentialité. Et dans ce mode dégradé là, a priori normalement, un serveur Caliopen n'enverra pas les messages dont le niveau de confidentialité est trop élevé. Il n'enverra que les messages dont le niveau de confidentialité est assez bas.

Oui oui, n'hésitez pas à me poser des questions, bien sûr. Ça marche.

Public : inaudible.

Un autre aspect important, toujours en termes techniques, c'est que la chose qui me permettra de dire on a réussi quelque chose avec Caliopen, ça n'est pas le nombre d'utilisateurs dans le service Caliopen, évidemment. Caliopen ce sera du logiciel libre et on espère qu'il y en aura beaucoup des services Caliopen qui s'ouvriront. Mais pour ça il faut qu'on fasse quelque chose de facile à déployer. Aujourd'hui déployer un service web, ça prend quelques minutes, même à un administrateur pas très compétent, il suffit de, voilà, en cliquant sur quelques trucs, on installe un Apache. Apache est pré-installé de toutes façons dans toutes les distributions et sur tous les serveurs que vous pouvez louer partout. Et ensuite il vous suffit de cliquer, de choisir un CMS, de le dézipper et de cliquer sur quelques trucs et vous avez votre site web, ça y est.

Mettre en place un service de mails, sans parler d'un service aussi complexe qu'un Caliopen qui va gérer le mail, mais XMPP donc Jabber, mais peut-être un jour les SMS, peut-être un jour la vidéo, peut-être d'autres protocoles, là pour le coup, ce ne sont pas quelques minutes qu'il va falloir, ce sont quelques jours. Même pour du mail seul encore une fois. Pourquoi ? Parce que personne n'a jamais bossé là-dessus. On n'a pas d’intégration pour installer sur un serveur, un serveur loué, un système qui reçoit et qui envoie du mail, avec un niveau de confidentialité suffisant, c'est-à-dire avec la configuration du DNSSEC qui va bien pour que votre correspondant quand il reçoit votre courrier, il est bien sûr que c'est de vous qu'il l'a reçu et pas d'un service qui se fait passer pour vous, avec donc du DNSSEC, du dn, avec un certificat à jour. Ce genre de choses est compliqué. Ça ne s'installe pas si simplement que ça.

On espère, avec Caliopen, justement faciliter ce type de déploiement. Pourquoi ? Pour que le gens qui aujourd'hui disent, en entreprise ou même à la maison, moi je ne vais pas m'installer mon serveur de mails, c'est trop compliqué. Y compris en entreprise, je ne prends pas le risque, moi, de devoir gérer le spam, au niveau de ma boîte, parce que ça va me prendre un temps fou, parce que mon patron va m'en vouloir s'il a plus de spams avec mon service que chez Google. Je préfère dire au patron mettez tout le monde chez Google, c'est plus facile.

Si demain Caliopen est facile à déployer et permet d'avoir un service efficace, là pour le coup, on change encore une fois l'équation économique. Le DSI de l’entreprise va pouvoir se dire, je vais pouvoir dire à mon patron que j'ai fait du bon boulot parce que ses concurrents américains ne pourront pas lire son courrier, via la NSA, via Google, via je ne sais. Toujours est-il qu'il ne pourra pas accéder à son courrier aussi facilement, du coup, on va déployer notre truc. Et comme ça, on espère déployer énormément de Caliopen partout, non seulement dans les entreprises, mais y compris dans les associations, y compris, je n'en sais rien dans les écoles, les facs, pourquoi pas. Et c'est le nombre de Caliopen installés qui va faire la masse suffisante d'utilisateurs qui, petit à petit, seront poussés vers l'utilisation des outils de confidentialité, qui fera que peut-être un jour on atteindra ce milliard qui fera qu'on sera à égalité avec un Google Mail et que là, pour l'espion, ça deviendra trop cher de dire je choppe tout parce que j'ai douze mille Caliopen installés dans le monde, je ne suis plus comme à l'époque de Google, pour pouvoir espionner tout le monde il va falloir que je mettre douze mille sondes. Là ce n'est plus le même prix ! Ce n'est pas une sonde, c'est douze mille. Si j'en ai deux cent mille installés, des Caliopen, bonjour le prix ! Donc je vais arrêter d’espionner tout le monde, c'est trop cher. Je vais me remettre à espionner les gens au cas par cas.

Donc la facilité de déploiement de Caliopen est quelque chose de très important depuis le départ aussi. On a imaginé tout ce qui pouvait, à notre niveau, on ne peut pas penser à tout, mais un certain nombre de modèles économiques aussi qui permettront de faire fonctionner un Caliopen, on s'en fiche, et c'est important le modèle économique parce que, si on parle de confidentialité et de vie privée, il est évident que, dès lors que vos échanges ne sont pas stockés chez vous, Caliopen n'est pas prévu pour être en auto-hébergement, s'il y a des questions là-dessus je veux bien y répondre. Votre mail est stocké chez votre fournisseur de mails, donc qui utilise Caliopen lui, mais votre mail vous appartient à vous, pas à lui. Si son modèle économique ne tient pas la route et qu'il se casse la gueule, qu'il doit fermer, vous perdez vos courriers, vous perdez vos échanges, vous perdez tout. En tout cas vous perdez une partie de votre vie privée. Que vont devenir ses disques durs ? Que vont devenir ses serveurs une fois qu'il aura fermé ? Tout ça c'est à vous et si vous ne savez pas ce que ça devient, vous n’êtes plus sûr que ça ne va pas partir chez des gens qui, eux, vont vouloir vous espionner encore une fois. On n'a pas de sécurité.

Pour avoir un minimum de sécurité, il faut que le modèle économique tienne la route. Donc on essaie d'en imaginer, mais surtout on s'est demandé comment faire pour pousser les gens qui vont installer des Caliopen à adopter des modèles économiques un petit peu stables. Et donc on a imaginé une association autour de Caliopen qui dise vous pouvez, si vous voulez, une fois que vous avez installé votre Caliopen, adhérer à l'association.

Elle, son boulot c'est évidemment de faire le suivi du logiciel, d'assurer des mises à jour, de faire de la maintenance, de boucher les trous de sécurité, il y en aura comme toujours, il y en a partout. En échange, si vous adhérez, vous aurez non seulement ces mises à jour et puis de l’information, vous permettrez la création des mises à jour, donc vous aurez un service plus sûr vous-même. Mais en plus de ça on va vous donner en échange de ça un certificat de l’association, un label qui dit, oui, cette entreprise, ce particulier, ce service web qui est ouvert au grand public, a adhéré à la charte de l'association et la charte implique que son modèle économique n'est pas basé sur la publicité, qu'il est un petit peu fonctionnel, en tout cas qu'il ne soit pas complètement surréaliste, que par exemple quelqu'un n'ouvre pas un service grand public, ouvert à tous complètement gratuit, sans rien en échange, parce qu'on voit bien que lui va se casser la gueule très rapidement et que du coup les données privées de ses utilisateurs risquent de partir dans la nature.

Il s'est aussi engagé, si par malheur le modèle économique que nous on a estimé viable en tant qu’association, se casse quand même la gueule, il s'est engagé, au moment où il a adhéré à l’association, à transférer ses utilisateurs chez un autre membre de l'association ou à leur rendre leurs données. En tout état de cause il s'est engagé suffisamment pour qu'on ait une bonne chance que l'utilisateur puisse récupérer son adresse e-mail, parce que ça lui appartient, y compris l'adresse elle-même avec le domaine, mais tout ce qui a été échangé là-dedans.

En plus de ça, ce label associé à un certificat pourra permettre peut-être un jour de créer un réseau entre tous les services Caliopen, qui utilisera d'autres protocoles, un peu plus sûrs que les protocoles existants, en tout cas on a le choix, et qui, eux, seront plus difficiles à écouter. Donc on aura recréé un réseau d'échange entre tous les Caliopen qui permettra, par exemple, à quelqu'un qui utilise un service A de savoir quel est le niveau de confidentialité d'un contact qui lui est sur un service B. Mais tous les deux sont des Caliopen, ils ont tous les deux adhéré à l’association. Ils sont à l'intérieur d'un réseau privé qui échange ce type d'informations-là via des protocoles beaucoup plus confidentiels et sécurisés. Et donc on retrouve des fonctionnalités qu'on auraient perdues sinon. Et du coup forcément le service qui lui s'est engagé à respecter la charte mais ne le fait plus, perd ça, perd son label, mais perd aussi son certificat et d'un seul coup ses utilisateurs perdent des fonctionnalités. Donc on n'a pas intérêt non plus.

À chaque fois qu'on a mis en place une idée, on a essayé de comprendre pourquoi les gens allaient être motivés, et pas seulement par la sécurité. Il faut qu'il y ait quelque chose d'autre que la sécurité pour pousser les gens vers l'utilisation des outils de sécurité.

Donc voilà en gros ce qu'est Caliopen et en quoi il répond à la problématique que j'ai soulevée avant.

Le dernier point dont j'ai un peu parlé tout à l'heure : on a beaucoup avancé, à la fois sur lui, donc le design qu'on veut obtenir et sur tout ce qui est back-office, c'est-à-dire le stockage, les outils de stockage, les outils d'indexation, de façon à les rendre facilement déployables mais aussi très adaptatifs, c'est-à-dire qu'ils pourront servir d'une petite association à une très grande entreprise ou à un service gigantesque à la Gmail qui soit public et payant. On a quelque chose qui est très facilement installable à tous les niveaux. Mais pour ça, ce qu'on n'a pas réussi à faire jusqu'à présent, c'est développer l'interface utilisateur parce qu'on a besoin pour ça d'avoir des développeurs web et c'est vraiment ce qu'on recherche en priorité maintenant : ce sont de gens qui viennent nous aider à créer. On sait ce qu'on veut obtenir, on a des mockups, on a tout ce qu'il faut, on a du graphisme, mais le boulot de développement web, lui, on est vraiment très en retard dessus. Donc si vous connaissez des développeurs web qui pourraient être intéressés par ce projet, n'hésitez pas à les mettre en contact avec nous.

Si vraiment on n'en a pas trouvé suffisamment d'ici la rentrée, on envisagera soit de faire un hackhaton, soit de faire carrément un kickstart, pour avoir de l'argent pour payer des gens pour le faire, pour amener au moins le projet jusqu'à un point où les développeurs viendront plus facilement, parce que c'est vrai que c'est difficile d'intégrer un projet où on ne voit pas quelque chose à l'écran.

Voilà, maintenant je suis à votre disposition si vous avez de questions. Je vais les répéter.

Public : Est-ce que vous envisagez de mettre en place une sorte de standard qui permettrait à d'autres projets d’être compatibles avec Caliopen, d'être compatible avec des langages différents, avec des OS ou des serveurs différents, qui rendraient plus sûr finalement le réseau puisqu'en cas de panne de sécurité, seule une partie... inaudible

L. C. : Donc l'ouverture de Caliopen vers d'autres services ? En fait une plus grande compatibilité de Caliopen, que ce soit au niveau de systèmes d'exploitation que de l'ouverture à d'autres services ? Caliopen, comme la plupart des web services aujourd'hui, est basé sur une API. L'API est évidemment ouverte et grand public puisqu'on est dans le Logiciel Libre. L'idée étant que n'importe qui puisse ajouter, parce que son modèle est connu et qu'il est basé là-dessus, demain de la vidéo ou d'autres protocoles qui viendront et s'intègrent à l'interface utilisateur telle qu'on l'imagine, Cette API est ouverte et permet déjà, permettra, en tout ça on l’espère, de créer des modules, des plugins tout ce qu'on peut imaginer.

Au-delà de ça, oui, on commence déjà à réfléchir avec les gens de Cozy Cloud en particulier, à voir comment faire en sorte d’intégrer les services qui sont différents mais qui ont une logique presque identique. Cozy Cloud tend à vous rendre la main sur vos données, cette fois-ci, quelles qu'elles soient, sur vos photos ou vos fichiers, tout. Caliopen est orienté vers la correspondance uniquement. On voit bien qu'il y a une compatibilité entre les deux et moyen de trouver des synergies. Aujourd'hui par exemple, eux veulent avoir quand même un service de mails intégré dans le Cozy Cloud, donc ils essaient de réfléchir à comment faire en sorte de développer quelque chose qui sera proche de l'interface utilisateur de Caliopen, de façon à ce que Caliopen puisse réutiliser une partie de leur boulot pour l'interface utilisateur. Et peut-être un jour, oui pourquoi pas, une intégration des deux, même si c'est compliqué. Parce que pour parler encore une fois de Cozy Cloud, eux sont basés sur un modèle client-serveur pour le coup très affirmé et donc on a un vrai problème de compatibilité, là pour le coup oui, parce que, voilà, comment faire en sorte dans un modèle client-serveur d'intégrer un système qui lui ne veut pas l’être ? Ce n'est pas simple.

Ensuite, sur la question de la portabilité entre les différents OS ? C'est du logiciel libre et les outils qui sont derrière sont déjà portés sur à peu près tous les OS existants, même si clairement je me vois mal installer un poste fixe sur un Windows. Je sais qu'on peut. Je pense quand même que, de toutes façons, ça restera en très grande majorité sur des Unix, mais tous les Unix pourront faire tourner un Caliopen et évidemment pas seulement GNU/Linux. Tous les VSD feront tourner les Caliopen, même les Mac feront tourner des Caliopen. Il n'y a aucun problème par rapport à ça.

Public : Oui. Je pensais que ce genre d'application, je pensais que c'est peut-être quelque chose d'intéressant pour tout l'auto-hébergement et aussi l'hébergement associatif. Notamment parce qu'il y a un aspect éthique, donc un aspect sécurité qui est important pour eux. Et puis donc je pense à présent, enfin nous en ce qui me concerne, on est donc une association qui s'appelle MarsNet qui est à Marseille, qui est un peu à la suite de Globenet et donc, nous ça nous intéresse beaucoup. Mais je me pose des questions au niveau de l'ergonomie, des choix de l'ergonomie, parce que ça me paraît un peu surprenant et puis je me dis est-ce que ce n'est pas aussi intéressant de travailler justement avec les hébergeurs au niveau de ces choix de l'ergonomie et au niveau du public aussi, au niveau des usagers. Je voudrais savoir en fait combien d'usagers ont travaillé avec vous pour tester ces choix ergonomiques ?

L. C. : L'ergonomie, il y a six mois de boulot dessus, je ne pense pas tellement qu'on va y revenir maintenant. Par contre, est-ce qu'elle sera facile à utiliser, agréable à utiliser, on le verra quand on l'aura. Ça, vraiment, c'est le problème. Aujourd'hui on a fait ce qu'on appelle une Proof of Concept, c'est-à-dire qu'on a développé une interface minimale pour voir comment ça se passe. Ça a l'air utilisable. Il y a des questions qui vont se poser c'est sûr ; on n'a pas résolu tous les problèmes de l'interface utilisateur.

Typiquement, un exemple assez classique, c'est quand c'est du mail je sais afficher facilement un graphe avec untel a répondu à untel qui a répondu à untel dans tel ordre, mais là il y a une autre réponse. Voilà je fabrique mon graphe comme ça. Quand on intègre à la fois du mail, du chat en direct, des SMS, de la vidéo, n'importe quoi, le graphe devient quasiment impossible à imaginer. Comment faire en sorte ? Comment présenter la chose ? On a des idées, mais on ne les a pas toutes. Ça viendra au fur et à mesure et avec le retour des utilisateurs. Pour qu'on ait un retour des utilisateurs, il faut déjà qu'on ait quelque chose à leur faire tester. Et tant qu'on n'aura pas de développeurs web pour faire cette interface et jusqu'à l'interface utilisateur, on n'aura pas grand-chose à faire tester.

Sur l'auto-hébergement, je reviens là-dessus juste un mot. Le mail, mais pas seulement, tout ce qui est correspondance privée, à cause du spam notamment, mais pas que, n'est pas quelque chose qui s'allie bien à l'auto-hébergement. Moi j'auto-héberge mon e-mail perso depuis 92, à peu-près. Au début c’était facile. Ces dernières années, une fois par moi, je dois me taper je ne sais pas combien de milliers de spams pour modifier ma base d'anti-spams, modifier mes configs. Tout ça pour une personne. C'est un travail délirant. Ça ne sert à rien. Enfin ça sert pour moi, mais c'est complètement fou quoi. Le mail, à cause du spam entre autres, c'est quelque chose qui se centralise pas trop, mais quand même un peu, de façon à ce que quand on gère un service de mails, on ait un anti-spam pour tout le monde, En plus de ça plus on a d'utilisateurs plus c'est facile de faire de l'anti-spam parce que le travail de la logique bayésienne se fait plus facilement sur un grand nombre de courriers différents.

Imaginons que vous avez cent mille utilisateurs sur votre service, d'un seul coup vous avez un mail, le même, qui arrive pour dix mille utilisateurs ! Spam ! Grosse chance de spams ! Ça peut être La Redoute aussi, mais pas forcément. En tout cas on peut augmenter comme ça facilement le niveau et détecter des choses plus facilement.

Pareil vous mettez du greylisting sur votre service. Le greylisting, quand vous êtes tout seul, à chaque fois qu'un nouveau contact vous envoie du mail, il se prend un quart d'attente et son serveur doit faire un retry et vous, vous attendez un quart d'heure de le recevoir. Si le greylisting est au niveau d'un service un peu plus centralisé, il y a un utilisateur qui va se prendre le quart d'heure de retard, mais tous les autres ça passe pour eux. Donc le courrier électronique et tout ce qui est correspondance privée c'est bien quand c'est un peu centralisé pour tout un tas de raisons. Ça permet de partager des règles de filtrage, ça permet de partager des contacts, ça permet de partager des carnets d'adresses, ça permet de partager des fichiers plus facilement. Ça permet aussi de ne stocker les fichiers qu'en un seul exemplaire, si justement La Redoute envoie à tous vos utilisateurs le même e-mail, plutôt que de stocker sur votre service dix mille fois les mêmes photos, vous n'allez les stocker qu'une seule fois pour dix mille personnes, ça coûte un peu ; pour cent mille personnes ça ne coûte plus rien par rapport à l'effort d’hébergement que vous avez fait.

Du coup il y a une vraie raison de centraliser un peu le courrier électronique, y compris économique. Technique et économique. Trop centraliser, on l'a vu ce n'est pas bon. Ce n'est pas bon parce que du coup c'est là que l'espion mettra son micro. Mais pas centraliser, c'est vraiment trop compliqué et pas adapté.

Donc l'auto-hébergement pour le courrier, ce sera possible, mais ce sera possible vraiment pour quelques fous, quoi ! Je ne pense pas que ce soit l'objectif d'un Caliopen que d'avoir des services auto-hébergés pour un utilisateur. Par contre à l’échelle d'une famille, pourquoi pas ! A l’échelle d'une entreprise, évidemment, là oui. Là il y a une vraie logique à mettre en œuvre un Caliopen. Mais en auto-hébergement perso, je le vois pas tellement. En association parfaitement. Oui absolument.

Public : inaudible

L. C. : Justement. Attends attends, parce que je dois répéter, si tu es trop long je vais en oublier un morceau. Donc est-ce que le fait de rendre public le niveau de confidentialité d'un utilisateur CaliOpen n'est pas à l'opposé de la confidentialité ? C'est ta question ? Est-ce que ce n'est pas une métadonnée ?

Alors ça en est sans doute une. Je doute qu'à elle seule elle intéresse grand monde. Dans les métadonnées, ce qui est intéressant ce n'est pas la donnée sur l'utilisateur, c'est avec qui il parle. Ça n'est pas qui il est pour l'instant. Le vrai truc des métadonnées c'est de créer des graphes pour dire, untel parle à untel, parle à untel, or le troisième, là, m'intéresse, donc je vais aussi espionner untel, untel, untel, untel.

Là, même si effectivement ça peut poser un problème, je l'entends bien, je le comprends, je n'ai pas envie moi que tout le monde sache que je suis complètement nul en confidentialité, et c'est le cas, mais justement c'est tout le principe. Si on oublie ça, on n’arrivera pas à créer la motivation nécessaire aux gens pour monter de niveau. Si cette information-là n'est pas publique, les gens qui t'écrivent sans te connaître particulièrement, ne savent pas si tu es quelqu'un à qui ils peuvent faire confiance ou pas. C'est quelque chose de fondamental donc c'est quelque chose qui doit être public. C'est un choix qu'on fait. Ce n'est pas un choix forcément partagé par tous, je comprends bien. Mais c'est un des choix fondamentaux de CaliOpen que cette information-là, elle, oui, elle doit être publique. Le fait que tu n'es pas quelqu'un de sûr, c'est public.

Eh bien tant mieux, mais tant mieux ! Ça poussera les gens à faire plus attention. Moi c'est comme ça que je le vois, si tu veux. Peut-être que je me goure, peut-être que les gens continueront à dire, tant pis, moi je m'en fous ! Et puis que les gens sachent que je suis une grosse brêle en sécurité et que tout ce qu'ils m'envoient est public, et que je le répète à tous parce que j'adore raconter la vie de mes potes à tout le monde. Mais moi je crois que, peut-être avec ce type de choses, justement, c'est comme ça qu'on arrivera à renverser, c'est un vrai boulot, de renverser toute cette charge qu'on a depuis des années, de rendre la vie privée de moins en moins importante, tout ce que je disais au début, pour que, justement, transformer et revenir en arrière vers quelque chose d'un peu plus équilibré, il va falloir ce genre de choses. Et si pour ça il faut rendre public le fait que toi tu n'es pas quelqu'un à qui on peut faire confiance, eh bien tant pis, faisons-le.

Public : Est-ce que au niveau d'un serveur inaudible

L. C. : Alors, j'entends. Est-ce que par le biais des niveaux de confidentialité on pourrait créer un graphe ? Non. Non. C'est l'utilisateur qui décide au moment où il écrit, ça n'est pas le système qui l’empêche d'envoyer un courrier à quelqu'un de non confidentiel, c'est lui. C'est lui qui dit, lui n'est pas confidentiel je ne lui écris pas. Ah, ben là c'est ma mère ! Oui, je peux lui écrire quand même. Elle a un niveau de confidentialité complètement nul, mais ce n'est pas grave, ce que je lui dis n'est pas important. Donc tu ne peux pas recréer simplement en regardant, ces trois-là, ils ont le même niveau de confidentialité donc ce sont forcément des gens qui se parlent entre eux, ce n'est pas une information.

Public : inaudible

L. C. : Là on rentre dans une logique beaucoup plus floue, sachant qu'en plus tout ça est sur différents serveurs.

Public : inaudible

L. C. : Est-ce que la démocratisation d'outils de type PGP pourrait se faire d'abord par le développement d'outils plus agréables en JavaScript tels qu'il en existe de plus en plus et en plus est-ce que ce ne serait pas une solution au problème du spam ?

Alors oui et oui. D’abord évidemment que les outils qui seront intégrés dans CaliOpen et dans son interface seront de cet ordre-là. On ne va pas réinventer le truc. J'ai refusé qu'on utilise l'état de l'art aujourd'hui, parce que tant que l'interface utilisateur n'est pas un peu plus aboutie, je n'ai pas du tout envie qu'on se mette à coder en utilisant telle ou telle librairie Java qui permet de le faire, alors que demain il y en aura une meilleure qui sera sortie. Typiquement, ce qui existait il y a six mois, au moment où on a vraiment commencé à bosser, et ce qui existe aujourd'hui, a évolué, ne serait-ce que parce que Google a mis en ligne son propre système qui est plutôt pas mal foutu. L’utiliser tel quel je n'irai pas, déjà parce que c'est RSA et que je n'ai pas confiance. Mais, en l'adaptant un peu, on peut en faire quelque chose de plus agréable que ce que j'ai vu ailleurs.

Ensuite est-ce que le spam peut être résolu ? Je n'en ai pas parlé directement, mais j'ai dit qu'il n'y avait plus de folders dans CaliOpen. Un des folders habituels, dans tous les webmails, ce sont les indésirables, le spam en gros. Dans CaliOpen on n'a pas de folder, donc on n'a pas ça. Ce qu'on a à la place c'est un deuxième niveau qui s'affiche, et qui lui aussi est réglable, qui est le niveau d'importance qu'on calcule à la fois en fonction du tag associé s'il y en a un, ou du tag reconnu même si on n'en a pas mis. Typiquement vous recevez un mail de votre patron, votre patron est taggé "boulot". Donc le mail, automatiquement, même si vous ne l'avez pas fait, sera taggé "boulot". Ce type de chose permet d'associer à un tag, à un contact, à une discussion, un niveau d'importance. Et puis petit à petit le système apprend à classer les choses par niveau d'importance.

Quand il voit un spam le niveau d'importance est très, très bas. Par défaut la timeline d'un Caliopen ne vous affichera pas les contenus dont le niveau d'importance est trop bas. Vous le pouvez. Comme vous pouvez ouvrir votre dossier spam. Mais c'est diminuer le niveau minimal d'importance que vous voulez afficher. Mais par défaut il ne vous affichera pas les spams simplement parce que leur niveau d'importance sera trop bas.

Évidemment oui, un message confidentiel, donc chiffré, a un niveau d'importance plus élevé qu'un message non chiffré. Donc oui, un spam chiffré pourrait passer. Mais aujourd'hui, en effet, les spammeurs n'utilisent pas, ni PGP, ni aucun outil de chiffrement. Il ne faut pas se faire d'illusions si vraiment CaliOpen arrive à concurrencer un jour Google Mail, évidemment les spammeurs s'y mettront. Donc il faudra trouver d'autres solutions. De toutes façons ça ne s’arrêtera pas demain la guerre anti-spam. Il ne faut pas rêver. Mais ça leur coûtera plus cher, ce n'est déjà pas mal. Oui en effet.

Cool, pas d'autres questions ? On va manger les cahouettes alors.

Public : inaudible

L. C. : Ah mais moi je ne demande que ça. Mais pour l'instant au stade où on en est, ça n'est pas encore à l'ordre du jour. Ça le deviendra j'espère très, très vite. Aujourd'hui l'utilisateur, s'il va regarder le projet CaliOpen, il va voir quoi ? Des slides, ceux que vous avez vus là, et tout un tas de trucs qui sont du back-end. Ce sont vraiment les outils, l'API dont je parlais tout à l'heure, les différents systèmes qui se mettent en place derrière l'interface. Mais tant qu'on n'aura pas cette interface à montrer, on n'a rien à montrer à un utilisateur final. L'utilisateur final, c'est la seule chose qu'il verra dans CaliOpen. Ce n'est pas un administrateur. Donc tant qu'on n'a pas ça, non seulement on n'a rien à faire tester ni rien à faire traduire, parce que j'ai des offres aussi de gens qui me disent : « Est-ce que je peux faire de la traduction? ». Mais volontiers ! Mais pour l'instant ce n'est pas encore à l'ordre du jour. Évidemment dès qu'on aura quelque chose, moi je serai très preneur d'avoir des retours et de continuer. On n'a pas toutes les réponses, encore une fois je l'ai dit. Il y aura plein de gens qui voudront nous en apporter, j'espère bien, oui. Mais aujourd'hui on ne peut pas parce qu'on n'a pas ces développeurs. C'est lié. Il faut qu'on trouve très vite maintenant des développeurs web pour avancer et montrer quelque chose. En plus de ça, le fait de montrer quelque chose, ça aussi ça motivera d'autres développeurs pour dire : «nbsp;Attends, mais là il te manque ce bout-là, moi je sais le faire, je te le fais. Là aujourd'hui, il te manque tous les bouts, tu es gentil mais je n'ai pas envie ».

Donc on en est à ce stade difficile où on a vraiment besoin de trouver. C'est pour ça que je fais autant de confs aussi d'ailleurs, pour ça que j'en parle autant, c'est que vraiment, si on veut que ça existe un jour, il va falloir qu'on trouve une solution maintenant, cet été, pour avancer sur l'interface utilisateur. On a été vraiment déjà très loin sur le reste, maintenant il faut qu'on avance là-dessus et on prend un retard conséquent.

Gandi m'aide depuis le départ du projet et met à disposition du projet du temps homme comme on dit maintenant. En gros, les gens chez Gandi qui ont envie de bosser sur CaliOpen sont libres de le faire, y compris sur leur temps de travail. Ils ne sont pas forcés. Ça reste du logiciel libre, personne n'est forcé de bosser dessus. On avait un développeur web jusqu'à il y a un mois. Maintenant il a trop de boulot ailleurs, toujours chez Gandi. Gandi du coup embauche d'autres développeurs web. Peut-être qu'un de ceux-là, et je sais que c'est en cours, a envie de travailler sur CaliOpen et pourra le faire du coup. Mais c'est une seule boîte.

Gandi ne fait pas ça juste parce qu'il m’aime bien et que c'est mon ancienne boîte. Il fait aussi ça parce que, depuis maintenant dix ans, je ne sais pas, il gère gratuitement du mail pour ses utilisateurs. Quand on gère du mail en tant qu'entreprise, au début ça va, ce n'est pas très cher. Mais le mail, ça s'accumule. Un utilisateur que vous avez depuis un an, il a une quantité donnée de mails, dix ans plus tard il en dix fois plus. Vous, vous êtes toujours gratuit, vous n'avez pas moyen de dire, mec vous allez payer maintenant parce que dès le départ c’était gratuit et que les gens n'accepteront pas si facilement ou ils iront ailleurs, ils s'en foutent.

Du coup comment faire en sorte de, sinon faire payer un nouveau service, je ne pense pas que ce soit dans l'idée de Gandi de le faire, mais pourquoi pas, mais au moins mettre en place quelque chose qui soit un peu plus moderne en terme de stockage et qui ne soit pas des fichiers plats stockés sur de disques, avec des filesystems forcément, même un peu évolués, qui ne sont pas faits pour, parce qu'au delà d'un certain nombre de mails stockés ça devient juste ingérable d'un point de vue système. Du coup eux, CaliOpen, ça les intéresse aussi pour ça, parce que si demain ils peuvent dire à la place de notre web mail tout court, notre joli web mail, on propose aux utilisateurs d'utiliser l'interface CaliOpen, nous derrière aussi ça veut dire qu'on aura tout le back-end de CaliOpen pour avoir un stockage beaucoup plus facile à gérer, qui s'auto-réplique...

Il n'y a pas que Gandi qui est dans cette situation. Il y a tous les gens qui fournissent du mail. Et parmi les gens qui fournissent du mail, il n'y a pas que Gandi qui a des développeurs en interne. Donc il y a d'autres boîtes que Gandi qui pourraient avoir la même logique et se dire aussi moi ça m'intéresse que ce truc existe, ne serait-ce que parce que ça me coûtera moins cher de gérer le mail de mes utilisateurs demain. Donc qui pourraient envoyer d'autres développeurs, ceux qui sont chez eux, en attendant, voilà !

Mais là, il faut que j'arrive à expliquer ça aux gens et c'est un boulot. On m'a demandé de porter ce projet. Du coup c'est devenu mon projet. Il me semble important. Comme l'a dit Stéphane à la dernière conf, je ne suis pas là pour faire de l'argent et je vois d'ailleurs mal comment on pourrait faire de l'argent avec un CaliOpen. On peut monter un service CaliOpen, l'ouvrir au grand public, le rendre payant. On sera rentable, j'ai peu de doutes là-dessus, mais on ne va pas devenir milliardaires en vendant CaliOpen à Google puisque c'est du libre, et puisque le modèle est décentralisé ; ça n’intéressa pas Google, quoi ! Ce n'est pas avec ce projet-là que je vais gagner beaucoup de sous.

J'essaie de motiver les gens, d'intéresser les gens, de leur expliquer pourquoi, comment, et quoi. Mais c'est tout ce que je peux faire à ce stade. Et quand j'ai voulu, moi, plonger dans le code, en disant après tout j'ai été développeur, je peux le redevenir, les jeunes m'ont dit non ! Tu es trop vieux ! Va t-en ? Tu vas nous ralentir et déjà on ne va pas vite. Va faire des confs, écris de articles, mais arrête. Le code ce n'est plus pour toi. Voilà ! Je suis là aujourd'hui à cause de ça. Mais je ne peux pas faire plus que d'essayer de vous convaincre d'en parler autour de vous et de motiver et d'essayer de faire avancer pour qu'on ait ce projet parce que je crois vraiment que c'est une belle solution.

Applaudissements.

Le Conseil National Logiciel Libre interview de Patrice Bertrand lors des RMLL 2014

1 Août, 2014 - 22:25


Informations
  • Titre : Le Conseil National du Logiciel Libre
  • Intervenant :Patrice Bertrand - Journaliste de Radio RMLL
  • Date : Juillet 2014
  • Lieu : RMLL - Montpellier
  • Durée :24 min 20
  • Média : Lien vers le site rmll

Patrice Bertrand, président du CNLL nous présente le rôle de cette fédération d’associations d’entreprises œuvrant pour le logiciel libre.

Transcription

Luc : Radio RMLL. Bonjour. Je suis avec Patrice Bertrand, qui est à la tête du CNLL, le Conseil National du Logiciel Libre. Donc qu'est-ce que c'est que le Conseil du Logiciel Libre ?

Patrice Bertrand : Le Conseil National du Logiciel Libre, c'est une association qui est un peu dans un mode de fédération, puisque ses membres sont eux-mêmes des associations. Ses membres sont des associations régionales d'entreprises du Logiciel Libre.

Luc : Donc c'est une sorte de fédération, en quelque sorte ?

Patrice Bertrand : Voilà, c'est ça. C'est une sorte de fédération qui a été créée en 2010 et qui est active depuis cette date et j'en suis le porte-parole, renouvelé dans ce mandat en février dernier. Les associations régionales dont je parle, qui sont membres du CNLL, sont au nombre de treize. Ce sont des associations d'entreprises qui, certaines, existent depuis plus de dix ans, qui sont très actives dans leur région, très reconnues des pouvoirs publics et qui ont chacune, disons, entre une vingtaine et une soixantaine de membres.

Luc : Ça fait combien de membres au total pour le CNLL ?

Patrice Bertrand : Un peu plus de trois cents.

Luc : D'accord.

Patrice Bertrand : Et donc ces associations régionales ont une activité qui a trois typologies de missions. La première c'est de faire collaborer entre eux, de créer des actions communes entre ses membres qui peuvent être de niveau commercial, de répondre ensemble à un appel d'offres, ou d'associer un éditeur de logiciels avec un intégrateur qui pourra déployer son propre produit, etc. La deuxième c'est de communiquer autour des valeurs, des croyances, mais aussi des intérêts économiques des entrepreneurs du Logiciel Libre, et puis d'offrir des interlocuteurs aux pouvoirs publics régionaux pour déployer leur action.

Luc : Et pour avoir des interlocuteurs nationaux également au travers du CNLL ?

Patrice Bertrand : Et voilà. Ces associations, en 2010, ont fait le constat qu'il manquait un relais au niveau national et ont créé le CNLL avec un peu les mêmes missions : créer des liens entre les associations. Et par exemple, depuis l'année dernière, et ça va avoir lieu à nouveau cette année, on a créé un cycle de réunions qui s'appelle les Rencontres Régionales du Logiciel Libre, un peu comme comme les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre. Le premier cycle était spécifiquement orienté vers les collectivités locales, donc pour dire comment est-ce qu'on déploie du Logiciel Libre dans les collectivités locales, et donc il y a eu peut-être l'année dernière pas loin d'une dizaine de conférences qui se sont tenues. Et donc le CNLL était typiquement dans sa mission, non pas d'organiser directement ces conférences, mais d'aider les associations régionales à collaborer dans leur organisation.

Luc : Le CNLL, donc ça représente des petites entreprises, des PME essentiellement ?

Patrice Bertrand : Oui. Le CNLL représente des petites entreprises pour la plupart. On estime que la moitié d'entre elles environ ont moins de cinq salariés et la taille moyenne est à une dizaine de salariés et il y a un petit nombre, à peine, je crois une petite dizaine d’entreprises, qui vont avoir passé la centaine de salariés.

Luc : D'accord.

Patrice Bertrand : Donc ce sont des PME et des TPE.

Luc : Dans vos actions vous avez également fait passer un questionnaire, c'est ça, récemment ?

Patrice Bertrand : Oui c'était une des dernières études qu'on a publiée, c’était au mois de mars. On a interrogé les chefs d’entreprises. Comme ce sont des petites entreprises, le chef d'entreprise est souvent le créateur de l’entreprise et on les a interrogés sur toute une palette de sujets d'actualité qui allaient de l'action du gouvernement, la priorité au Logiciel Libre dans l'éducation, la stimulation de la R&D en France, mais également jusqu'aux conséquences de l'affaire Snowden, etc.
Le détail de l'analyse des réponses de ces chefs d'entreprise figure sur le site du CNLL, je ne peux pas en faire la synthèse précise ici, mais disons qu'une des choses vraiment essentielle qui est ressortie, c'est un grand alignement des points de vue. On a eu plus de cent personnes, près de cent vingt personnes qui ont répondu à ce questionnaire, donc un nombre très conséquent, et sur beaucoup de sujets on voyait qu'à 80 % les réponses allaient dans le même sens.

Luc : Preuve qu'il y a effectivement vraiment une communauté qui tirait dans le même sens. Ce sont des gens qui ont une vision des choses assez proche.

Patrice Bertrand : Exactement oui, et ça c'est vraiment un effet majeur. Une des actions, alors ça remonte à un peu plus loin, mais qui est encore d'actualité malgré tout, une des actions majeures du CNLL ces dernières années, avait été d'interroger par écrit les candidats à l'élection présidentielle sur leurs engagements sur huit grandes questions qui tiennent à cœur aux entreprises du Logiciel Libre. Et les principaux candidats, Sarkozy, Hollande, pour l'essentiel, avaient répondu de manière très détaillée. Et aujourd'hui c'est important d'avoir ça entre les mains, parce que régulièrement, chaque fois qu'il y a des échanges avec le gouvernement ou des ministres ou des secrétaires d'état, on peut dire regardez ce qui avait été écrit par le ..

Luc : Le candidat avant qu'il soit élu.

Patrice Bertrand : Voilà, tout à fait.

Luc : Très bien. Il y a du boulot là-dessus. Je me souviens d'une déclaration de Fleur Pellerin quand elle était Secrétaire d’État au Numérique, qui avait dit que le Libre, en tout cas toute la partie entreprises, manquait d'un gros acteur, une bonne grosse machine pour avoir un interlocuteur avec qui parler.

Patrice Bertrand : Alors oui, elle, elle ne parlait non pas tellement d'un gros acteur, d'une grosse entreprise, mais elle parlait de la structuration, on appelait ça la structuration de la filière. C’était il y a deux ans. C’était le mot clef de toute la communication, effectivement, en partie du cabinet de Fleur Pellerin, pas uniquement d'ailleurs par rapport à la filière d'entreprises du Logiciel Libre, mais elle disait ça un peu de toutes les filières et on peut comprendre que ça ait un intérêt pour le gouvernement, en particulier, de ne pas avoir trop de gens à qui parler. Néanmoins justement ce qu'on a répondu à ça, nous, très légitimement, c'est que justement le CNLL avait pour vocation de donner un interlocuteur unique au niveau national pour représenter spécifiquement les entreprises du Logiciel Libre. Cela dit, elle, elle allait plus loin, elle disait c'est toute la filière des nouvelles technologies, toute la filière de l'ingénierie. Et effectivement, Syntec Numérique, qui représente de manière pour le coup très très large toutes les entreprises, on disait informatiques avant, et numériques maintenant, revendiquait aussi de représenter, entre autres, les entreprises du Logiciel Libre. À quoi nous CNLL, on répondait, non ; il y a beaucoup de choses sur lesquelles on peut partager des projets, des messages, en particulier tout ce qui est l'aide à l'innovation, ce sont des choses qu'on partage avec le Syntec Numérique.

Luc : Le Syntec Numérique quand il y a eu un projet de loi, un amendement pour mettre la priorité du Logiciel Libre dans l'éducation, le patron de la Syntec s'est élevé contre et s'est clairement prononcé contre cette priorité.

Patrice Bertrand : Voilà, exactement. J'ai entendu qu'après il avait un peu regretté cette action, parait-il, mais en tout cas, ce qui est certain, sans vouloir polémiquer, ce qui est certain, c'est que, plus on prétend représenter un périmètre très large, moins on peut avoir de messages spécifiques et plus on est pris dans des ambiguïtés ou dans des conflits de messages entre ses différentes typologies d'adhérents. Nous, CNLL, on a le mérite d'avoir une représentativité très ciblée : les entrepreneurs faisant un majorité de leur chiffre d'affaires sur le Logiciel Libre et c'est sur ce créneau qu'on est des interlocuteurs pertinents pour les gouvernements, entre autres.

Luc : D'accord. Ça fait un petit moment que je n'ai pas vu de chiffres passer sur les marchés, en tout cas sur le marché du Logiciel Libre et des prestations professionnelles autour du Logiciel Libre. Ça disait, la dernière fois que j'en ai vus, que ça croissait beaucoup plus vite, qu'on était à quelque chose comme, de mémoire je crois que c'est 6 %. Je me trompe peut-être, 6 ou 8 % ?

Patrice Bertrand : Oui, tout à fait, 6 %

Luc : 6 % et que ça montait plus vite que les reste du marché informatique ?

Patrice Bertrand : Oui. Alors ce sont de chiffes effectivement qui n'ont pas été mis à jour ces deux dernières années, mais pour l'essentiel ils restent valables. On parlait à l'époque, c'est une étude de Pierre Robin Consultant qui parlait de 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires pour l'ensemble de la filière, représentant trente mille emplois. Mais, il faut bien préciser quand même, que le périmètre que prenait en compte ce chiffre n'est pas le périmètre des PME et même plus des grandes entreprises spécialisées en Logiciel Libre. C'est la part du Logiciel Libre dans l'industrie des logiciels et services français, incluant peut-être, à la fois d’importants volumes d'affaires qui sont pratiqués chez ce qu'on appelle les utilisateurs finaux. Ça peut être Airbus, STMicro, Renault, etc, et y compris chez des SSII généralistes.
Notre analyse c'est qu'environ 10 % de ce chiffre, c'est à dire 250 millions d'euros, environ trois mille emplois, est représenté par les membres du CNLL, donc petites entreprises spécialisées dans le Logiciel Libre.

Luc : D'accord.

Patrice Bertrand : Mais effectivement avec un taux de croissance qui est sensiblement plus important que celui du marché, enfin de l'économie française en général, et des TIC en particulier.

Luc : Et en plus ça se maintient. D'accord. J'avais lu aussi des choses, il me semble venant du CNLL, si je ne me trompe pas parce que ça remonte à loin, sur des difficultés au niveau du recrutement, avec la difficulté à trouver des gens, des jeunes diplômés notamment, qui avaient des compétences dans les technologies libres.

Patrice Bertrand : Oui tout à fait. C'est un sujet récurrent parce qu'il n'est pas toujours pas résolu. Presque toutes les entreprises du Logiciel Libre estiment qu’elles pourraient créer davantage d'emplois si elles avaient moins de difficultés à recruter. Et on pense que c'est un axe vraiment stratégique pour la France que de mieux former au Logiciel Libre dans toutes les filières d'enseignement supérieur. Il y a une variété de sujets autour de ça. Il y a la formation au Logiciel Libre dès l'enseignement primaire, mais là on se focalise vraiment sur l'adéquation entre la formation et les attentes du marché, et déjà là, il y a énormément à faire pour mieux former à la fois aux technologies. Il ne s'agit pas tellement d'apprendre LibreOffice au lieu de Excel ou je ne sais trop. C'est beaucoup plus large que ça, ce sont les technologies dans un sens assez large, et entre autres, les technologies particulières de la contribution à un grand projet open source, les technologies du développement communautaire, en réseau, etc.

Luc : Du coup, le CNLL a mené des actions auprès du Ministère de l’Éducation par exemple ou de l’éducation supérieure, qui iraient dans ce sens-là ? En tout cas pour faire entendre ce truc-là ?

Patrice Bertrand : Des actions sont régulièrement menées. Mais j’avoue que je n'ai pas le sentiment d'avoir été énormément entendu sur ce terrain. Néanmoins, de manière plus terre à terre, auprès de tel établissement, tel ou tel établissement d’enseignement, là, on s’aperçoit que parfois, on a au contraire une bonne écoute et il y a beaucoup d'établissements d'enseignement informatique qui commencent à accorder une place très sérieuse au Logiciel Libre.

Luc : On vient tout juste d’hériter d'un, alors je ne sais plus quel est le terme exact, mais au niveau de l'Assemblée Nationale, d'une sorte d’organisation qui doit parler de numérique, qui doit se spécialiser là-dedans. On sait qu'il y a des députés qui sont entrés dedans. On a quelques personnes qu'on apprécie dans le Logiciel Libre qui y sont rentrées, notamment, j'ai un trou de mémoire, mais c'est….

Patrice Bertrand : Tristan Nitot ?

Luc : Non, ce n'est pas lui.

Patrice Bertrand : Ah, pardon, je vois, de la Kinetic, François Pellegrini ?

Luc : Oui lui est entré dedans. On a quelqu’un d'autre. Peu importe. En tout cas, c'est un truc qui n'est pas, comme d'autres choses qu'on a pu voir par le passé manifestement complètement noyauté et verrouillé. Est ce que, de ton avis, il y a des choses intéressantes qui peuvent sortir de cette organisation-là ? Est-ce que c'est quelque chose que tu surveilles, que la CNLL surveille ?

Patrice Bertrand : Oui, pendant longtemps, effectivement à l'époque où s'est constitué le Conseil National du Numérique, on était un peu préoccupés de la représentativité qui était donnée à telle et telle typologie d’acteurs. Avant même de parler de Logiciel Libre, il a semblé, dans un premier temps, que les acteurs vraiment porteurs de la technologie étaient trop peu représentés, et à l’intérieur de ceux-là, alors encore moins, il y avait une place quasiment nulle pour le Logiciel Libre. Ça a un peu changé entre autre avec justement la nomination, je crois, de Tristan Nitot.

Luc : Ça c'est, oui, effectivement le CNNum.

Patrice Bertrand : CNNum, oui c'est ça.

Luc : Voilà. On a tous les deux un trou de mémoire, donc on va passer à autre, parce que là-dessus ça ne va pas être brillant. Moi, il y a un sujet qui m'intéresse par rapport au monde des entreprises, c'est ce qu'on appelle l'open-washing, c'est toute la partie libre, open source, tout ça, ça devient un sujet un peu valorisant et on sait qu'il y a des entreprises qui disent en faire, n'en font pas ou en tout cas se collent l'étiquette open quelque chose, pour faire à peu près n'importe quoi. Est-ce que c'est quelque chose sur lequel le CNLL est attentif ? Est-ce qu'il y a une charte ou quelque chose comme ça qu'on attend des entreprises membres ?

Patrice Bertrand : Alors, oui, c'est très important effectivement. En fait de charte, on peut citer une charte libre emploi mais qui est spécifiquement orientée vers les candidats cherchant un emploi dans une entreprise de logiciels libres. Mais, de manière plus large effectivement, je dirais même en revenant aux sources, on pourrait dire que les pères fondateurs, si je peux dire, autant logiciel libre que plus tard l'open source, tout le monde s'est attaché à bien définir les termes, pour justement qu'on ne puisse pas être plus ou moins libre, plus ou moins ceci. Non ! On était libre ou on ne l’était pas. On était libre si on respectait les quatre libertés fondamentales. On était logiciel open source si on respectait les dix, je crois, conditions de licence. Et justement pour qu'il n'y ait pas d'abus de langage, les termes devaient être bien définis.

Et malheureusement, malgré ces précautions initiales, on a vu ces dernières années, que beaucoup d'entreprises, justement, affichaient sur leur site, open source et alors après quand on essayait d’enquêter, on disait « Où est-ce que je télécharge votre logiciel puisqu'il est open source ? Où elle est la licence ? Qu'est-ce que j'ai le droit de faire ? Est-ce que j'ai bien le droit de faire tout ce que l'on m'a promis ? » Et là ils disaient « Ah non ! On est logiciel libre parce qu'on a fait du PHP quelque part ! Mais pour ce qui est de télécharger, ah non, ça ne va pas être possible, etc ». Et donc ça, tous les acteurs sont extrêmement remontés contre ça et luttent vraiment ardemment. Je crois que d'ailleurs c'est une lutte qui porte et j'ai le sentiment qu'on en voit un peu moins qui jouent ce jeu vraiment de s'annoncer libre et en fait de ne pas mettre ses programmes sous des licences libres et en téléchargement libre.

Par contre il y a un autre sujet qui est souvent associé à celui-là, ce sont des éditeurs de logiciels qui ont une version libre et une version qui n'est pas libre qu'ils appellent entreprise, ce que certains critiquent vertement, sous le nom de Open core, ou des choses comme ça. Moi personnellement, j'ai toujours été un peu moins remonté contre ça que contre quelques autres pratiques, sachant qu'effectivement ça crée une frontière moins tranchée, il faut le reconnaître, et ça peut même créer un peu de trouble dans les esprits, en particulier d'utilisateurs et en particulier d’utilisateurs entreprises, enfin disons d’informatique professionnelle.

Et cependant, je dirais que dans certains cas, ça peut être un moyen tout à fait légitime de financer le développement de logiciels libres. C'est-à-dire qu'on a des logiciels comme ça, dont une version est véritablement authentiquement libre, sous GPL, vous téléchargez les sources quand vous voulez, vous déployez et ça marche et même parfois 95 % des utilisations vont faire usage de cette licence ; et néanmoins le développement de ceci va être financé par les 5 % d'utilisateurs qui seront prêts à mettre dix vingt mille euros pour avoir une licence d'une application qui ne sera pas libre, c'est vrai, mais bon, qui en fera plus. Et finalement c'est un mode de financement. Comme je dis, il a ses quelques petits inconvénients c'est de créer une frontière qui n'est plus aussi marquées, parce que sous la même dénomination on a un logiciel libre vrai et un logiciel pas libre du tout, donc ça crée un peu de flou, mais c'est un des modèles économiques qui fonctionne, malgré tout et qui crée du logiciel de qualité. Donc de ce point de vue-là, moi je suis un peu plus indulgent que par rapport aux vraies arnaques au logiciel libre.

Luc : D’accord. Dans le monde open source, je ne vais pas dire libre, on a des très gros acteurs. Quand on regarde le site du projet Linux, les premiers membres qui sont mis en avant c'est IBM, c'est HP, ce sont des très grosses boîtes qui ne font pas nécessairement du libre et qui en utilisent. On sait que toutes les grosses entreprises, les Google, même Apple avec le noyau bsd, Facebook, etc, toutes ces boîtes n'existeraient pas sans libre, mais après ça ont des politiques où elles ne reversent pas du tout, ou en tout cas leurs applications sont très fermées, ou vont reverser un peu ou pas trop. Néanmoins elles sont là. Moi ça pose deux questions. C'est est-ce qu'on est encore vraiment dans une démarche libre ? Est-ce que c'est juste de l'open source, c'est-à-dire qu'ils prennent ce qui les intéresse, collaborent ensemble sur la partie qui leur est favorable et se désintéressent complètement de ce qu'il peut y avoir par ailleurs ? Et est-ce que ce n'est pas également un danger par rapport justement à des PME ? Et comment des PME peuvent exister à l'ombre de géants de ce type-là ?

Patrice Bertrand : Oui alors excellent et vaste sujet. Les membres qui sont mis en avant souvent sur le site de la Fondation Linux, en règle général ce sont les plus gros contributeurs qui ont le plus de pouvoirs dans ce type de fondation et effectivement les plus gros contributeurs vont être les sociétés, des grandes sociétés d'acteurs que tu citais : Red Hat qui est toujours en très bonne place et qui pour le coup est un acteur spécialisé et puis quelques plus petits. Et ces sociétés-là payent des développeurs, des équipes de développement de leurs salariés, à travailler sur le noyau Linux.

Et c'est ça qui fait que le noyau Linux progresse de manière extrêmement dynamique par le fait de développeurs qui ne sont, pour la plupart, pas des bénévoles mais qui sont des développeurs payés. Et ça, pour moi, c'est au contraire, je dirais, une des très belles réussites du Logiciel Libre. C'est-à-dire que le Logiciel Libre, en l'absence de la Fondation Linux, on pourrait dire que telle ou telle entreprise, ou tel ou tel utilisateur, même à la rigueur individu, aurait intérêt à se mettre ensemble et faire du développement, de la R&D mutualisée. C'est-à-dire dire nous avons un besoin semblable, nous partageons un même besoin, ça nous coûterait cher d'aller chercher des solutions chez Microsoft ou chez Oracle, eh bien plutôt que d'aller les acheter ailleurs, mettons en commun nos ressources pour créer le logiciel dont nous avons besoin et puis on fera prendre ça, une sorte de boule de neige et on aura un logiciel de qualité dont on pourra tous bénéficier. Eh bien ça c'est un processus qui a énormément de mal à se mettre en place à partir de zéro. Mais lorsqu'une fondation est là pour amorcer le processus, et c'est clairement ce qu'a fait depuis maintenant quelques dizaines d'années la Fondation Linux, eh bien on arrive à avoir un gigantesque effort de R&D mutualisée.

Et pour moi, là, au contraire, je n'y vois quasiment que du bon, si ce n'est le point que tu soulignais, la présence très réduite des petites entreprises là-dedans. Mais sinon pour moi, les contributeurs ont le plus de pouvoirs parce que ce sont ceux qui donnent le plus. C'est-à-dire que les entreprise, une petite précision à ajouter là-dessus, c'est qu'il y a des entreprises qui vont utiliser beaucoup tel ou tel logiciel, par exemple disons Linux, et qui ne vont pas se soucier beaucoup de reverser ou de contribuer. Mais celles dont on parle et qui détiennent le pouvoir dans des grandes fondations sont justement celles qui contribuent. C'est par la contribution qu'elles ont obtenu ce pouvoir.

J'aimerais dire encore un petit mot à propos de la Fondation Linux, ça fait pas mal d'années qu'elle est en place. Mais plus récemment on a vu l'éclosion et même on pourrait dire la montée en puissance extrêmement rapide d'une autre fondation un peu sur un modèle comparable, c'est la Fondation OpenStack, où, de la même manière, des grands acteurs ont mis ensemble des ressources de développement importantes, très importantes et ça a donné une dynamique phénoménale à ce cloud. Autant, il y a trois ans il y avait plusieurs clouds open source qui auraient pu être en concurrence et très rapidement tous les efforts de développement ont convergé sur celui-ci. Ce qui est intéressant c'est qu'à la fois un, c'est un nouveau succès de ce modèle de R&D mutualisée, et deux, il y a une petite boîte française qui s’appelait Innovance, qui malgré sa petite taille, mais je ne sais pas bien qui doit avoir à tout casser entre cent et deux cents salariés, relativement petit boîte française, qui avait réussi par son dynamisme et son implication et son expertise à tenir sa place à côté des géants américains au sein de la Fondation OpenStack. Elle a, alors heureusement ou malheureusement, mais en tout cas, elle a été acquise dernièrement par Red Hat pour une somme assez astronomique, mais en tout cas c'est la récompense d'une stratégie très bien pensée et le résultat, pour le commun des mortels, le résultat c'est un logiciel de qualité, pour le cloud, que tout le monde peut utiliser.

Luc : Très bien. Eh bien, Patrice Bertrand, je te remercie beaucoup. Je crois que tu as des conférences à aller voir, c'est ce que tu m'as dit tout à l'heure, cet après- midi, et on garde un œil sur ce que fait le CNLL.

Patrice Bertrand : Merci également. Effectivement le programme est passionnant, donc j'ai une après-midi chargée.

Luc : Bonnes RMLL.

Patrice Bertrand : Merci.

Pour une politique publique en faveur du logiciel libre - Intervention de Jeanne Tadeusz -

1 Août, 2014 - 21:35


Informations Transcription

Effectivement mon intervention va traiter de : « Pour une politique publique en faveur du Logiciel Libre » et donc je vais commencer par quelque chose de très simple, probablement de franchement basique pour la plupart d'entre vous j'imagine, c'est de rappeler ce que c'est que le Logiciel Libre. Le Logiciel Libre qu'est-ce que c'est ? Pourquoi on en parle aujourd’hui ? Donc le Logiciel Libre c'est d’abord les quatre libertés : la liberté d'usage, la liberté d'étude, la liberté de modification, la liberté de redistribution. Donc de ces quatre libertés naissent de multiples avantages, notamment en termes de sécurité, de pérennité, d'interopérabilité, etc. Donc c'est quelque chose dont on a déjà parlé aujourd'hui, dont je pense que d'autres tables rondes, d'autres intervenants vont à nouveau détailler. Il y a beaucoup d'avantages techniques, ça je pense que personne ici n'en doute. Donc face à ces avantages il n'est pas surprenant que le Logiciel Libre soit l'objet de nombreuses attentions politiques ces dernières semaines, avec par exemple, la circulaire qui a été signée par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, sur le bon usage des Logiciel Libres. Il y a aussi eu la réponse, par exemple de la ministre, à une question écrite d'un député la semaine passée qui signalait l'importance du Logiciel Libre y compris au niveau européen.

Mais toutes ces questions techniques, ces facteurs objectifs, finalement, ils vont être détaillés dans d’autres interventions donc ce n'est pas vraiment ce dont je vais parler, là, pendant les un peu moins de quinze minutes qui me restent.
Ce que je voudrais aborder c'est d'abord le Logiciel Libre comme une question politique, comme une question éthique, une question de technique. Pourquoi ? Parce que simplement l'importance d'une politique publique en faveur du Logiciel Libre c'est à la fois des actions concrètes pour permettre de mettre en place des avantages qui sont à la fois évidents et pertinents mais c'est aussi un choix éthique et politique, une décision en termes de liberté, de possibilité de choix, d'usages pour les citoyens qui ne sont pas seulement donc les administrés, mais aussi en tant que citoyens à part entière, et ça représente un avantage important et clairement essentiel à aborder aujourd'hui.

Pour commencer sur la question de signaux politiques forts effectivement puisqu'on en a eu ces dernières semaines, ces derniers mois. Avant tout le premier signal, celui que je pense on a tous entendus, c’était en septembre dernier, avec la circulaire signée par le Premier ministre sur le bon usage des logiciels libres dans les administrations, donc septembre 2012. Ce texte a été une excellente nouvelle pour plein de raisons, plein d'aspects. D'abord parce qu’il montre une compréhension fine de ce que c'est que le Logiciel Libre, de son mode de fonctionnement, de son écosystème. La signature même par le Premier ministre est bien évidemment aussi un signal. Et aussi parce que cette circulaire valide un travail qui a été effectué depuis très longtemps par un certain nombre d'agents publics, notamment dans les groupes thématiques de mutualisation et d'autres, sans même parfois qu'ils aient un soutien des cabinets ministériels, dans le passé. On a eu ces groupes qui ont vraiment fait un travail de fond très intéressant, très détaillé et très pertinent, alors même que certaines administrations centrales pouvaient faire des choix qui étaient parfois assez discutables, notamment en termes de choix de logiciels et de marchés publics ou d'appels d’offre. Donc ce signal politique est intéressant. Il est aussi la manière de voir si d'autres choses vont se produire. Je pense notamment au fait que c'est l'occasion de voir si tous les ministères participeront aux thématiques qui ont été mises en place. C'est aussi de voir la suite de ce qui va se passer par exemple au niveau du Ministère de la Défense, qui avait signé en 2008 un accord Open Bar avec Microsoft, qui avait posé un certain nombre de questions, d'interrogations. Vu que cet accord est arrivé à terme aujourd'hui il serait intéressant de voir ce qui va pouvoir se passer sur ce dossier-là ensuite.

Donc on peut retenir ce symbole comme un symbole fort. On peut aussi effectivement retenir donc la réponse de la ministre à la question du député Jean-Jacques Candelier. Le député qui demandait si la ministre comptait s'engager à promouvoir et à défendre les libertés du Logiciel Libre. Elle avait notamment répondu qu'il était essentiel que le cadre législatif européen reste favorable à une croissance forte du Logiciel Libre. Donc à travers aussi une réponse qui témoigne d'une bonne compréhension des enjeux, on a cet aspect de cadre législatif qui est effectivement crucial, pour savoir comment le Logiciel Libre et les Logiciels Libres aussi, l'ensemble de la communauté, l'ensemble des acteurs économiques et politiques peuvent effectivement survivre et progresser dans l'écosystème qui est le nôtre. En effet, ce cadre législatif, notamment au niveau européen, c'est une des questions qui semblent actuellement finalement les plus complexes, les plus contestables en terme d'action et là on voit qu'on n'a pas encore, mais on peut espérer avoir, une véritable politique publique en faveur du Logiciel Libre.

Pour faire ça je vais détailler une exemple particulier, même s'il en existe d'autres. On peut penser notamment à la question du choix des standards ouverts ou de l'absence de choix de standards ouverts dans les différents règlements européens, mais il me semble qu'une des questions les plus parlantes sur ce sujet, c'est la question du brevet unitaire. Le brevet unitaire c'est typiquement ce qu'on va considérer, ce que je vais considérer en tout cas comme une occasion manquée notamment d'avoir une politique en faveur du Logiciel Libre et de l'innovation dans l'ensemble de l'Union européenne et aussi avec une place de la France qui a été interrogée sur l'engagement actuel en tout cas ou sur la suite qui va être donnée.

Rappel effectivement d'abord de ce dont on parle, quand on parle du brevet unitaire. Donc le brevet unitaire c'est un règlement européen qui a été adopté en décembre dernier malgré une opposition de beaucoup de monde : plus de six cents entreprises avaient signé un appel à revoir le texte ; beaucoup d'associations, de collectifs, de citoyens, s'étaient engagés, mais malgré tout le texte est passé, sans doute principalement parce que, au moins en apparence, le texte ne semblait pas spécialement problématique. L’idée de base c’était d'avoir un brevet, un titre de brevet qui soit d'application uniforme dans l'ensemble de l'Union européenne. Ça, ça fait partie de la construction européenne, ce n'est évidemment pas problématique en soi. Le problème et la question c'était sur la manière dont ce brevet allait être unifié, notamment qui allait avoir le contrôle, parce que quand on parle de brevet, on parle évidemment assez vite dans notre domaine d'une question qui nous préoccupe tous, qui est la question notamment de la brevetabilité du logiciel, donc de savoir qui délivre les brevets et qui contrôle leur validité, c'est finalement qui dit si les logiciels sont brevetables ou non.

Et justement dans le cadre de ce projet donc de brevet unitaire, l'ensemble du système était confié finalement aux acteurs déjà impliqués dans le monde des brevets, à cet espèce finalement de petit microcosme, d'avocats, de juristes, spécialisés dans ce domaine, donc qui ont tendance à avoir un biais assez logique en faveur de l’extension de la brevetabilité et donc aux dépens notamment du logiciel libre mais aussi de l’ensemble des acteurs qui défendent une innovation basée sur la capacité à partager les connaissances et à pouvoir travailler de manière collective. Donc comment ça c'est passé concrètement ? Avec le nouveau système qui pourrait être mis en place d'ici quelques années, les brevets seraient délivrés par l'Office européen des brevets, dont la position en faveur de la brevetabilité du logiciel existe depuis longtemps, on a un lobbying assez intensif de leur part fait sur ce sujet notamment à Bruxelles. Ils ont publié un certain nombre de tribunes en sa faveur.

Ensuite la question de la juridiction, donc de qui va dire si les brevets sont valides ou non serait confiée exclusivement à une cour spécialisée, non soumise à une quelconque cour suprême, que ce soit la cour de justice de l'Union européenne, que ce soit la cour de cassation, ni quoi que ce soit et donc composée exclusivement de juges spécialisés. Ces juges spécialisés qui sont soit des juges qui ont reçu une formation spécifique sur le droit des brevets, soit des personnes spécialisées dans le droit des brevets qui auraient reçu une formation pour être juges. Ça veut dire qu'on a les personnes qui sont déjà dans le monde des brevets, qui sont déjà intéressées sur les questions de brevetabilité qui deviendraient juges et donc finalement avec un tout petit monde qui deviendrait à la fois juge et partie, même si ce ne seraient pas évidemment les mêmes personnes exactement, mais ce serait des gens qui se connaissent, pourquoi pas des collègues, etc, qui à la fois délivreraient des brevets et décideraient de leur validité sans qu'il n'y ait aucun moyen de contrôle possible, ni par le Parlement européen, ni par le Parlement français, ni par une cour, par un juge indépendant au sens où c'est un juge généraliste qui ne fait que juger tous types d'affaires.

Donc on est évidemment aujourd'hui avec ça dans une situation très dangereuse. Malheureusement le texte a été adopté au Parlement européen et au Conseil en décembre dernier. Maintenant il doit être ratifié par les états. Aucun état ne l'a ratifié à ma connaissance. Certains commencent même à revenir en arrière, notamment la Pologne, où le Parlement polonais a annoncé qu'il refuserait de le ratifier. L'Angleterre où il y a aussi beaucoup d'hésitations.

Malheureusement malgré les dangers assez clairs pour l'innovation, ce n'est pas encore le cas et ce n'est pas le cas en France, notamment, un de arguments qu'on entend régulièrement, c'est que dans la mesure où la cour, donc cette nouvelle cour des brevets sera basée à Paris, c'est un atout clair pour notre pays et que donc, on pourra de toutes façons, surveiller ce qui s'y passe, donc il n'y a pas d'inquiétudes à avoir ! Ça me semble pour le moins limité comme argumentation. On est sur une question qui est extrêmement dangereuse actuellement en termes de logiciels libres et question de brevets et donc le risque très clair du retour des brevets logiciels. Donc là on a vraiment eu à mon sens une occasion manquée de la part du gouvernement français de mettre en action ce qu'ils ont annoncé, puisque je rappelle que la ministre a dit encore la semaine dernière, qu'il est essentiel que le cadre législatif européen reste favorable à une croissance forte du Logiciel Libre. Là clairement, avec ce qu'on a eu, ce n'est pas du tout le cas aujourd’hui.

Malgré donc effectivement des interventions répétées, je peux penser à l'April, je peux penser au CNML, mais d'autres aussi, on eu finalement des annonces, des annonces intéressantes, mais encore pas beaucoup d'actions et pas vraiment d'actions en faveur du Logiciel Libre en tant que choix éthique et choix politique. On a effectivement nécessité d'avoir un écosystème mais pourquoi cet écosystème ? C'est aussi parce que le Logiciel Libre est un choix éthique et politique, c'est la citation célèbre de Richard Stallman, le père du Logiciel Libre, qui avait dit qu'il pouvait expliquer la base du Logiciel Libre en trois mots, liberté, égalité, fraternité. Liberté parce que les utilisateurs sont libres, égalité parce qu'ils disposent tous des mêmes libertés et fraternité parce que nous encourageons chacun à coopérer dans la communauté. Quand on voit ces trois objectifs et cette base philosophique, finalement, le lien avec les objectifs de l’État est assez clair, il se fait de lui-même. La possibilité d'accès de tous, liberté de tous d'avoir un égal accès à l'ensemble des informations, l'absence de discrimination entre tous types d'utilisateurs, la possibilité aussi de travailler en communauté, donc avec des manières de travailler qui sont intéressantes et sans doute différentes, avec lesquelles on pourrait s'inspirer.

Donc on a des pistes de réflexion qui existent, il y en a déjà eu quelques-unes qui ont été abordées aujourd'hui.

Une politique publique en faveur du Logiciel Libre concrètement ce serait déjà le respect de la loi en termes de marchés publics, avec une absence de citation de marques pour que tout le monde puisse avoir un égal accès. C'est la migration de l'ensemble du parc informatique de l’État et des collectivités vers des logiciels libres pour des questions d'indépendance et pour des questions d'égalité et d'accès de tous. C'est aussi la révision du RGI, du Référentiel Général d'Interopérabilité, pour s'assurer que l'ensemble des informations produites et proposées par les administrations soient librement utilisables, qu'il n'y ait pas de faux formats ouverts, qu'on exclue les licences frand qui sont un non- sens en termes d’innovation et en termes de compétition également, et enfin pourquoi pas, une nouvelle loi permettant d'imposer dans la mesure du possible l’usage des standards ouverts, des logiciels libres et de la production de logiciels libres par l’administration.

Sans compter qu'on a aussi des questions qui se posent en termes d'éducation, bien évidemment, à la fois en termes d'usages, mais aussi d'apprentissage de l'informatique en tant que science, quelque chose qu'on voit encore de manière très faible voire encore marginale.

En conclusion très rapidement parce que j'ai déjà dépassé mon temps de parole, on a aujourd'hui une annonce, une intention visible en faveur du logiciel libre, une intention politique en faveur du logiciel libre, c'est une bonne chose, mais je pense vers une politique publique en faveur du logiciel libre, il y a encore des étapes à suivre et donc j'espère que cette journée sera l'occasion de voir les premières étapes, les premières actions concrètes en sa faveur.

Education au code. Pourquoi? Comment?

1 Août, 2014 - 21:01


Informations
  • Titre : Education au code. Pourquoi? Comment?
  • Intervenant :Dattaz
  • Date : Juin 2014
  • Durée :16 min 43
  • Slides
  • Média : vidéo ubicast
Transcription

Bonjour.
Je vais vous parler d'éducation au code. Il y a beaucoup de gens qui disent : « Il faut que tout le monde apprenne le code. C'est bien le code. C'est génial le code ». Ouais ! Mais il y a quand même certains critères et certains aspects à voir. Et on va voir comment le faire.

D'abord pourquoi apprendre le code ? Il faut qu'il y ait une raison valide quand même. On peut en voir plusieurs. La première... je suis désolé, j'ai descendu mes notes. Voilà... Pourquoi ? Donc oui on peut apprendre le code, tout le monde peut apprendre le code, mais il faut quand même des raisons. Premièrement, apprendre une logique, une façon de raisonner, qui peut être très utile dans d'autres situations pour résoudre des problèmes ou pour voir justement ces problèmes autrement. Deuxièmement, apprendre la rigueur. Le code ça doit être rigoureux, bien ordonné, bien propre. Mais ça, ça s'apprend aussi et c'est une compétence très importante qui peut resservir dans plein d'autres domaines. Il y a aussi l'initiation, comprendre comment ça marche, simplement. On peut avoir de la collaboration, écrire du code à plusieurs. Donc là, ce serait plus proche de toute la philosophie du libre et de l'open source. On peut voir ça aussi comme l'ouverture de la machine, la comprendre. Et il y a les gens aussi qui voient ça simplement comme un art, pour le plaisir d'écrire du code.

Mais il y a aussi des choses qui font dire que non ! Il n'y a pas besoin d'apprendre le code et la première, la principale, c'est que tout le monde n'a pas besoin d’être codeur et de savoir coder professionnellement et bien, top niveau, etc...

Donc maintenant je vais vous présenter des outils qui permettraient d'apprendre le code, plutôt aux jeunes.
Le premier c'est Scratch. C'est un petit personnage qui se déplace et on le fait bêtement, juste comme ça, en mettant des blocs, en déplaçant des choses. C'est vraiment accessible à tous les jeunes à partir du moment où ils savent lire. Et globalement pour comprendre comment ça marche, toute la structure du code, la logique tout simplement, c'est vraiment bien pour débuter. Et on arrive très facilement à faire des choses vraiment concrètes. Donc là ce sont vraiment des jeunes qui s'en servent. Ils l'ont connecté avec ce qu'on appelle un MaKey MaKey, qui est un dispositif physique qui émule un clavier. Et ça permet vraiment de faire des choses qui peuvent être physiques, directement, et donc on peut arriver à se représenter plus simplement que juste un programme sur un écran. Donc là on a réussi à faire des choses physiques simplement. On a fait un atelier, en une heure et demie, avec des gens qui ne savaient pas faire, on a réussi à coder une petite histoire, tout simplement, et on se rend bien compte que le code ça fait vraiment quelque chose qu'on peut arriver à faire physiquement. Et c'est très bien pour aborder ça dès le départ.

Après on a un deuxième truc. C'est le Webmaker. Je connais quand même un peu plus. C'est un outil qui est fait par Mozilla et qui a pour but d’initier à la création du web et à regarder comment marche le web derrière. Comment on peut faire une page web. Il y a un outil. Voilà ça c'est une lunette à rayon X. Le but c'est de regarder une page. On clique juste sur le début, on clique dessus, ça nous affiche le code qu'il y a derrière. On voit le code mais à partir de ce qui a déjà été créé. Et on peut le modifier, le créer, le remixer, le partager, etc. Le but c'est vraiment d'initier, de passer du statut de consommateur du web à créateur du web, tout en apprenant comment peut être conçu le web, que c'est possible de le faire, et que tout le monde peut le faire.

Il y a deuxième truc qui s'appelle Thimble, pareil toujours dans le Webmaker, qui permet de créer le web mais c'est guidé en fait. On peut créer bêtement du HTML, ou du CSS, ou du JavaScript, et tout ça c'est guidé par des commentaires.

Après, si on veut aller vraiment plus loin dans la création du code et vraiment pousser pour apprendre le code, il y a Code Academy. C'est un site américain qui permet d'apprendre le code de façon active. Donc on contribue, on a des projets et tout est didactique et guidé, pareil. Là j'ai pris du HTML, mais on a un certain nombre de langages différents et de projets différents. Par exemple utiliser des API mais dans différents langages. On peut aller très loin dans l'apprentissage du code. On peut aller de l'initiation jusqu'à devenir plus ou moins codeur professionnel, directement comme ça. Enfin... codeur professionnel !

Pour moi le but d'initier le code dans les écoles et autres, c'est vraiment une initiation, comprendre comment ça marche et éventuellement créer des vocations. Le but ce n'est vraiment pas d’être tous codeurs. Mais récemment, ils ont décidé, il y a un projet de loi qui a été déposé au début du mois, pour qu'on introduise le codage informatique à l'école. Alors je ne pense pas qu'ils voulaient parler d'ASCII et de choses comme ça, parce que codage déjà, ce n'est pas un mot adapté. C'est pour coder l'information, ça n'a rien à voir avec le code. Enfin rien à voir ! Et, dans cette proposition, ils veulent faire que les objectifs prioritaires assignés aux écoles soient l'apprentissage de la langue française, bon, tout ça, tout ça, etc, et l'apprentissage du code informatique. Pourquoi pas ?! Mais, dans cette optique-là, ils veulent faire de ça ? Un outil indispensable et non pas un outil complémentaire. Moi je le vois vraiment comme un outil complémentaire qui peut créer des vocations, mais pas forcément indispensable à tous, tout simplement. C'est utile ! Ça peut être pratique ! Mais on n'a pas besoin de devenir tous codeurs professionnels. Voilà.

Donc sur Paris il y a un projet qui se monte c'est « Les voyageurs du code ». Leur but est justement de venir initier les gens au code, de leur faire comprendre comment ça marche, de leur faire découvrir, et créer des vocations éventuellement.

Applaudissements

Est-ce qu'il y a des questions éventuellement ?

Public : Oui, je voulais savoir dans quel contexte tu as abordé la programmation avec des jeunes ? Enfin je suppose que c’était le cas.

Dattaz : Je suis jeune aussi. J'ai 17 ans. Moi je code, mais pas du tout dans l’Éducation nationale. Comment j'ai abordé ça ? Tout simplement, moi je suis beaucoup investi dans le Webmaker que je vous ai présenté. En fait on a fait des ateliers et des après-midis où on venait montrer aux gens que eux aussi pouvaient créer du web et faire du code, simplement. Vraiment initiatique. Là je vous ai montré un projet qui n’était pas top, mais c’était vraiment créer des choses simples et qui parlent. Et c'était cool !

Public : Justement je suis d'accord. Je t'ai posé cette question parce qu'il y a une chose qui m'a un peu intrigué, c'est quand tu dis « Tout le monde n'a pas besoin, suite à ce que tu nous as présenté de la circulaire ministérielle, tout le monde n'a pas besoin de savoir coder. Effectivement, pas forcément besoin de savoir coder, je suis d'accord, mais...

Dattaz : Mais avoir des notions et être initié, oui.

Public : Je pense qu'on a un souci, pas qu'en France, pas que chez les jeunes, un peu partout, d'incompétence assez forte vis-à-vis de l'informatique et que le code, même à bas niveau, juste savoir ce que c'est une boucle, tu vois ce que je veux dire ?

Dattaz : Tout à fait. En fait, je voulais en venir et j'ai totalement oublié dans mes notes, c'est que sur cette loi pour le code à l'école, moi je pense OK, c'est important, c'est cool. Mais qu'il aurait été beaucoup plus important de mettre dans une loi que, parmi les choses principales, fondamentales qu'on doit apprendre à l'école, c'est savoir se servir vraiment d'un ordinateur, vraiment d'Internet. Ça c'est beaucoup plus important d'abord que le code. Parce que tu peux faire du code, mais si tu ne sais pas te servir d'un ordinateur, c'est beaucoup moins utile.

Public : Tu ne trouves pas que les deux sont liés ?

Dattaz : Les deux sont liés, mais il y a d'abord apprendre à se servir d'un ordinateur avant de faire du code, pour moi.

Public : J'espère ne pas être trop hors-sujet, mais je voulais témoigner de la chose suivante. Je considère que c'est un instrument que tous les jeunes devraient avoir entre les mains de savoir faire un site web. J'ai l'expérience d'avoir enseigné il y a très longtemps, il y a 20 ans, à L'INSTA, vous connaissez peut-être, Institut des Sciences et Techniques Avancées. Je donnais aux étudiants à faire des projets et je leur demandais de me le rendre sous forme de site web. Ils m'ont fait des trucs mais, quand je dis 20 ans, c'était dans les années 2000. Ils m'ont rendu des trucs juste fantastiques, j'ai encore leurs sites à Top(?). Simplement, eux, ils savaient programmer. J'ai enseigné la physique à Sciences Po. J'ai demandé exactement la même chose. Je voulais, à Sciences Po, qu'ils me fournissent, je ne veux pas qu'ils me donnent des feuilles de papier, je veux qu'ils me donnent des sites web comme résultat de leur travail. Eh bien ils ne savent pas faire à Sciences Po et on m'a dit que ce n’était pas à moi de leur apprendre, je n'avais pas le temps ! Et c’était vraiment dommage ! Il faut insister, ça doit être, c'est comme, je ne sais pas, savoir taper à la machine aujourd'hui. Faire un site web, ça fait partie de l'éducation de base.

Dattaz : Surtout qu'Internet est un moyen d'émancipation et de création, et vraiment ouvert à tous sans barrière d'entrée, c'est vraiment important qui plus est !

Public : Je vais revenir un peu sur des choses que j'ai entendues il y a relativement longtemps dans la bouche de Benjamin Bayart, qui nous présentait justement notre positionnement par rapport à Internet, qui récapitulait les différentes phases, où je suis, au début, enfin il avait un langage particulier pour dire je suis débutant, je ne connais rien, je fais un petit peu n'importe quoi, je progresse, et au final l'objectif c'est de devenir publicateur, justement, raconter des choses sur Internet. Et je pense que plutôt que l’Éducation nationale mette en avant cette notion où on pense qu'on va faire des développeurs Java de tous les petits français, alors qu’effectivement c'est complètement inutile, essayons déjà de leur donner la possibilité d’être publicateur sur Internet en leur expliquant comment ça fonctionne, quelle est la mécanique qui est dessous, et ce sera génial. Et effectivement, les plus motivés, ils creuseront, ils apprendront le HTML, ils feront du CSS comme moi je l'ai fait aussi à 20 ans. J'ai peur que quand on se met dans un contexte où on dit on va apprendre aux gens à coder, où là on soit dès le départ dans une impasse, parce que la finalité, à mon avis, elle n'est pas là. Par contre découvrir, savoir manipuler Internet, savoir faire attention quand je publie sur, je vais dire une énormité, sur Facebook ou sur mon CMS préféré. Mais si je comprends les mécanismes sous-jacents, là, à un moment donné, je vais avoir envie de coder vraiment et puis effectivement, on n'a pas tous besoin d’être codeurs et de savoir toutes ces choses-là.

Dattaz : Voilà. Tout à fait. N'hésitez pas, à la limite, à faire des retours à la personne qui a déposé le projet de loi. Peut-être que ça pourra faire avancer le débat. Ça se tente !

Public : C'est juste une petite remarque. C'est plus enfin la peur que l'apprentissage du code, du web à l'école, ça crée un rejet en fait. Des gens que ça ne va pas forcément intéresser tout le temps. Après c'est une expérience aussi, mais le code et la technique comme ça, ça peut aussi être mal vu de certaines personnes qui considèrent que c'est un truc de techniciens, que ce n'est pas un truc intelligent. Et j'ai peur que ça crée aussi un rejet comme il y a un rejet sur les maths qui apprennent aussi des idées de logique et de rigueur et qui sont cassées à l'école parce qu'il n'y a pas forcément une bonne compréhension des élèves et parfois ce n'est pas très sexy non plus à apprendre.

Dattaz : Oui. C'est un point de vue aussi. Oui, je suis assez d'accord.

Public : Je voulais juste rappeler que le premier code normalement que l'école est censée nous apprendre c'est l'écriture, en l’occurrence l'écriture de notre langue française, l'écriture aussi des autres langues. Et avec un petit peu de français et un petit peu de mathématiques, finalement on a toutes les bases pour avoir cette rigueur qui nous permettra plus tard de faire du code.

Dattaz : Oui. C'est vrai qu'on n'y pense pas forcément, mais, oui, la langue parlée c'est du code. Il y a aussi des points, des virgules, de la ponctuation.

Public : Toute une syntaxe à respecter, c'est exactement la même chose.

Dattaz : Exactement.

Public : Vous parliez de rejet tout à l'heure, mais il y en a qui rejettent très bien les maths, il y en a qui rejettent le français, pour autant ils sortent de l'école quand même avec des bases. Et même s'ils ont ce rejet finalement du code, ils auront les outils pour avoir autre chose qu'une simple utilisation passive de leur ordinateur, de leur téléphone, de tous les outils numériques qu'on a actuellement. Et ça ira bien au-delà de simplement le certificat d'utilisation, B2i, C2i, qui sont actuellement plus des passages obligés pour faire de bons petits consommateurs, prêts à utiliser les périphériques qu'on souhaite bien leur vendre, sans pour autant qu'ils comprennent. Le rejet, oui il y en aura, il y en a toujours eu. Mais au moins ça aura le mérite d'ouvrir à un plus large panel de personnes.

Dattaz : Oui, d'ouvrir, Après, effectivement, il y a peut-être plus de rejet vers le code parce que c'est quand même un peu élitiste, malheureusement. Mais on peut arriver à le rendre vraiment au bas niveau quand même. Peut-être, il faut voir.
Je crois que c'est fini. Voilà.

Les logiciels libres aux JDLL Lyon 2014

1 Août, 2014 - 20:41


Informations Transcription

L'informatique libre

Le numérique libre pour tous.

Vincent Mabillot : Aux JDLL, donc les Journées du Logiciel Libre, ce sont des ateliers, des conférences et un village associatif.

Journaliste : Pour le grand public, Logiciel Libre ça veut dire quoi ?

Vincent Mabillot : Pour le grand public il nous revient que le Logiciel Libre ça veut dire un logiciel qui est gratuit. Mais pour plus d'informations, un Logiciel Libre c'est un logiciel qu'on peut utiliser à volonté, sans contrainte. C'est un logiciel dont on peut savoir ce qu'il y a dedans. On a le droit de connaître la composition, un petit peu comme quand on mange quelque chose, un produit alimentaire, on a le droit de savoir de quoi il est fait, eh bien là c'est la même chose. C'est un logiciel qu'on a le droit de modifier, ce qui est super intéressant notamment pour une entreprise qui veut créer son site web. C'est un logiciel qu'on a le droit de distribuer gratuitement, librement, ou, en le faisant payer et qu'on a le droit librement de diffuser. Donc ça veut dire que si j'ai un Logiciel Libre et qu'il me plaît, je peux le donner à toutes les personnes qui sont dans mon entourage. Elles peuvent l'utiliser sans la moindre contrainte, sans la moindre restriction.

Journaliste : En général, dans ce genre de réunion, Windows, les Big Brothers, on n'aime pas trop. Pourquoi ?

Vincent Mabillot : L’intérêt d'un Logiciel Libre c'est comme on sait ce qu'il y a dedans, on sait comment il fonctionne et comme on a le droit de le modifier, s'il fonctionne mal ou s'il y a un ingrédient qu'on n'aime pas, si un logiciel collecte des données personnelles sur notre façon de naviguer sur internet. Par exemple, je vais sur un site, je regarde, des photos, des photos de chaussures, etc, je ne vais pas recevoir systématiquement une publicité pour acheter des chaussures la semaine prochaine, parce que le Logiciel Libre ne se sera pas chargé d'analyser ma fréquentation, ma navigation, ce que je regarde et ce qui m'intéresse pour me faire des offres commerciales ou pour réduire ma vision du web à des offres commerciales, parce que quand je dis réduire, c'est que, lorsqu'on va faire une requête sur un moteur de recherche très connu, où il y a deux O entre deux G à l'intérieur de son nom, et bien systématiquement, quand vous faites une requête, vous allez voir que principalement on vous propose des sites qui sont à proximité de chez vous. C'est aussi une façon de vous inciter à aller consommer des choses que vous n'avez pas forcément voulues. Et c'est aussi une façon de réduire votre champ de vision parce qu'on vous donne des informations qui sont valables sur votre quartier en pensant que ce qui vous intéresse c'est votre quartier et vous ne voyez pas le reste du monde. Donc cette idée c'est que le Logiciel Libre permet de s'ouvrir vers d'autres logiques, vers d'autres environnements et de choisir ce qu'on veut faire et non pas simplement de valider ce qu'on nous propose.

Journaliste : Est-ce qu'il y a des nouveautés cette année ?

Vincent Mabillot : Vous avez par exemple le développement d'applications qui permettent d'avoir son propre, entre guillemets, nuage, son propre Cloud comme on dirait de façon moderne et avec un très mauvais accent. J'héberge mes données sur internet mais à un endroit de confiance, et cet endroit de confiance c'est qu'aujourd'hui on va avoir des applications libres qui permettent d’avoir son propre « drop boîte », qui permettent de déposer les fichiers qu'on veut partager avec ses amis, sans être obligé de passer par un service qui va épier nos pratiques, qui va épier nos comportements, et les revendre à notre insu à d’autres entreprises ou des services de renseignements qui voudraient savoir ce qui nous intéresse.

Journaliste : Rassurez-nous, ici ce n'est quand même pas un lieu pour les paranoïaques ?

Vincent Mabillot : Un paranoïaque aura tendance à se cacher, à renfermer ce qu'il fait, nous, le principe du Logiciel Libre, c'est d’être un logiciel qui est ouvert, on parle même d'open source à certains moments, donc on est véritablement dans cette logique d'ouverture.

Journaliste : Pour le grand public, comment il s'en sort ?

Vincent Mabillot : Installer un système Linux ça prend à peu près une demi-heure, et au bout d'une demi-heure on va avoir les principales applications qui sont prêtes à l’emploi, sur lesquelles il n'y a besoin que de cliquer pour que ça fonctionne, avec un environnement qui est ultra sécurisé. Quand je dis ultra sécurisé, c'est que c'est un environnement dans lequel on n'a pas besoin d'avoir d'antivirus parce que le système a un mode de fonctionnement qui le protège aujourd’hui des attaques de virus. On a un système qui est facile à mettre à jour parce que comme les logiciels sont libres et très souvent gratuits, quand il y a une nouvelle version, eh bien elle est automatiquement installée pour remplacer une version qui serait défaillante alors que quand on est dans une logique avec des applications qu'on a achetées ou qu'on aurait dû acheter, eh bien soit on paye la mise à jour soit on expose notre machine à être plus fragile.

Journaliste : Le plus dur c’est de se décider.

Vincent Mabillot : Le plus dur c'est de se décider. C'est parfois de dépasser une réticence qu'on peut avoir. C'est parfois, effectivement, les craintes justifiées qu'on peut avoir lorsqu’on a déjà, je dirais, un patrimoine numérique, nos photos de vacances, les choses qu'on est les seuls à avoir. Dans un premier temps le sauvegarder sur un support externe, un disque dur, une grosse clé USB, etc, et ça ce sont des choses qui se font relativement rapidement et pour lesquelles on peut trouver assez facilement de l'aide. Et puis, dans un deuxième temps, il va y avoir le fait de faire passer la machine du système qu'elle a aujourd'hui vers un système Linux. Et pour les gens qui auraient une réticence, qui auraient des petites inquiétudes parce qu'ils ne sont pas certains d’être compétents à 100 % sur ce genre de truc, il y a ce qu'on appelle des install-parties. Nous, l'ALDILL, on va faire cet accueil-là assez régulièrement dans différents endroits pour accueillir les publics qui vont venir avec leurs ordinateurs et puis on va les aider. Le trajet pour venir nous voir est souvent plus long que le temps de faire bouger leur ordinateur d'un environnement à l'autre.

Revue de presse de l'April pour la semaine 30 de l'année 2014

28 Juillet, 2014 - 21:13

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 30

[Next INpact] Le Royaume-Uni impose des standards ouverts à ses administrations

Par Xavier Berne, le vendredi 25 juillet 2014. Extrait:
> Alors que la publication des déclarations d’intérêts des parlementaires a donné lieu hier à de nombreuses critiques, étant donné que les plus de 900 fichiers ainsi mis en ligne se sont avérés être des versions scannées de formulaires remplis au stylo, le gouvernement britannique semble avoir un train d’avance sur les pouvoirs publics français. Mardi, les services du 10 Downing Street ont en effet annoncé que deux types de standards ouverts seraient désormais imposés à toutes les administrations du pays dès lors qu’il serait question de documents publics.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/88863-le-royaume-uni-impose-standards-ouverts-a-ses-administrations.htm

Voir aussi:
Le gouvernement britannique utilisera exclusivement des standards ouverts pour les documents publics

[JDN] Comment se repérer dans la jungle des licences open source

Par Alain Clapaud, le jeudi 24 juillet 2014. Extrait:
> N'est pas logiciel libre ou open source qui veut. Pour éviter le droit d'auteur classique, il faut choisir une licence. Pas si simple: il en existe pléthore avec des nuances subtiles.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/solutions/dsi/comparatif-des-licences-open-source.shtml

[Mediapart] Profil de libriste: Goffi

Par André Ani, le jeudi 24 juillet 2014. Extrait:
> Je m’appelle Jérôme Poisson, aussi connu sous le pseudonyme «Goffi», développeur et voyageur à mes heures, j’ai plusieurs centres d’intérêts, dont la politique. Difficile d’en dire plus: je préfère nettement une rencontre autour d’une bonne bière qu’une autobiographie
Lien vers l'article original: http://blogs.mediapart.fr/blog/andre-ani/240714/profil-de-libriste-goffi

[Next INpact] La distribution Tails, spécialisée dans l'anonymat, comporte des failles 0-day

Par Vincent Hermann, le jeudi 24 juillet 2014. Extrait:
> La distribution Tails Linux, axée sur la sécurité, contiendrait plusieurs failles de sécurité 0-day qui exposeraient les données de l’utilisateur. Un vrai problème pour le chercheur Loc Nguyen, qui a fait la découverte, puisque ce système se veut justement nettement plus sécurisé que la moyenne.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/88877-la-distribution-tails-specialisee-dans-anonymat-comporte-failles-0-day.htm

[ZDNet] Alliage, solution aquitaine en logiciels libres pour personnes âgées

Par Thierry Noisette, le mercredi 23 juillet 2014. Extrait:
> Portée par le pôle Aquinetic, la solution Alliage a été développée et expérimentée pendant deux ans. Objectif: améliorer la qualité de vie à domicile des personnes âgées. Une cinquantaine de seniors l'ont testée pendant plusieurs mois.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/alliage-solution-aquitaine-en-logiciels-libres-pour-personnes-agees-39804191.htm

Et aussi:
[Silicon.fr] Systematic met en lumière ses champions du monde Open Source

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Pages